Édito

Abyssal

Publié le 12/06/2020
Édito

Édito

Le système de santé n’a pas fini de payer la note de l’épidémie de coronavirus. Le déficit de la Sécurité sociale devrait excéder les 52 milliards d’euros en 2020, a annoncé il y a quelques jours le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. La situation s’est brutalement dégradée ces derniers mois. Tout près d’être revenue à l’équilibre, il y a moins de deux ans, la Sécu paie le contrecoup des mesures sociales prises pour répondre au mouvement des Gilets Jaunes et à la crise du Covid-19. La contraction de la masse salariale et les reports de cotisation des entreprises expliquent en grande partie cette dégradation.

Jamais, par le passé, les comptes sociaux n’avaient été à ce point dans le rouge. Et ce n’est peut-être pas fini. Récession oblige, le remboursement de la dette de la Sécurité sociale, portée par la Cades, excéderait dorénavant les 130 milliards d’euros et pourrait être repoussé de 2024 à 2033. Rien que ça.

Dans ce contexte, d’aucuns commencent à se demander comment le gouvernement français, surendetté, peut sérieusement engager un plan d’investissement massif pour ses hôpitaux, comme promis par le président de la République. Et dégager dans le même temps des marges de manœuvre pour les médecins libéraux, qui veulent pourtant croire en leur bonne étoile. Tout cela sans augmenter les impôts, jure Bruno Le Maire ! Le Ségur de la santé, qui doit aboutir en un temps record, d’ici au 15 juillet, à des « accords de la santé », ressemble de plus en plus à une équation insoluble. Car il n’y a pas d’« argent magique », a lui-même reconnu le chef de l’État.

La cinquième branche de la Sécu, dont les députés ont adopté le principe et qui devrait être le premier acte de la grande loi sur la dépendance, attendue depuis plus de 10 ans, pourra-t-elle être dotée de moyens suffisants ? L’opposition n’a pas caché son scepticisme. Bercy aura du pain sur la planche. Et Pierre Moscovici, nouveau président de la Cour des comptes, garant de la bonne utilisation des deniers publics, va pouvoir s’arracher les quelques cheveux qu’il lui reste.

Christophe Gattuso, directeur de la rédaction

Source : Le Généraliste: 2915