Si « Le Généraliste » était paru en mars 1900 - Comment guérir un hoquet rebelle

Si « Le Généraliste » était paru en mars 1900Comment guérir un hoquet rebelle

Alain Létot
| 21.03.2016
  • histoire


Le hoquet est un syndrome fréquemment observé, consistant en un spasme clonique du diaphragme, accompagné d’une brusque expiration avec constriction de la glotte qui détermine un bruit rauque particulier. Ce syndrome, réflexe gênant mais le plus souvent insignifiant et s’arrêtant seul, est, chez certains malades nerveux, excessivement rebelle ; et, dans quelques maladies générales graves, il peut être de cause toxique, empêcher le repos du malade et être, par sa persistance, une complication réellement redoutable.

Le hoquet rebelle a fait, plus d’une fois, le désespoir des praticiens qui ont bien souvent en vain épuisé pour l’arrêter toutes les ressources antispasmodiques de la pharmacologique. Souvent on a dû avoir recours aux applications électriques. Erb a obtenu de brillants succès par des badigeonnages faradiques de l’épigastre. D’autres, prétend-il, ont arrêté instantanément un hoquet rebelle par la faradisation ou la galvanisation du nerf phrénique. En bien des cas le traitement par l’application du pôle négatif à la nuque ou le passage transversal du courant galvanique par les apophyses mastoïdes peuvent être utiles, et il en serait de même de la vive excitation de la zone de distribution du nerf laryngé supérieur. Au congrès de neurologie de Bruxelles de 1897, M. Libotte rapportait de nombreux succès obtenus par l’application du pinceau faradique à la région cervicale postérieur.

D’autres procédés thérapeutiques furent encore préconisés. Leloir, en 1892, fit une communication à l’Académie des Sciences sur la guérison du hoquet par la compression du phrénique gauche entre les attaches sterno-claviculaires du muscle sterno-cléido-mastoïdien. Cette compression doit durer environ trois minutes. Nothnagel a conseillé l’élévation de l’os hyoïde avec les doigts, procédé qui ne doit pas être des plus faciles à pratiquer.

En 1896, le Pr Lépine (de Lyon) publia le fait curieux d’une femme qui, atteint d’un hoquet rebelle, fut guérie à sa leçon clinique, la malade ayant dû tirer la langue pendant un temps assez prolongé pour en montrer aux élèves l’enduit sabbural. M. Laborde, qui faisait à cette époque des recherches physiologiques sur l’action des tractions rythmées de la langue et sur leur application au traitement de la mort apparente, rapporta dans la « Tribune médicale » le fait du Pr Lépine, le rapprocha pour en expliquer l’action réflexe du procédé de Nothnagel et y adjoignit une observation personnelle du Dr Viaud (d’Agon-Coutainville) qui, fréquemment incommodé par le hoquet, l’arrêtait en moins d’une minute en opérant sur la langue une traction continue. M. Laborde conseillait donc la traction continue de la langue comme traitement de choix du hoquet.

Depuis, nous avons eu plusieurs fois l’occasion de suivre les conseils de M. Laborde et nous n’avons jamais pu constater d’insuccès, malgré la persistance et la violence de certains cas de hoquet rebelle dont nous rapporterons seulement les deux plus intéressantes observations.

Dans l’un de ces cas, il s’agissait d’une fillette très nerveuse de six ans et demi environ qui avait été plusieurs fois atteinte de crises convulsives. Cette enfant, en plein été, après déjeuner et durant un orage, fut prise d’un hoquet dont les spasmes devinrent de plus en plus violents et répétés. Les contractions du diaphragme duraient depuis six heures quand je fus appelé auprès de la malade ; elles étaient si violentes que l’enfant, couchée sur un lit, se redressait à chaque convulsion et brusquement assise, malgré ses efforts pour rester immobile, se courbait fortement en avant. Elle retombait ensuite, exténuée, sur le dos et le même spasme se reproduisait après quatre à cinq secondes de répit. Ces crises convulsives étaient tellement violentes que la famille considérait l’enfant comme perdue. La traction continue de la langue que je pratiquai durant une minute et demie environ calma les convulsions comme par enchantement et le hoquet ne se reproduisit plus.

Dans un autre cas, il s’agissait d’un diabétique tuberculeux, en pleine cachexie, qui, depuis plusieurs jours, était atteint de dyspnée intense et d’un hoquet d’origine toxique ; ce hoquet rebelle qui n’avait pu succomber à aucune médication empêchait le malade de prendre le moindre repos. La traction continue de la langue dura deux minutes environ, calma le spasme, qui reparut quelques jours plus tard, mais fut arrêté par le même procédé mis en pratique par la garde-malade elle-même. Il nous serait facile de multiplier les exemples de ce genre, car le hoquet rebelle est assez fréquent, chez les phtisiques à la dernière période, par exemple.

Nous avons cru bon de rappeler le procédé de la traction continue de la langue, parce qu’il est simple, que n’importe qui peut le mettre en pratique, qu’il n’exige aucun appareil et nous a toujours réussis. En le conseillant, avec des exemples à l’appui, après M. Laborde, nous pensons rendre service à al fois aux malades et aux praticiens, évitant à ces derniers le recours à l’électrothérapie qui peut, nous n’en doutons pas, donner d’aussi bons résultats, mais exige des appareils qu’un médecin, surtout à la campagne, ne peut avoir sous la main et dont l’entourage du malade ne peut pas se servir.

(Dr J. Noir, « Le Progrès médical », 1900)


Source : Legeneraliste.fr

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