Si « Le Généraliste » était paru en 1898 - Le permis de mariage, un nouveau débouché pour les médecins

Si « Le Généraliste » était paru en 1898Le permis de mariage, un nouveau débouché pour les médecins

Alain Létot
| 11.07.2016
  • Histoire

Chacun sait avec quelle ardeur désormais le médecin, praticien ou journaliste – il n’y a nulle honte à avoir ses propres faiblesses -, se met à la recherche d’une place à appointements fixes, dès qu’il peut porter le bonnet de docteur. Question, non de mode, mais de besoin urgent, nos étudiants n’étant plus, comme jadis, les descendants cossus de bourgeois très aisés. Ce n’est pas aux bons Français, mauvais juges, à critiquer ces tendances innées. Aussi bien perdrions-nous peut-être nous-même, avec notre latin et notre temps, notre plume et notre gagne-pain !

Acceptons donc, sans nous plaindre, la situation qui est faite à tous les médecins de France ; mais aidons-les, de notre mieux, puisque c’est là notre devoir, à leur trouver des débouchés nouveaux…

Ce n’est pas, chez nous, chose facile, à l’heure où notre budget est fort en déficit, que de découvrir des fonctions auxquelles on n’ait point encore songé ! En conséquence, si vous le voulez bien, étant à court d’idées originales, nous en emprunterons une, qui l’est beaucoup, aux Américains, qui n’en manquent jamais de cette catégorie !

Vous jugerez de suite comme elle serait pratique si l’on pouvait y avoir recours, au moins dans nos campagnes, là où le médecin manque, sinon de bras rémunérés, du moins de clients rémunérateurs. Retenez donc bien ce qui va suivre…

M. Parker, de Cleveland, vient de présenter, à la législature de l’État d’Ohio aux États-Unis, un projet de loi tendant à établir un Conseil de révision à base médicale pour tout humain de n’importe quel sexe qui désire se marier. Voilà qui est clair est simple ! M. Denis, député des Landes, obturez vos oreilles ! M. Denis est célèbre dans le monde médical depuis le jour où il a déclaré à la Chambre que, désormais, les médecins comme les vétérinaires étaient aujourd’hui trop savants. Il en est pour les remèdes de bonne femme, comme ses électeurs des Landes…

De même que l’on ne veut pas pour nos soldats des non-valeurs, impedimenta au moment psychologique, de même on désire interdire les débats amoureux légitimes à ceux qui ne sont pas capables de procréer des enfants valides et sains d’esprit. Évidemment, une telle idée ne pouvait germer que dans l’esprit d’un Yankee ; que, que dans un pays aux mariages faciles et aux « collages » inconnus ; que dans une contrée où le système des dots n’est pas encore de règle ! Mais passons, et voyons quel profit retirerait le médecin d’une telle organisation.

Ce Conseil de révision matrimonial serait composé de trois médecins, au dire de M. Parker, et un permis de mariage plus ou moins analogue au bon de confession, serait délivré à chaque fiancé, moyennant la somme très minime de deux livres et demie. Honoraires peu élevés, sans nul doute. Cinq livres par séance ! Il est vrai qu’on pourrait examiner plusieurs couples en une seule réunion. Mais vous devinez d’ici à quels pots-de-vin pareils conseils pourront donner lieu au pays des chèques par excellence ! Une milliardaire, amoureuse d’un prince européen, - les reines américaines n’épousent plus des bergers ou des ténors -, n’hésiterait pas à jeter dans la balance du Conseil quelques centaines de dollars.

En France, où de telles mœurs ne sont pas admises – comme la preuve dans les procès en diffamation -, nous aurions simplement trois fonctionnaires médicaux de plus, au moins, par canton ! Je demande, très sérieusement, qu’un député imite, au Palais Bourbon, l’exemple du citoyen américain Parker.

(Marcel Baudoin in « La Gazette médicale de Paris, 5 mars 1898)

Source : Legeneraliste.fr

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