Chikungunya : polémique autour de l’utilisation du malathion en Guyanne

Publié le 22/08/2014

Crédit photo : CDC-GATHANY/PHANIE

Alors que, selon le dernier point épidémiologique, 1.665 personnes infectées par le chikungunya ont été recensées en Guyane, le département de 230.000 habitants n'est pas encore au stade d'épidémie généralisée et les autorités sanitaires cherchent à gagner du temps pour préparer le dispositif de santé à une explosion des cas. Dans la palette de mesures contre la propagation du virus, le ministère des Affaires sociales et de la Santé a autorisé en août l'emploi à titre dérogatoire et pour 6 mois d'un autre insecticide que la deltaméthrine habituellement utilisée mais à laquelle les moustiques sont devenus résistants.

Mais la perspective de l'utilisation en Guyane du malathion, dans la lutte contre le moustique vecteur du chikungunya fait polémique dans ce département. Les initiateurs d’une pétition citoyenne affirment ainsi avoir recueilli près de 1.000 signatures pour l’interdiction de cet insecticide, une semaine après sa mise en ligne.

L'utilisation du malathion est prévue "dans les prochaines semaines", le temps de former les agents qui le pulvériseront et de recevoir le produit, fabriqué en Europe. Les auteurs de la pétition - des citoyens qui préfèrent garder l'anonymat soutiennent que le malathion "se décompose en malaoxon, composé 60 fois plus toxique". De son côté, le conseil régional de Guyane "s'interroge sur le bien-fondé de cette autorisation et sur les conséquences de l'utilisation de ce produit chimique sur l'environnement, l'agriculture et la santé". A l'inverse, le conseil général a déjà tenté, avec la préfecture et l'Agence régionale de Santé (ARS), de faire de la pédagogie. Christian Meurin, directeur général de l'ARS, a fait valoir que le malathion était "utilisé en Europe comme insecticide dans des cultures de légumes et de certains fruits" mais que "l'homologation n'avait pas été redemandé par son fabricant pour son usage dans la lutte anti-vectorielle".

Dans ce contexte, trois ministres ont fait jeudi soir une mise au point. Dans un communiqué commun, Marisol Touraine rappelle avec Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie et George Pau-Lanvevin, ministre des outre-Mer que "la décision a été prise après un examen approfondi de l’impact de ce produit sur la santé des populations locales et sur l’environnement. Cet examen a démontré que le malathion pouvait être utilisé de manière sécurisée et que son impact sur l’environnement était comparable à celui de la deltaméthrine". Les trois ministres rappellent que l’utilisation de cet insecticide sera "strictement encadrée"

Enfin, elles soulignent aussi que a dérogation, accordée le 5 août a été décidée après avis d’organismes exxperts. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) s’est prononcé le 18 mars, le Haut Conseil de la santé publique le 9 mai et l'Institut Pasteur de la Guyane le 28 mai.Tous rappellaient que le malathion ne doit être utilisé que sur une durée la plus courte possible, dans un usage extrêmement encadré. Et qu'un rapport sur cette utilisation devra être rédigé.


Source : legeneraliste.fr