Si « Le Généraliste » était paru en 1910 - Un divorce peu banal...

Si « Le Généraliste » était paru en 1910Un divorce peu banal...

Alain Létot
| 14.09.2016
  • Histoire

Ceci d’est passé il y a un an à peine, à Paris, au tribunal de la Seine (chambre des divorces).

M. et Mme X... étaient affectueusement unis dans les premiers temps de leur mariage ; mais un désaccord, vite survenu, donna lieu à des discussions et à des scènes au cours desquelles les deux conjoints s’injurièrent et se frappèrent réciproquement. Il fallut recourir au divorce. M. X... le sollicita à son profit tandis qu’à l’initiative maritale Mme X... ripostait par une demande conventionnelle. « Si mon caractère a brusquement changé au cours de la vie conjugale, expliquait Mme X..., la faute en est à mon mari : en comprenant mal ses devoirs conjugaux et les rapports intimes, M. X... m’a rendue neurasthénique ».

Et le tribunal lui donnant raison, prononçait le jugement suivant :
- Attendu que la neurasthénie a été amenée par l’obstination du mari à empêcher la survenance d’enfant.
- Attendu que le quatrième témoin de l’enquête de Mme X... a entendu le mari dire à sa jeune femme, en ponctuant sa phrase de coups de poing sur la table : « Non, jamais, tu n’auras jamais d’enfants ! »
- Attendu que le cinquième témoin de la même enquête a reçu, à ce sujet, les confidences de la dame X... qui se plaignait des rapprochements du mari dans ses rapports conjugaux et des « préservatifs » qu’il employait pour ne pas avoir d’enfants, alors qu’au contraire elle désirait beaucoup en avoir; que le désappointement avait altéré l’affection, la bonne santé de la dame X... et l’avait rendue neurasthénique.
- Attendu que l’obstination du Sieur X... à contrarier les désirs de maternité de son épouse est en opposition avec la loi d’union des sexes et constitue une injure personnelle.
- Attendu que c’est une contrariété qui a été la cause des injures et des violences que les enquêtes ont relevées à la charge de la Dame X...

Par ces motifs, le jugement prononce le divorce aux torts de M. X...

Il appert donc de ce jugement que le fait pour un époux de priver sa femme, malgré son désir contraire, des satisfactions et devoirs de la maternité, peut être considéré comme une injure, la femme devant être traitée par son mari de façon à lui procurer l’existence à laquelle elle devait s’attendre en se mariant.

Il a été jugé ainsi que l’emploi des « préservatifs » est injurieux pour la femme car il blesse sa pudeur.

M. le président Guelfucci est allé plus loin. Il a jugé que le fait d’être obligé à élever des enfants impliquait la nécessité d’en avoir. Et c’est pourquoi il a prononcé le divorce de M. et Mme X… »

(« La Chronique Médicale », 1910)
 

Source : Legeneraliste.fr
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