Étiologie virale du syndrome de fatigue chronique : Science fait marche arrière
Brève

Étiologie virale du syndrome de fatigue chronique : Science fait marche arrière

01.06.2011

Les résultats de travaux parus en 2009 aux États-Unis et liant un rétrovirus de souris au syndrome de fatigue chronique humain sont erronés, montrent deux études publiées mardi par la revue américaine Science. L'étude en question parue dans ce même journal scientifique affirmait que ce rétrovirus appelé XMRV était fréquemment présent dans le sang de patients souffrant de ce syndrome mais sans toutefois affirmer qu'il en était la cause. La direction de Science, constatant dans un éditorial mardi que cette étude « est désormais sérieusement remise en question » se déclare très « préoccupée ». Selon le Wall Street Journal, Science a demandé aux auteurs de procéder à une rétractation volontaire de l'étude, ce qu'ils auraient jugé « prématuré » dans une lettre citée par le quotidien des affaires. Ces travaux menés par le Dr Judy Mikovits, directrice de recherche au Whittemore Peterson Institute (Nevada, ouest), avaient alors suscité un grand intérêt car la médecine était jusqu'alors impuissante à trouver une cause à cette mystérieuse affection frappant quatre millions d'Américains, souvent jeunes. « Il n'y a aucune trace de ce rétrovirus de souris dans le sang humain » affirme le Dr Jay Levy, professeur de médecine à l'Université de Californie à San Francisco, le principal auteur de l'une des deux nouvelles communications, qui parviennent aux mêmes conclusions. Une contamination dans le laboratoire où l'étude de 2009 a été menée est probablement à l'origine de ce résultat erroné, suppute-t-il. La conséquence de cette découverte est que la science doit continuer à rechercher la ou les vraie(s) cause(s) de ce syndrome, souligne le professeur Levy. Ces travaux pourraient aussi avoir un impact immédiat en termes de traitement pour des patients souffrant de ce syndrome et prenant des antirétroviraux, relève le Dr Konstance Knox, du Wisconsin Virus Research Group, un des co-auteurs des nouvelles recherches. « Les médecins ne devraient pas prescrire certains antiviraux utilisés pour contenir l'infection par le VIH, le virus responsable du sida, à des patients diagnostiqués comme souffrant du syndrome de fatigue chronique » insiste-t-elle. « Pris ensemble, ces résultats (des deux dernières études, ndlr) éliminent le XMRV comme une cause de maladie humaine », insiste le Dr John Coffin, conseiller spécial du directeur de l'Institut national américain du cancer (NCI) et professeur de médecine à l'Université Tufts (Massachusetts, nord-est), co-auteur de la seconde recherche.

Le XMRV est une variété de rétrovirus qui provoque des cancers et autres maladies chez les souris mais pas chez les humains, selon ces chercheurs. Ce virus a été détecté pour la première fois dans des échantillons de tumeurs cancéreuses de la prostate chez des humains en 2006 et serait présent chez 6 à 27 % des hommes souffrant de ce cancer. L'étude désormais contestée de 2009 indiquait que le XMRV se trouvait dans le sang de 67 % des personnes souffrant du syndrome de fatigue chronique mais chez seulement 3,7 % des sujets sains. Outre ces deux dernières recherches, au moins dix autres études faites par différents chercheurs ont également été dans l'impossibilité de détecter le rétrovirus XMRV dans d'autres groupes de patients souffrant du syndrome de fatigue chronique, souligne l'éditorial de Science.

Source : Legeneraliste.fr

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