Si « Le Généraliste » était paru en janvier 1893 - Sur quels critères physiques choisir son fiancé ?

Si « Le Généraliste » était paru en janvier 1893Sur quels critères physiques choisir son fiancé ?

Alain Létot
| 11.01.2016
  • Histoire

Si vous le voulez bien, demoiselles et jeunes veuves, nous allons spécifier les qualités physiques que doivent présenter messieurs vos prétendus.

Il est tout simple qu'on demande à une femme la beauté du visage. Quand il s'agit d'un homme, on peut se montrer moins exigeant. Un homme qui ne présente aucun vice de construction, qui est robuste, agile, souple dans ses mouvements, et qui marche droit, me paraît fournir un sujet suffisant. Si j'osais, je dirais, qu'à mon estime, un homme n'est jamais beau. Mais je n'ose pas, je me ferais trop d'ennemis mortels.

 

Un homme de haute taille plutôt qu'un porteur d'embonpoint

Autant que possible, évitez les porteurs d'embonpoint. Il arrive aux grosses natures d'être souvent gênantes. Choisissez un homme de haute taille, ou de taille moyenne. Pourtant, si un petit homme vous plaisait sûrement, et qu'il n'eut contre lui que son manque d'élévation, vous pourriez l'accepter. Mais, en cas d'indifférence, laissez-le de côté. Plus tard, je vous dirai pourquoi je donne ce conseil.

Qu'il soit brun, qu'il soit blond, qu'il soit châtain ou roux, la chose importe peu I Je sais qu'on a fait courir des bruits sur la couleur rousse. Des auteurs, d'apparence sérieuse, au cours de leurs romans d'aventures, ont jeté des aphorismes dans le genre de ceux-ci : « Les roux sont tout bon ou tout mauvais ; ils offrent des spécimens, devenus rares, de la plus intraitable opiniâtreté ; au milieu de notre société civilisée, les roux semblent conserver les grandes qualités et les monstrueux défauts des peuplades sauvages. » Inventions gratuités et pures menteries, plaquées dans des récits plus ou moins émouvants, pour imprimer à d'importantes figures un caractère de fatalité. Quand , vous aurez fréquenté un certain nombre de roux, vous reconnaîtrez, comme moi, que dans la vie commune ils ne diffèrent en rien des châtains et des bruns.

Vous êtes, sans doute, surprises qu'avant de parler de la taille de l'homme et de la couleur de ses cheveux je n'ai pas signalé la condition qui doit être le plus impérieusement exigée, je veux dire la bonne santé. C'est que, vraiment, la chose va de soi. On ne peut même pas supposer qu'il vienne à une femme l'idée étourdissante d'épouser un malade, à moins de vouloir en hériter, ce qui serait bien vilain.

 

« Rejetez hardiment, jeunes filles, les propositions des bossus »

Exiger d'un prétendant les contours d'Apollon ou du Bacchus indien serait une prétention exagérée ; mais on a le droit de lui demander la régularité et l'harmonie communes des formes masculines.

Si la chose est possible, pimpantes jeunes filles, rejetez hardiment les demandes des bossus, malgré la réputation qu'on leur a faite. Sachez-le bien, les têtes attachées à des épaules droites peuvent contenir autant d'esprit et de gaîté que celles surmontant un dos déjeté, tordu et montagneux. Les bossus ont, en général, la spécialité de l'esprit, mais ils n'en possèdent pas le monopole.

 

« S'il s'agit d'un simple borgne, il convient de réfléchir »

Efforcez-vous de ne pas épouser les hommes à jambes torses ou cagneuses, non plus que les boiteux, les manchots, les sourds et les aveugles. S'il s'agissait d'un simple borgne, il conviendrait de réfléchir. En effet, un œil de verre, bien ajusté (les fabricants d'aujourd'hui les façonnent admirablement), un œil de verre, dis-je, par sa fixité même, fait ressortir l'éclat et la vivacité de son congénère vivant ; ce qui donne à la physionomie une singulière expression de curieuse étrangeté.

On doit toujours compter avec le cœur des femmes. Quelques-unes, paraît-il, éprouvent dans tout leur être un impérieux sentiment de tendresse pour les infirmes, un impulsif besoin de dévouement pour les disgraciés. Généreuses natures ! Je conseille cependant à celles qui seraient décidées à épouser un estropié de ne pas le prendre au hasard, mais, au contraire, de le cueillir avec discernement. Quand elles feront leur choix parmi les maux humains, je les engage à ne pas jeter leur dévolu sur les misères physiques amenées par une maladie ou apportées par la naissance. Elles agiront sagement en donnant la préférence à celles qui résultent d'un accident.

Les genoux déformés, les pieds atrophiés, les coudes ankylosés, avec leurs variantes, ne disent rien de bon, ni dans le présent ni pour l'avenir. Tout cela sent la scrofule. La science aujourd'hui prononce tubercule. Les doctes médecins comparent les maux de ce genre à de petits volcans, volcans tuberculeux. Imitant leurs collègues de la terre, souvent ils se calment et dorment pendant longtemps. Nous les croyons éteints ; tout à coup, en plein repos, une force inconnue les ranime, et l'éruption éclate. Éruption de flammes et de laves pour les volcans terrestres, éruption de bien vilaines choses pour les volcans humains.

Et puis, ne l'oublions pas, les gens qui se marient risquent très fort d'avoir des enfants. S'ils donnent le jour à de petits scrofuleux ce ne sera gai pour personne, et ce sera funeste à la prospérité de l'espèce.

Pensez à tout cela, ô vous, anges de dévouement ! Rien de propre chez le procréateur, beaucoup d'horreurs chez les procréés. On pourrait trouver mieux.

 

Les dévouées et les résignées pourront se contenter d'un amputé…

L'ordre des choses change avec les mutilés de la guerre, les victimes de la chasse et des chemins de fer. Il leur manque une jambe, un bras, une oreille, le bout du nez, mais les blessures reçues sont guéries et bien guéries, les cicatrices sont solides. Le réveil de leurs maux n'est pas à redouter. Enfin, chez ces blessés, les sources de la vie sont demeurées pures. Les êtres qui leur devront l'existence ne sont menacés d'aucune tare originelle. Ces personnalités incomplètes n'offrent peut-être pas tous les attraits désirables, mais les dévouées et les résignées peuvent les épouser sans s'exposer à recevoir plus tard les reproches de leur progéniture.

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.. Et quand il s'agit d'un amputé de guerre, c'est encore plus flatteur

Il serait injuste de ne pas faire une part spéciale aux blessures courageusement reçues dans les combats glorieux. Ceux qui en portent les nobles cicatrices ont des droits positifs à l'admiration, au dévouement des jeunes âmes féminines. Enfin, reconnaissons qu'il est toujours flatteur de se savoir la femme d'un héros.

À propos des mutilés et des mutilations, je vais présenter une dernière observation, et vous me traiterez de petit cœur et de méchante nature. Il arrive quelquefois, rarement - mais la chose s'est vue - il arrive qu'un amoureux passionné, dédaigné par l'objet de ses brûlants désirs, saisisse fiévreusement un pistolet pour se faire sauter la cervelle. Il presse la détente, le coup part, il s'abîme, il se fait une abominable blessure, mais il ne se tue pas. Un guignon le poursuit. La jeune fille, touchée, bouleversée par cet acte de désespoir, preuve incontestable de bien tendres sentiments, se prend à aimer celui qu'elle ne pouvait souffrir et elle l'épouse. Eh bien ! Je vous conseille, en pareil cas, de ne pas imiter sa conduite !

(Dr Jacques Nattus, « Hygiène des fiancés », 1893)

 

Source : Legeneraliste.fr
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