Si  « Le Généraliste » était paru en décembre 1898 - Quand on étouffait entre deux matelas les malades de la rage…

Si  « Le Généraliste » était paru en décembre 1898Quand on étouffait entre deux matelas les malades de la rage…

Alain Létot
| 28.12.2015
  • histoire



Dans les départements du centre (Nièvre, Cher, Indre, Loiret), le peuple commence à connaître les bienfaits du traitement de Pasteur contre la rage, mais il était de croyance courante, il y a quinze ans, que l'on étouffait encore entre deux matelas les individus enragés. Je souligne à dessein étouffait entre deux matelas, ce sont les termes mêmes dont les gens se servaient. Si l'on se rend dans ces départements, pour vérifier le dire, il n'y a qu'à interroger un paysan de 50 ou 60 ans, il aura la même réponse. (Dr X…)


- Vous avez encore vos parents ?
- Mon père vit, ma mère est morte.
- De quelle maladie est morte votre mère ?
- On l'a tuée…
- Tuée, comment ?
- On l'a étouffée entre deux matelas. Elle avait été mordue par un chien enragé et…
- Elle avait un accès de rage ?
- Non, mais elle aurait pu devenir enragée…
Tel est, autant que je puis me le rappeler aujourd'hui le sens des réponses qui m'ont été faites. J'ai oublié les détails, mails le fait m'a frappé suffisamment pour que je m'en souvienne toujours. Je crois bien, sans pouvoir l'affirmer que la malade m'a même dit, non pas " On l'a tuée " mais " Nous l'avons tuée " car ce traitement, que n'avait pas prévu Pasteur, aurait été appliqué en famille, entre frères et sœurs.
Ce que je peux déclarer, c'est que la malade m'a débité ces phrases d'une voix assurée et avec la conscience d'avoir bien agi. (Dr Albron)


Ce qui me porterait à croire qu'on ait eu recours à la pratique d'étouffer les gens entre deux matelas aux XVIe et XVIIe siècles, c'est que cette croyance est encore existante dans le sud-ouest de la France. Mais comme personne n'oserait naturellement assumer une responsabilité aussi pénible, le bon public croit qu'elle doit appartenir aux médecins seuls et qu'ils se chargent de cette triste mission. Je me rappelle très bien qu'étant enfant, une jeune fiille devenue enragée mourut dans ma petite ville natale et tout le monde disait qu'un des docteurs, M. A…, appelé auprès d'elle, avait donné l'ordre de l'étouffer entre deux matelas.
Inutile de dire que ce bruit était absurde car les gens instruits savaient bien avec quelle rapidité les spasmes rabiques déterminent la mort. Mais, on le siat, vulgus vult decipi. En second lieu, le public aime à entourer de circonstances mystérieuses le dernier acte de notre existence. Enfin, il est très possible que, mu par un sentiment de pitié, les anciens médecins aient eu réellement recours à ce moyen expéditif de terminer des souffrances horribles et reconnues incurables. C'est là, sans doute, ce qui a donné lieu à cette légende sinistre qui n'est pas encore complètement disparue ainsi que je puis l'affirmer, dans mon pays du moins.
Personne dans ce temps-là n'aurait songé à accuser, en raison de cette détermination, le médecin d'homicide ; de notre temps, les parents plus éclairés ou qui visent à l'être ne manqueraient point de nous traduire en justice et de nous demander de fors dommages et intérêts. (Dr Gélineau)

(La Chronique médicale, décembre 1898)


Source : Legeneraliste.fr
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