Si « Le Généraliste » était paru en avril 1906 - Napoléon à Waterloo et ses 4 heures de sommeil

Si « Le Généraliste » était paru en avril 1906Napoléon à Waterloo et ses 4 heures de sommeil

Alain Létot
| 27.04.2016
  • Histoire

 

 

Napoléon à Waterloo n’était pas affaibli, comme le croyait à tort, le général Canrobert, qui avait causé avec beaucoup d’officiers de ce temps-là, lesquels avaient vu de leurs yeux Napoléon endormi avant onze heures du matin et qui l’avaient cru malade ou tout au moins au-dessous de ce qu’il avait été jadis. Combien ils se trompaient !

Napoléon s’était couché la veille, après 10 heures du soir, ayant écrit un message à Grouchy à cette heure-là. Mais il s’était levé à deux heures du matin et ne s’était pas recouché depuis. Il n’avait donc pas eu plus de quatre heures de sommeil, et plutôt un peu moins. Voilà le fait. Aussi avait-il éprouvé le besoin impérieux de prendre une heure de repos avant midi.

Il est même à croire qu’il n’avait pas dormi tranquille durant ces quatre heures ; non pas que la victoire fût douteuse pour lui, mais parce qu’au contraire il avait tellement bien pris ses mesures qu’il craignait que les Anglais n’eussent décampé pendant la nuit, tant leur position était mauvaise, avec une forêt à dos.

En effet, il croyait que Blücher s’était retiré derrière la même forêt pour couvrir Bruxelles ; de sorte que, dans sa pensée, les Anglais avaient tout intérêt à venir l’y rejoindre et à ne pas rester sur leurs positions.

Malgré la pluie, Napoléon recommença donc la reconnaissance qu’il avait déjà tant prolongée quelques heures auparavant, suivi de son jeune page et de deux ou trois de ses officiers. C’est alors qu’il reçut une réponse de Grouchy au billet expédié à 10 heures du soir.

Il était alors 3 heures du matin : on le sait, car il lui renvoya encore une autre dépêche à cette heure-là, confirmation de la précédente.

À 4 heures, il faisait déjà jour. Napoléon passa toute cette partie de la nuit en reconnaissances, venant  se sécher de temps à autre à la ferme du Caillou auprès d’un grand feu.

À 8 heures, il déjeuna avec ses généraux et tint un conseil de guerre. Napoléon était radieux ; disant qu’on avait 90 chances sur 100 de battre les Anglais dont il avait étudié la distribution des forces, entre 4 et 8 heures du matin.

C’est alors que la pluie ayant cessé et ne semblant plus à craindre, Ney vint lui donner une fausse nouvelle. Napoléon n’y crut pas un seul instant ; néanmoins, il remonta à cheval pour la contrôler et il revint dicter son plan d’attaque qui fut communiqué à tous les chefs de corps.

Thiers dit positivement que Napoléon n’avait pris que trois heures de repos, et nous le croyons comme lui. En tout cas, il n’avait pas pu en prendre tout à fait quatre, entre 10 heures du soir et 2 heures du matin.

Après le conseil de guerre, Napoléon attendit que les troupes aient eu le temps de se ranger en bataille suivant ses instructions pour aller les passer en revue et ranimer leur ardeur.

Rentré à 10 heures, il se coucha à cheval sur une chaise, a-t-on dit, ou sur son lit de camp, comme d’autres l’ont écrit, en recommandant expressément à son frère Jérôme de le réveiller au bout d’une heure : « ceux-ci, lui dit-il en montrant ses officiers, n’oseraient interrompre mon sommeil ; aussi, je compte sur toi seul ».

Napoléon se leva à 11 heures sonnant, sans même donner à son frère le temps de le réveiller ! Ainsi, ce sommeil qu’on lui a reproché comme une faiblesse, ne lui faisait pas plus de 4 ou 5 heures de repos, tout au plus. Or, la veille, il s’était levé à 5 heures du matin.

Il y a peu d’hommes valides qui seraient capables de faire ce qu’a fait Napoléon ce jour-là. Si on peut lui reprocher une chose, c’est de n’avoir pas pris un repos plus prolongé ; surtout s’il était démontré qu’il ait eu ce jour-là quelque indisposition.

On sait que ce même jour, Grouchy était attablé devant un plat de fraises à la crème, au lieu de songer à joindre Napoléon, à peine à quatre lieurs de là ! Il se lassa jouer par un corps prussien presque aussi fort que le sien qui le tint en échec.

(Dr Bougon, « La chronique médicale », avril 1906)

Source : Legeneraliste.fr

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