Si « Le Généraliste » était paru en 1913 - Pourquoi le café est-il aphrodisiaque, mais pas le thé ?

Si « Le Généraliste » était paru en 1913Pourquoi le café est-il aphrodisiaque, mais pas le thé ?

Alain Létot
| 25.09.2016
  • Histoire

Cette question n’est pas seulement une question, elle est aussi une réponse parce qu’elle contient l’affirmation d’un fait. Mais le fait affirmé est-il vrai ? That is the question, et pour être logique et scientifique, il faudrait poser ainsi la question ou plutôt une série de questions : le thé est-il aphrodisiaque ? Le café est-il anaphrodisiaque ? Et, si la réponse est affirmative, pourquoi cette différence dans leur action, puisque tous les deux contiennent de la caféine ?

La réponse doit être donnée non par la chimie organique, mais par le physiologue. Il n’est pas vrai que le thé soit seulement aphrodisiaque, il peut aussi être anaphrodisiaque. Cette inversion est fonction de deux facteurs.

1- La quantité et la substance. Il y a des quantités différentes de caféine dans le thé et dans le café, pris eux aussi à des quantités différentes.
2- L’organisme récepteur, plus ou moins sensible à l’action de la substance.
Ces deux facteurs ont été étudiés en détail, pour la première fois, par Hanhemann, le fondateur de l’homéopathie, quand il a constaté que toute substance provoquait deux groupes d’effets : les effets actifs et les effets réactifs, opposés entre eux.

L’on trouve des personnes qui disent : “Le café m’empêche de dormir, non le thé ". D’autres disent : “le thé m’empêche de dormir, non le café”. Cela tient évidemment à la différence, chimique ou autre, de ces deux organismes. Mais si ces mêmes personnes augmentent ou diminuent la quantité de café ou de thé absorbé, il se produit un effet physiologique inverse.

Des personnes disent : “Si je bois deux ou trois tasses de café le soir, je peux dormir. Alors qu’une seule tasse me donne de l’insomnie”. Ce serait l’effet alternant de Hahnemann. “Si je bois une tasse de café tous les jours, je n’ai plus d’insomnie”. C’est l’accoutumance ou la tendance de l’organisme à assimiler comme aliment une substance toxique. “Si, habitué au café, je le cesse brusquement, j’ai des maux de tête, de l’insomnie”. Ces effets sont des symptômes d’intoxication pota suspenso, qui sont antidotés par l’absorption d’une nouvelle administration de toxique. Il en est ainsi chez les morphinomanes pour la morphine.

Enfin, si l’on diminue la dose, on obtient l’effet inverse. Le café empêche de dormir, mais si l’on donne une dose infinitésimale de café, par exemple une troisième dilution centésimale de Coffea cruda, l’on fait dormir, si l’insomnie du malade ressemble (similia similibus curantur) à l’insomnie qu’aurait une personne ayant bu du café. C’est la médication recommandée depuis plus de cent ans par les homéopathes dans le cas d’insomnie simple, surtout celle des enfants, insomnie de la première partie de la nuit, avec agitation, et cette méthode est autrement préférable et bien plus efficace que celle prônant les narcotiques.

Après cette digression, toxicologique ou pathogénétique, physiologique et thérapeutique, nous sommes en état de comprendre pourquoi le thé et le café peuvent être tour à tour aphrodisiaques et anaphrodisiaques. Le Dr Gallavardin père, dans son “Traitement médical de la passion génitale” (Paris, Baillière, 1896) reconnaît l’action toxique et aphrodisiaque du café (p. 76) et l’action anaphrodisiaque de la même substance (p. 31).

Le café est anaphrodisiaque “même sans être pris en grande quantité” : il faudrait dire surtout pris en très petite quantité ; mais il est aussi aphrodisiaque s’il est pris en quantité suffisante.

Un médecin de mes amis avait entrepris une étude sur les substances aphrodisiaques et les substances anaphrodisiaques. Il pensait a priori pouvoir établir une distinction très nette entre ces deux catégories, mais il renonça à cette classification à mesure que sa documentation bibliographique s’enrichissait, parce qu’il lisait qu’une substance était tantôt aphrodisiaque, tantôt anaphrodisiaque selon l’importance des facteurs signalés plus haut.

Si la chimie doit servir à exprimer beaucoup de phénomènes organiques, la physiologie biologique en éclaire bien davantage, et c’est en comprenant ces lois qu’on peut faire de la bonne thérapeutique.

(Dr Jules Gallavadin, de Lyon, dans « La Chronique médicale », juin 1913)

Source : Legeneraliste.fr

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