Si « Le Généraliste » était paru en 1788

Anecdotes et pensées de Chamfort sur les médecins

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Publié le 27/11/2017
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Crédit photo : Phanie

♣ Un médecin de village allait visiter un malade au village prochain. Il prit avec lui un fusil pour chasser en chemin et se désennuyer. Un paysan le rencontra et lui demanda où il allait : « Voir un malade - Avez-vous peur de le manquer ? »

♣ « Je hais fort le despotisme, disait M…, je ne puis souffrir le mot ordonnance du médecin. »

♣ Un médecin disait : « Il n'y a que les héritiers qui payent bien ».

♣ À voir la manière dont on en use envers les malades dans les hôpitaux, on dirait que les hommes ont imaginé ces tristes asiles non pour soigner les malades, mais pour les soustraire au regard des heureux, dont ces infortunés troubleraient les jouissances.

♣ Les médecins et le commun des hommes ne voient pas plus clair les uns que les autres dans les maladies et dans l'intérieur du corps humain : ce sont tous des aveugles ; mais les médecins sont des quinze-vingts qui connaissent mieux les rues et se tirent mieux d'affaires.

♣ Un médecin avait conseillé un cautère à M. de… Celui-ci n'en voulut point. Quelques mois passèrent et la santé du malade revint. Le médecin qui le rencontra et le vit mieux portant lui demanda quel remède il avait fait : « Aucun, dit le malade, j'ai fait bonne chère tout l'été ; j'ai une maîtresse et je me suis réjoui. Mais voilà que l'hiver approche et je crains le retour de l'humeur qui afflige mes yeux. Ne me conseillez-vous pas le cautère ? - Non, lui dit gravement le médecin, vous avez une maîtresse, cela suffit. Il serait peut-être plus sage de la quitter et de mettre un cautère ; mais vous pouvez peut-être vous en passer et je crois que ce cautère suffit ».


Source : legeneraliste.fr