Comité d'éthique : le Pr Delfraissy veut donner davantage la parole aux citoyens

Publié le 08/12/2016
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Crédit photo : Capture d'écran AN

Jean-François Delfraissy a réussi son examen de passage devant les parlementaires. À l’issue de ses deux auditions, devant la commission des affaires sociales de l'Assemblée mardi, puis du Sénat mercredi, celui qui a été désigné par François Hollande pour être le prochain président du Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) en remplacement de Jean-Claude Ameisen a en effet fait l'unanimité : 16 votes pour et une abstention chez les députés, 30 pour et 2 absentions chez les sénateurs.

Lors de son audition devant les députés, l'actuel président de l'ANRS s'est bien gardé pourtant de livrer sa position sur les dossiers chauds du moment : PMA, fin de vie, révision des lois bioéthiques, par exemple. Ça ne correspond pas d'ailleurs à la conception qu'il se fait de sa future fonction : "le président du CCNE doit être un coordonnateur, le porte message d'une réflexion d'ensemble du Comité. Ce ne sont pas ses idées propres qui doivent dominer." Il n'a pas non plus annoncé de feuille de route, expliquant en substance qu'il avait encore besoin de temps pour "comprendre, regarder, écouter" avant d'agir : "je n'ai pas de plan pour le CCNE", a-t-il d'entrée de jeu signifié.

"Le patient est au coeur du débat"

Pour autant, sur la méthode, il a manifesté une volonté d'ouvrir davantage, sinon cette instance, du moins les débats éthiques qui l'occupent, à l'ensemble de la société. Un souhait qu'il a directement rattaché à son expérience de soignant des malades du sida qui " a transformé ma vie", l'amenant à "considérer que le patient est au cœur du débat et de notre relation médecin-malade." Dans cette optique, le CCNE lui "apparaît une organisation très élitiste, avec des gens brillants. Mais je n'ai pas trouvé la place du citoyen. Or son avis peut parfois être discordant de celui des élites," observe le Pr Delfraissy.

"Certains pensent que je suis un mandarin, et par certains côtés, je le suis. Pour autant, je tiens énormément à l'avis de nos citoyens", a-t-il encore souligné. Son arrivée au CCNE devrait donc aller de pair avec une relance des réunions citoyennes ou débats en région, à son sens "un peu mis en veilleuse ces trois ou quatre dernières années." Et il pense déjà à l'organisation de prochains "états généraux citoyens sur la bioéthique", par exemple avant la révision des lois bioéthiques, censée intervenir en 2018. "Ces débats ne doivent pas rester des débats d'experts. Pas besoin d'être savant pour discuter de ces sujets", martèle-t-il, décelant une véritable appétence pour ces questions dans le grand public.

 

Une place aussi pour les sujets sociétaux

Sur le programme de travail, il évoque bien sûr les grands sujets du moment -fin de vie, procréation, neurosciences- qui ne manqueront pas de se présenter, mais promet, là aussi, d'élargir la réflexion du Comité d'Éthique. "Le CCNE doit s'emparer des sujets sociétaux," annonce-t-il. Et de citer : vieillissement et bien vieillissement, innovations thérapeutiques et coût d'accès aux soins, incidences du big data, mais aussi santé des migrants ou organes bioartificiels en 4 D… Toutes thématiques qui, à ses yeux, "méritent qu'on y réfléchisse et qu'on anticipe."

Enfin, le futur patron du CCNE a insisté sur l'ouverture à l'international, souhaitant intégrer dans les travaux du Comité la dimension européenne, mais aussi la francophonie, en direction notamment des pays africains. "Pour la maison France, il y a là une carte à jouer," assure ce connaisseur du continent africain. 


Source : legeneraliste.fr