Si  « Le Généraliste » était paru en août 1780 - L'œil était dans… l'anus

Si  « Le Généraliste » était paru en août 1780L'œil était dans… l'anus

Alain Létot
| 05.10.2016
  • Histoire

Aujourd'hui, vingt-huit du moye de juing MDCCLXX, ès une maison proche du havre du bourg de Saint-Martin, les soubsignés, maistres en sirurgie et sirugiens ordinaires du Roy, nous sommes assemblés pour voir le corps du nommé Alphin, officier dans le bataillon du Languedoc, à qu l'un de nous avoit fait ordonnance pour un clystère composé et qui était passé de vie à trépas sans le recevoir.

À quoi, maistre apothicaire Blanchard, contre qui plainte a été portée, nous a dit  qu'il s'était présenté hier vingt-sept au domicile d'Alphin en étant porteur d'une seringue en bon estat pour réouvrir et deffermer les courants cholédoques et qu'il avoit cherché à l'insinuer dans les règles de l'art (Tuto et Jucunde), mais inutilement et avec grand empeschement et fascherie. Qu'il avoit cependant regardé de plus près in fundamento et qu'ayant écarté les posters;il avoit aperçu, contre tous usages et coutumes, un œil qui le regardoit en face, ce qui n'était jamais arrivé depuis sept vingt ans qu'il praticoit. Qu'il avoit jugé que son honneur était outragé et qu'il s'était retiré de céans.

D'après cette connaissance, nous soussignés, maistres sirurgiens, avons procédé à l'examen du fundamentum. Le poster étant ouvert,  nous avons rencontré un fragment de cristal qui faisait oeil et qui regardoit.

Jugeant le cas neut et extraordinaire, mais exempt de maléfices, jongleries ou autre perfidie, nous avons interrogé les gens de service qui nous ont appris qu'Alphin avoit accoustumé de mettre son oeil dans un verre d'eau et qu'il avoit pu l'avaler dans son délire.

C'est pourquoi nous avons jugé que Blanchard, maistre apothicaire adolé et outragé, avoit sagement agi en se retirant pour attendre la visite du sirurgien ordinaire du Roy, et déclarons que les torts et rebelleries sont du côté du mort. De tout quoi certifions véritables entre les mains de Bilaud, notaire royal requis à cet effet au jour, moi et an que dessus; et avons signé. "

(Menescaut, Delcourt, Niel, chirurgiens ordinaires du roi, Bilaud, notaire royal, cité in « L'Anjou Médical», 1900)

Source : Legeneraliste.fr

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