Si " Le Généraliste " était paru en juin 1906 - La lecture, passion dangereuse

Si " Le Généraliste " était paru en juin 1906La lecture, passion dangereuse

Alain Létot
| 28.06.2016
  • Histoire

Je viens de voir mourir un de mes pauvres voisins, tuberculeux au dernier degré. Le malheureux, durant ses longs jours d'agonie, trouvait un léger divertissement dans la lecture des livres de la bibliothèque populaire de son quartier, dont il faisait ample consommation. Je suis totalement persuadé que presque tous les livres de cette bibliothèque sont passés sous ses mains, ont traîné sur son lit de douleur pendant ses longues insomnies et même, parfois, pendant son sommeil, lorsque épuisé de fatigue, il s'endormait inconscient sur le livre municipal.

Le lendemain, ses parents allaient changer le volume, lequel tombait dans une famille de gens bien portants. Ceux-ci, après le dur labeur du jour, se font un régal de lire dans leurs lits ; de plus, ils ont la mauvaise habitude de mouiller leurs doigts avec leur salive pour tourner les pages et s'intoxiquent progressivement de germes infectieux. Comme mon pauvre malade, il leur arrive aussi de s'endormir sur leur lecture, et le même livre qui a été en contact avec les expectorations ou les sueurs du tuberculeux, rempli de tout ce qu'il faut pour propager la contagion, devient auprès d'eux, sous la chaleur bienfaisante des couvertures, un ennemi dangereux, apportant dans l'honnête foyer la maladie et la mort.

Par ce temps de désinfection à outrance, où les pouvoirs publics interdisent de cracher sur la voie publique et même chez soi, où la désinfection des locaux et des objets contaminés par les contagieux est obligatoire, n'y aurait-il pas un moyen simple et pratique de soumettre tous les livres rentrant dans les bibliothèques populaires à une sérieuse désinfection avant de les livrer à nouveau au public ? Je ne suis pas le premier à signaler ce fait, mais il est bon, quand l'occasion s'en présente, d'en rappeler les graves inconvénients. Il est du devoir des municipalités de trouver un simple remède à ce mal, et nous appelons à ce sujet, tout particulièrement, l'attention du conseil municipal de Paris et de l'administration préfectorale. Que notre ami, le Dr A.-J. Martin, qui a tant fait pour l'hygiène urbaine, en prenne bonne note.

(Albin Rousselet, " Progrès médical ", 1906)

Source : Legeneraliste.fr

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