Si « Le Généraliste » était paru en 1899 - Félix Faure, un cas célèbre de paralysie alterne par hémorragie bulbaire d’origine artério-scléreuse

Si « Le Généraliste » était paru en 1899Félix Faure, un cas célèbre de paralysie alterne par hémorragie bulbaire d’origine artério-scléreuse

Alain Létot
| 05.09.2016
  • Histoire

Félix Faure, Président de la République, est mort. Tous les journaux politiques ont raconté, avec des détails circonstanciés, les diverses péripéties de sa maladie foudroyante et les derniers moments de ce parfait gentleman. On a interviewé les autorités chirurgicales et médicales qui ont assisté à ses derniers instants. M. le Pr Lannelongue a parlé pour la grande Presse. Les journaux techniques d’informations peuvent donc, à leur tour, enregistrer ce cas, désormais célèbre, de paralysie alterne par hémorragie bulbaire, d’origine artério-scléreuse. La Grandeur oblige… à se laisser disséquer, sans protester.

Tous ceux qui avaient vu de près l’ancien Président n’ont point été trop étonnés de ce brusque dénouement. Cet homme, malgré sa vaillance et son désir inouï de rester toujours en scène, portait sur sa figure même les traces de l’usure prématurée, caractéristique de tous les grands travailleurs de notre époque, et de tous les grands manieurs d’affaires du monde. Rien qu’à le considérer, on devinait sous sa peau, à l’aspect un peu rude, des rameaux artériels sclérosés ; prêts à se rompre, au moindre déclenchement de la pompe foulante centrale.

Le récit de cette mort imprévue a été fait plusieurs fois. Mais bous voulons mettre en relief ici, à propos de cet illustre cas, une des causes principales de cette terrible sclérose. On a accusé l’alcool, les grands dîners, la bonne chère ; et on a prescrit la sobriété, les exercices au grand air. C’est parfait, mais insuffisant. Félix Faure montait à cheval tous les matins et ne faisait pas d’excès. Ce qui n’a rien empêché.

La vérité, c’est que cette affection est une des grosses tares de nos races dégénérées, et surtout la maladie des hommes qui ont eu trop d’émotions dans leur vie ; de ceux qui gardent, même à soixante ans, un cœur… trop sensible.

Peter avait joliment raison quand il affirmait qu’ « on a l’âge de ses artères ». Et je connais bien des jeunes aux allures brillantes, au tempérament de feu, à l’énergique volonté, au courage valeureux qui, déjà, malgré leur extrait de naissance, de par leur système artériel, ont atteint la soixantaine ! C’est l’envers de la médaille et le mauvais côté du Travail, tant il est vrai que sur cette pauvre terre nous ne devons que souffrir et mourir.

(Marcel Baudoin, « La Gazette médicale de Paris », 1899)

Source : Legeneraliste.fr

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