Inquiets des dangers de la sédentarité, les médecins du sport demandent d’assouplir le confinement

Inquiets des dangers de la sédentarité, les médecins du sport demandent d’assouplir le confinement

Camille Roux
| 09.04.2020
  • Sédentarité

Les mesures de confinement prennent-elles assez en compte les dommages collatéraux d'un tel isolement sur la santé des patients ? Si les médecins généralistes s'inquiètent déjà de voir leurs cabinets désertés par les personnes présentant des pathologies chroniques, les médecins du sport, eux, alertent sur les méfaits de la sédentarité pour la population. Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Édouard Philippe, le Syndicat national des médecins du sport (SNMS-santé), demande au gouvernement de prendre davantage en considération les conséquences que pourraient avoir une baisse de l'activité physique sur la santé des Français. 

Péril pour la santé des patients chroniques

Le syndicat rappelle notamment que les soins de sport santé « sont ceux qui ont le plus d’impact sur la mortalité » et regrette « l'arrêt de ce traitement non médicamenteux ». Selon les médecins du sport, les mesures de confinement, et notamment la limitation de l'activité physique à une heure par jour et à moins d'un kilomètre du domicile vont « à l’encontre de tout ce qui a été mis en place par les services de l’État pour les sujets porteurs de pathologies chroniques ». Le SNMS-santé ne remet pas en cause l'utilité d'un confinement généralisé sur tout le territoire mais affirme que « le strict confinement ne sera cependant pas tenable sur le moyen et le long terme » et « est de nature à générer des problèmes préoccupants pour nombre de Français avec péril pour leur santé ».

Il est ainsi proposé à Édouard Philippe d'envisager « une reprise progressive des activités physiques individuelles de plein air sur les territoires où les espaces naturels le permettent. De nombreux pays, notamment en Europe, ont fait ce choix », indique le syndicat. Son vice-président, le Dr Bruno Burel, généraliste à Rouen, estime en effet que les mesures prises pour autoriser la pratique de sport dans les grandes agglomérations, comme à Paris, ne peuvent pas être les mêmes qu'en milieu rural : « A la campagne, il vaut mieux aller faire son footing en forêt à quelques kilomètres, où il n'y a personne, plutôt que de rester autour du pâté de maisons et de croiser ses voisins ». Il regrette également que la pratique du vélo, initialement autorisée, ait été prohibée par le gouvernement. « Les personnes d'un certain âge qui ne peuvent plus faire de course à pied, privilégient souvent la pratique du vélo. Là encore, en campagne, on ne comprend pas pourquoi la pratique individuelle est interdite. »

Pertes de chances

Mais le Dr Burel craint surtout que cette rupture avec l'activité sportive pendant le confinement représente une perte de chances et vienne anéantir les bénéfices de mois voire d'années de pratique chez les patients présentant des pathologies chroniques. « Beaucoup de patients ont trouvé un équilibre grâce au sport sur ordonnance et aux structures proposant de l'activité physique adaptée, que ce soit pour le diabète, l'hypertension, les épisodes anxiodépressifs », indique-t-il. Il s'inquiète notamment pour les populations précaires. « La dynamique de groupe est très importante dans la pratique du sport chez les personnes obèses des milieux sociaux défavorisés par exemple. Ceux qui n'ont pas Internet sont aussi pénalisés », ajoute le Dr Burel.

De nombreux cours de sport en ligne sont en effet proposés gratuitement pendant le confinement. Le ministère des Sports a d'ailleurs listé sur son site des plateformes proposant des sessions d'activité physique validées par l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité. Le groupe associatif Siel Bleu, spécialisé dans l'activité physique adaptée, propose également des cours pour tous publics sur son site

Le SNMS-Santé demande ainsi au Premier ministre « un aménagement responsable et utile du confinement, comme il a été récemment décidé pour les autistes ». Le syndicat demande par ailleurs qu'« une personnalité médicale experte dans le domaine de l’Activité Physique Santé » soit intégrée au Conseil scientifique présidé par le Pr Jean-François Delfraissy et chargé d'émettre des avis pour le gouvernement.

Source : Legeneraliste.fr

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