SI « Le Généraliste » était paru en mars 1909 - Les premières apparitions de la syphilis en France

SI « Le Généraliste » était paru en mars 1909Les premières apparitions de la syphilis en France

Alain Létot
| 02.03.2016
  • Histoire

D’après une communication de M. L. Le Pileur à la Société d’histoire de la médecine, le plus ancien document écrit, constatant l’existence du mal de Naples dans notre pays, daterait d’avril 1496 et serait relaté dans les Archives communales de Besançon, au registre CC 55, sous le libellé suivant :

« En cette même année, avril, dix personnes atteintes de la maladie dite de Naples, expulsées, reçoivent chacun un florin ou dix gros.

De même une “ povre fille joyeuse ”, malade de ladite maladie, expulsée : 10 gros.

Item… 4 florins en admosne à 4 povres malades de celle de Naples mis hors la cité affin de éviter leurs conversacions. »

De plus, d’avril à septembre, vingt autres dépenses sont enregistrées pour la même cause.

Ce document serait donc bien la plus ancienne mention officielle de la syphilis en France. Il précède de six mois le compte de Jeanne Lasseline, prieure à l’Hôtel-Dieu, qui écrit  à la fin d’un registre  terminé le 30 septembre 1496 : « Item pour avoir fourny oultre les draps  et couvertures ordinaires dont elle faict mention en ses comptes pour les malades de la grosse vérolle de Naples, et pour refaire la plupart des dicts draps et couvertures qui ont esté gastez et qui jmais ne serviront, icelle prieure a endommaigé et mis en fraye a plusieurs et diverses fois jusques à la somme de IIIxx livres Parisis ». Ce compte de Jeanne Lasseline  était lui-même antérieur de six mois au fameux Edit du Parlement de Paris (6 mars 1497).

Mais, avec le Dr Drivon, qui a consigné ses remarques dans un très curieux article du « Lyon médical », nous ne voyons aucune difficulté à admettre que quelques cas isolés de syphilis aient pu être importés à Lyon, de 1489 à 1495, « soit par des marchands espagnols de Pampelune et de Barcelone fréquentant les foires, soit par des pèlerins revenant de Saint-Jacques de Compostelle ». Ces cas, il est vrai, s’ils se sont présentés, ont passé inaperçus ; « il est bien plus probable, comme le montrent les documents de cette époque, que la syphilis a été rapportée par l’armée revenant de l’expédition de Naples. » Or les premiers soldats de cette armée sont rentrés à Lyon à la fin d’octobre 1495, les dermiers au printemps de 1496, et dès le 7 juillet de cette même année, les veyrolliers motivent une plainte au consulat du duc d’Orléans, lieutenant du roi.

Il n’est pas, en effet, impossible, ainsi que le conjecture le Dr Drivon, que des marchands espagnols, se rendant aux foires de Lyon, y aient importé la vérole dès 1493. Comme l’avait déjà fait remarquer Rollet, les circonstances se prêtèrent singulièrement à la diffusion de la maladie dans la péninsule ibérique. Au retour de son voyage de découverte (4 mars 1493), un des lieutenants de Colomb débarqua en Galice. Colomb lui-même et ses compagnons de voyage séjournèrent neuf jours à Lisbonne ; de là, ils allèrent débarquer àPalos, d’où ils gagnèrent par terre Séville, puis Barcelone où se trouvait alors la Cour, traversant ainsi en diagonale l’Espagne tout entière. Ce voyage dura plus d’un mois, et, dans cet intervalle, ces 82 navigateurs, qui avaient vu tant de choses étranges, durent avoir à satisfaire bien… des curiosités. Puis ils séjournèrent quelque temps à Barcelone où, dès l’été de cette même année 1493, on relate déjà une véritable épidémie.

D’autre part, les pénitents qui affluaient à sint-Jacques de Compostelle, en Galice, ont pu rapporter aussi autre chose que des indulgences ; mais ce ne pouvait être que des cas isolés. Il est facile d’expliquer ainsi l’expansion de la vérole dans toute l’Europe, mais non l’épidémie massive qui affecta Lyon, au point qu’on voit, en  1504, les confrères de la Trinité suspendre leur activité pour « cause de grosse veyrolle ». Pour arriver à de semblables résultats, il a fallu une véritable armée de syphilitiques, et cette armée fut celle qui revenait d’Italie.

(Dr A.C., « La Chronique Médicale »,  février 1909)

Source : Legeneraliste.fr

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