Si " Le Généraliste " était paru en juillet 1898 - Une solution pour les médecins de nuit de Paris

Si " Le Généraliste " était paru en juillet 1898Une solution pour les médecins de nuit de Paris

Alain Létot
| 10.07.2016
  • Histoire

Il y a quelques jours tous les journaux parlaient d'un brave homme pris d'une hémorragie grave et de sa femme affolée qui avait envoyé chercher au poste de police voisin l'un des médecins de nuit. Théoriquement, au dire de l'Administration, on aurait dû immédiatement en trouver un. Pratiquement, on alla en chercher six et on n'en trouva pas un, au dire de l'Écho de Paris, journal officieux, du 26 mars dernier.

On mit, dit-on, une heure à faire cette recherche. J'ignore si le malade en est mort ; mais qu'importe ! Tout le monde est d'accord, d'ailleurs, pour constater aujourd’hui que la réorganisation votée par le Conseil municipal, ces temps derniers, est, aux points de vue social et municipal, humanitaire et scientifique, sinon professionnel, tout à fait vaine. Le prétendu remaniement qui a été fait ne l'a été que sur le papier ; et, avec les moyens auxquels on a recours, il est impossible qu'il en soit autrement, malgré la bonne volonté de tous, administrateurs et médecins, bonne volonté qui n'est pas niable. Aussi bien, ce qui est mauvais, ce n'est point le fonctionnement du service : c'est le système. Il y a longtemps que nous avons proposé une autre organisation, il est vrai plus complexe, mais sûre au moins dans ses effets ; Je n'ajoute pas qu'on n'y a jamais pris garde : on le devine sans peine !

Supposez qu'au lieu d'envoyer quérir un médecin à un poste de police, dans lequel il ne s'en trouve jamais du reste, il suffise de descendre dans la rue, de briser la vitre ou d'appuyer sur le bouton d'un avertisseur d'accidents et de remonter chez soi, simplement, sans perdre un temps précieux. Ce serait là une chose simple, n'est-il pas vrai ? Supposez également qu’à l'appel de la sonnerie s'amène de suite, en voiture d'ambulance extra-rapide, le médecin de garde du poste le plus voisin, avec le matériel nécessaire. En cinq ou dix minutes à peine, il sera sur le lieu de l'accident et sauvera le blessé, si le cas n'est pas au-dessus des ressources de l'art. Il me semble pourtant qu'il n'y a là rien d'extraordinaire !

Or, tout compte fait, ce système, qui est le mien, et que je défends par suite avec une ténacité qu'on peut comprendre, ne coûterait pas tant qu'on veut bien le dire à la Ville de Paris, qui aurait au moins de la sorte organisé un véritable service de nuit, non sur le papier, mais dans la rue !

J'en ai parlé à plusieurs conseillers municipaux influents. Ils n'ont été qu'effrayés de mon délire des grandeurs ! Mais, heureusement, on ne m'a pas encore fait enfermer. J'ose espérer pourtant qu'on y arrivera, au moins pour calmer mon enthousiasme. Toutefois, je prends l'engagement d'en prévenir à l'avance mes lecteurs habituels.

(Marcel Baudoin in "La Gazette médicale de Paris ", 30 avril 1898)

Source : Legeneraliste.fr

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