Si « le Généraliste » était paru en juin 1858 - Observations sur la mort et sur les blessures produites par la foudre

Si « le Généraliste » était paru en juin 1858Observations sur la mort et sur les blessures produites par la foudre

Alain Létot
| 31.05.2016
  • Histoire

Le 11 juillet  1857, trois cents personnes environ étaient rassemblées, pendant le service divin, dans l’église de Grosshau, petit village situé sur une hauteur dépendant de l’Eifel, à deux lieues environ de Düren, lorsqu’un orage vint à éclater. L’orage fut de très courte durée, mais il se termina par un très violent coup de tonnerre, et la foudre tomba sur l’église. Pénétrant par le clocher, elle renversa plusieurs personnes placées près des orgues ; puis se divisant en plusieurs branches, elle frappa dans les directions les plus diverses. L’édifice fut ébranlé et ses murs présentèrent de nombreuses crevasses.

Six morts et plus de 100 blessés

 

Six hommes vigoureux furent tués sur le coup ; cent autres personnes des deux sexes appartenant à tous les âges furent blessées plus ou moins grièvement. Presque tous les autres assistants furent renversés et ils perdirent pour la plupart connaissance pendant un temps plus ou moins long. Ils en furent quittes pour la peur. Ceux, un petit nombre, qui furent épargnés et qui conservaient la conscience des choses, assurent avoir éprouvé dans les oreilles et dans la poitrine au moment de la catastrophe, une sensation analogue à celle qui se produit lorsqu’on se tient auprès d’une pièce d’artillerie pendant la détonation. Quelques-uns ressentirent comme un choc dans les membres et perdirent momentanément toute puissance de locomotion ; d’autres se sentirent comme violemment attirés par les pieds et tombèrent à terre ; d’autres, enfin, qui étaient à genoux, crurent recevoir un coup violent sur la plante des pieds et sur les cuisses, et ils furent pendant quelque temps empêchés de reprendre la position verticale. On assure qu’après la détonation l’église fut remplie d’une odeur analogue à celle que répandent les allumettes en combustion. Quelques heures après l’accident, les blessés exhalaient une odeur analogue.

Les personnes violemment frappées et qui perdirent connaissance n’avaient conservé, lorsqu’elles reprirent leurs sens, aucun souvenir de ce qui avait eu lieu ; quelques-unes même avaien complètement oublié ce qui s’était passé pendant l’heure qui précéda la catastrophe.

Le docteur Jack arriva à Grosshau quatre heures après l’événement. Les cadavres des individus foudroyés étaient froids et pâles ; deux d’entre eux répandaient déjà une odeur de putréfaction ; les traits du visage avaient généralement une expression douce et tranquille ; les pupilles étaient très dilatées ; les yeux avaient complètement perdu leur brillant ; les membres étaient roides et tout à fait inflexibles, le ventre était volumineux et météorisé.

Sur cinq de ces cadavres, on voyait,  toujours du côté droit du corps, des bandes de couleur rouge ayant de 2 à 6 pouces de largeur et qui, prenant origine sur la tête ou sur le cou, se répandaient sur la poitrine et même sur le ventre ; ou encore c’étaient des macules du volume d’une fève environ, placées bout à bout, et sur lesquelles la peau était quelquefois comme écorchée, mais sans présenter au pourtour le moindre indice de réaction vitale. Dans un seul cas, l’épaule gauche avait été frappée en un point d’où partaient des rayons qui se répandaient sur le cou, sur la poitrine, et, par en bas, jusque sur la cuisse gauche. Chez deux individus, les meurtrissures occupaient une grande étendue de la surface du corps, et, en même temps, du sang s’était écoulé par le nez et par la bouche. Tous les poils avaient été brûlés au voisinage des parties blessées. Nulle part, il ne s’était produit de bulles ou de vésicules.

Le lendemain de l’accident, la peau avait pris sur ces bandes, ces taches et ces marbrures une coloration brun foncé ; elle était comme parcheminée ; elle se recroquevillait  lorsqu’on l’avait incisée. Malheureusement, on ne put pratiquer aucune autopsie.

Trente individus seulement avaient été blessés assez grièvement pour qu’on dût les mettre au lit.

Tous ces individus se plaignaient d’un sentiment de froid et éprouvaient des tremblements ; ils ressentaient dans les membres, qui étaient comme engourdis ou paralysés, et particulièrement dans les mains, les pieds, le pli du coude, des douleurs rappelant celles que produit un choc électrique.  Il y avait de l’anxiété précordiale et une chaleur vive à la région épigastrique. Les extrémités étaient pâles et froides, bien que la température du corps fût un peu élevée ; elles étaient insensibles aux excitants. Les pouls et les battements du cœur étaient très irréguliers et très faibles ; la respiration était anxieuse et inégale ; la connaissance était complète.

L’anxiété précordiale et les douleurs des membres dont il vient d’être question s’étaient manifestées à un certain degré lors de l’accident, même chez les individus qui ne furent pas blessés, et elles persistèrent chez plusieurs ; assez longtemps après, quelques individus furent pris d’épistaxis.

Brûlures au premier degré, phlyctènes et bandes striées

Les blessures consistaient généralement en des brûlures au premier degré : on remarquait aussi des phlyctènes et des espèces d’écorchures. Presque toujours les lésions occupaient le côté droit, et elles étaient surtout marquées sur les parties supérieures du corps. C’étaient principalement des bandes droites ou sinueuses présentant de 1 à 3 pouces de largeur, d’une couleur rosée s’effaçant sous la pression des doigts, commençant habituellement à la tête, au voisinage de l’oreille droite, points dans lesquels les cheveux et les poils de la barbe étaient brûlés, et se répandant ensuite sur la peau du cou, de la poitrine, du bas-ventre et des membres correspondants. Communément les bandes suivaient, à partir du cou, la direction du sternum, sur la ligne médiane, attaquaient la ligne blanche, changeaient de direction au niveau de l’aine droite, où les poils du pubis étaient brûlés pour se porter sur la partie supérieure et externe de la cuisse droite, gagner ensuite le genou, les mollets et se terminer enfin sur la plante du pied correspondant. Chez quelques-uns, c’était sur le dos, le long de la colonne vertébrale que la bande était répandue. Chez d’autres, enfin, les parties antérieures et postérieures du corps à la fois étaient lésées ; rarement le visage avait été atteint ; on remarquait cependant, quelquefois, sur le front et sur les joues, des stries et des macules. Dans un cas, il y avait à la racine du pénis une petite eschare extrêmement douloureuse. Dans les cas les plus rares, les bandes rosées affectaient une direction transversale, se rendant d’une épaule à l’autre, par exemple, et entourant le haut de la poitrine dans une espèce de cercle. On pouvait rencontrer enfin, sur un même individu, à la fois des bandes transversales et des bandes longitudinales.

Des taches singulières

Outre les bandes et les stries dont il vient d’être question, on remarquait chez plusieurs individus, sur les parties du corps les plus diverses, des taches d’aspect fort singulier et figurant des étoiles, des fleurs, etc., tantôt isolées en forme d’inflorescences à l’extrémité de rameaux, portant des bandes et des stries. Ces figures dendritiques perdaient rapidement la coloration rouge qu’elles présentaient d’abord. Le soir même, elles avaient pâli, et le lendemain elles avaient perdu la netteté de leurs contours.  En général, elles étaient le siège d’un sentiment de cuisson assez pénible. Après leur disparition, on voyait souvent à leur place de petites vésicules.

(« Allgemeine Central Zeitung », 4 juillet 1857, repris dans « La Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie» , 1858, série 1, tome 05)

Source : Legeneraliste.fr
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