Des généralistes choqués par un mail "menaçant", l'Ordre du Bas-Rhin reconnaît une maladresse

Des généralistes choqués par un mail "menaçant", l'Ordre du Bas-Rhin reconnaît une maladresse

Camille Roux
| 06.04.2020
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    Des généralistes choqués par un mail "menaçant", l'Ordre du Bas-Rhin reconnaît une maladresse

En communiquant par mail pour la première fois depuis le début de l'épidémie, l'Ordre départemental des médecins du Bas-Rhin s'est attiré les foudres des généralistes. En cause, une communication datée du 2 avril, jugée « menaçante » et « inappropriée » par certains omnipraticiens. Ce mail adressé aux quelque 2 000 praticiens inscrits à l'Ordre du 67 rappelle les « règles de conduite à tenir pendant le confinement en médecine générale », que ce soit les mesures barrières (port de masques, blouses, etc.) ou encore l'option téléconsultation à privilégier. Mais le CDOM 67 ne s'arrête pas là. Il enjoint également les généralistes à « assurer la continuité des soins pour sa patientèle en étant accessible H24 pour conseiller et orienter ses propres patients ». Et conclut par un rappel au code de déontologie en prévenant que « les contrevenants à ces règles de base s’exposent en cas de plainte à des poursuites disciplinaires et/ou à des poursuites pénales pour mise en danger de la vie d’autrui ».

Les MG déplorent une communication tardive et menaçante

Ce discours a du mal à passer auprès des représentants syndicaux locaux. Contacté par Le Généraliste, le président local du syndicat MG France, le Dr Pierre Tryleski, estime qu' « une telle position de la part de l'Ordre ne correspond pas aux réalités du terrain et a profondément choqué les généralistes. Les médecins ont besoin d'aide et de soutien, pas de menaces ». Il regrette par ailleurs que l'Ordre demande aux médecins une disponibilité H24 pour leurs patients. « L'injonction du Conseil de l'Ordre à une disponibilité téléphonique de chaque médecin généraliste à toute heure du jour et de la nuit nous semble anachronique, méprisante et dangereuse », écrit le Dr Tryleski. 

Dans un billet publié sur le site de la FMF, le représentant de la section du Bas-Rhin Dr Raymond Attuil se dit lui aussi « atterré » par ce mail et dénonce « l'absence de compassion » et de « prise ne compte des difficultés » rencontrées par les médecins de famille du 67, l'un des foyers les plus importants de l'épidémie en France. En réponse au courrier du CDOM, le syndicat de jeunes médecins installés et remplaçants AGJIR (branche alsacienne de ReAGJIR), regrette pour sa part le manque de communication de l'Ordre jusqu'alors. « Ce message intervient tardivement dans une crise que nous avons eu le sentiment de gérer longtemps seuls », déplore la présidente Dr Elise Fraih. AGJIR assure également que les généralistes n'ont « pas besoin de la menace de sanctions pénales ou ordinales pour incarner les valeurs de confraternité et de professionnalisme ».

L'Ordre présente ses excuses

Face à ces nombreuses réactions de la part des médecins du département, le Dr Jean-Marie Letzelter, président de l'Ordre du 67 et lui-même médecin généraliste, a présenté ses excuses dans un nouveau mail adressé aux divers syndicats. Ce mail n'était selon lui pas destiné « à l'immense majorité des confrères qui sont exténués » mais motivé par plusieurs signalements de médecins et de patients à l'égard de praticiens ne répondant plus au téléphone ou exerçant sans appliquer les mesures barrières.

Contacté par Le Généraliste, le Dr Letzelter indique que deux médecins généralistes auraient été signalés car ils ne respectaient pas les mesures d'hygiène au cabinet et continuaient « de recevoir 30 à 40 patients par jour ». Une dizaine de médecins, dont des généralistes, auraient également fermé leur cabinet sans prévenir ni mettre en place de répondeur renvoyant vers la permanence des soins ou le SAMU. « Cela, je ne peux pas le tolérer. Cependant je sais qu'il s'agit de comportements très minoritaires et que le ton de notre premier mail a pu paraître agressif, je m'en suis excusé », admet le président de l'Ordre. Sur la question de la continuité des soins, il avoue aussi que le message n'était pas clair. « Nous ne demandons évidemment pas d'être disponible 24 h/24 mais au moins de mettre un répondeur renvoyant vers SOS ou le 15 quand ils sont absents », précise-t-il. 

Source : Legeneraliste.fr

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