Si « Le Généraliste » était paru en mai 1885 - Le Dr Bradley a-t-il réellement violé sa patiente ?

Si « Le Généraliste » était paru en mai 1885Le Dr Bradley a-t-il réellement violé sa patiente ?

Alain Létot
| 22.05.2016
  • Histoire

Le Dr Bradley, médecin à Brimmington, près de Chesterfield (Derbyshire) vient d’être condamné à deux ans de prison avec travaux forcés par le jury des assises de Leicester. Cette condamnation paraît avoir causé une vive émotion dans le corps médical anglais. Une réunion de médecins, chirurgiens, médecins légistes, etc., s’est appliquée à l’étude du procès Bradley et les conclusions qu’elle en a tirées sont toutes favorables au malheureux docteur.

Comme il s’agit d’une question fort intéressante au point de vue médico-légal et même professionnel, nos lecteurs nous pardonneront d’y insister un peu. D’après l’acte d’accusation, le docteur Bradley se serait rendu coupable de viol sur la personne d’une Eliza Swetmore. Ce crime se serait accompli dans une maison habitée par plusieurs autres personnes, proche d’autres maisons également habitées au moment de l’acte ; aucun cri n’aurait été entendu, aucune trace de violences n’existait ni sur la plaignante ni sur l’inculpé, aucune tache ni souillure n’ont pu être constatées, etc. En somme, toute l’accusation reposait sur le récit de la plaignante. Il faut dire que cette femme avait des attaques d’épilepsie depuis l’âge de 11 ans. Le Dr Bradley alléguait pour sa défense que cette femme avait eu une attaque en sa présence et que c’est au moment du réveil qu’elle l’avait accusé. Après avoir examiné toutes les pièces du procès, les médecins auxquels nous avons fait allusion arrivent aux conclusions suivantes :

1° Un homme ne peut violer une femme qui résiste sérieusement sans laisser des traces de violence sur la personne de cette femme, et sans porter lui-même sur son corps ou sur ses vêtements des traces de violence.

2° Il est impossible à un homme d’avoir des rapports avec une femme en pareille circonstance sans laisser quelque tache sur les linges de corps.

3° Il est impossible à un homme de violer une femme qui se défend et crie au secours sans éveiller l’attention des personnes qui se trouvent à ce moment dans la maison.

4° il est impossible à un homme d’avoir des rapports avec une femme qui résiste sur deux petites chaises de bois, les jambes de cette femme étant rapprochées et non écartées.

5° Il est impossible d’admettre que cet homme a pu avoir deux rapports en cinq minutes dans de pareilles conditions.

6° En l’absence de renseignements plus sérieux, il est bien grave de condamner un homme d’après le seul témoignage d’une femme dont le père est dans une maison de santé et qui elle-même est épileptique.

7° Or, pour le même crime présumé, tandis que Lord Saint-Leonard n’a été condamné qu’à quelques semaines de prison, le Dr Bradley, parce qu’il est médecin, se voit condamner à une peine sévère

Nous n’avons donné que quelques-unes des conclusions des médecins anglais ; le document que nous avons sous les yeux est trop étendu pour figurer en entier dans ce court article. Quoi qu’il en soit, nos confrères d’outre-Manche ne cachent pas l’indignation que leur a fait éprouver l’injuste condamnation du Dr Bradley, et ils demandent sa grâce au Lord chief justice.

Cette question de viol est une des plus intéressantes qui puissent s’agiter en médecine légale et nous aurions beaucoup à dire sur le procès du médecin anglais si nous ne craignions pas d’abuser de la patience de nos lecteurs. Toutefois, il semble bien, d’après la lecture attentive du rapport médical dont nous avons donné quelques extraits que le jury de Leicester a été un peu léger en condamnant, comme il l’a fait, le Dr Bradley sur des présomptions plutôt que sur des preuves.

(« Le Progrès médical », 1885)

Source : Legeneraliste.fr

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