Si « Le Généraliste » était paru en 1900 - La méthode de Sherlock Holmes en médecine

Si « Le Généraliste » était paru en 1900La méthode de Sherlock Holmes en médecine

Alain Létot
| 01.07.2017
  • histoire

    La méthode de Sherlock Holmes en médecine

D’après un roman célèbre du Dr Conan Doyle, paru jadis en français dans le Temps, Sherlock Holmes représente un détective amateur anglais, un détective consultant, selon sa propre expression. Il n’est pas au service de la police criminelle ; mais celle-ci le consulte dans les cas particulièrement difficiles. Ses grands succès dans la découverte des criminels et l’éclaircissement des aventures ténébreuses, Holmes les doit avant tout à une méthode d’analyse qu’il a lui-même inventée. Cette méthode consiste en ceci : par l’observation de tous les petits détails secondaires et des circonstances qui se rattachent à un fait donné, il devine les événements. À leur grand étonnement, il confond ainsi les personnes dont il ne pouvait en aucune façon rien savoir.

Cette méthode est assez employée en médecine. Elle mérite d’attirer l’attention, dans l’examen des malades, pour la recherche des circonstances environnantes et tous les petits détails. Elle permet, en effet, de pénétrer les habitudes des malades ou de connaître les vraies causes de la maladie. D’ailleurs, en France, certains romanciers et, surtout, certains policiers, l’ont appliquée à profusion.

Nous-même, nous l’avons utilisée bien des fois jadis dans notre pratique médicale et en avons retiré de précieuses indications. Mais voici que les observations médicales se précisent et s’accumulent.

M. le Pr van Duyse (de Gand) aurait récemment recommandé, à l’attention des ophtalmologistes, cette méthode très remarquable. Il a donné, à ce sujet, quelques éclaircissements. Une dame vient le trouver et accuse à l’œil une violente douleur. À brûle-pourpoint, van Duyse lui dit : « Madame, vous avez des oiseaux. Il y a quatre jours, vous avez nettoyé la cage et, depuis ce temps, votre œil est malade ». La patiente fut étonnée, au plus haut point, par la netteté et la précision de ce diagnostic. Voici comment s’expliquait la cause du mal. L’enveloppe d’un grain de semence avait pénétré dans la cornée. La dame avait évidemment soufflé sur la mangeoire de ses oiseaux pour chasser les enveloppes des graines, et la vive arête d’une de ces cosses avait pénétré dans la cornée. Celle-ci présentait, en effet, une aréole grisâtre sur le côté blessé et était infiltrée à son bord. Les parties adjacentes de la sclérotique laissaient voir une injection capillaire. L’observation clinique avait démontré antérieurement à M. le Pr van Duyse que quatre jours environ suffisaient pour amener à maturité une inflammation de ce genre.

Dans un autre cas, une jeune bonne de 16 à 17 ans se présente à la clinique avec un petit garçon d’un an et demi. La jeune fille souffrait d’un trachome. Van Duyse la reçut très durement et lui dit : « Malgré mon ordre, vous avez porté l’enfant ; je suis forcé de faire connaître à vos maîtres votre maladie ». La jeune fille nia d’abord ; mais, sur les instances réitérées du médecin, elle dut avouer qu’il y avait seulement vingt minutes, elle tenait l’enfant sur son bras droit et que, devant la porte, elle l’avait confié à une autre personne pour qu’elle le gardât. Cette fois, l’indice révélateur était un peu d’urine qui avait coulé de haut en bas et de droite à gauche sur le tablier de la jeune fille.

Cet art de remarquer les petits détails et de les faire servir aux conclusions est, en effet, un exercice intellectuel supérieur.

En outre, il augmente considérablement la confiance dans le médecin. Mais il faut ajouter tout de suite qu’on doit se servir de la méthode de Sherlock Holmes avec sang-froid et une grande circonspection, car une méprise pourrait aisément rendre grotesque le médecin qui se tromperait et lui nuire plus que ne le serviraient cent observations exactes.

(Marcel Baudoin, La Gazette médicale de Paris, 1900)

Source : Legeneraliste.fr

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