Mort de Nicolas Stenon

Mort de Nicolas Stenon

Alain Létot
| 06.12.2015
  • éphéméride



Cet anatomiste danois qui fut aussi géologue avant de terminer sa vie comme évêque fut déclaré Bienheureux par le pape Jean-Paul II le 23 octobre 1988.

Sténon, dont le père était forgeron, est né à Copenhague en 1638, dans une fervente famille protestante. Après avoir terminé ses études universitaires à Copenhague, le jeune Danois voyagea en Europe et, en 1660, il commença l'étude de la médecine à Leyde, qui passait alors pour le centre de la connaissance médicale en Europe. Durant son séjour en Hollande, il se lia d'amitié avec Spinoza qu'il tenta plus tard de convaincre, en vain, de rejoindre avec lui la religion catholique.

Après avoir obtenu son bonnet de docteur, Sténon fit beaucoup de recherches anatomiques qui lui permirent de mettre en évidence le canal excréteur de la glande parotide qui portera son nom, le canal de Sténon. Il avait fait cette découverte en disséquant une tête de mouton. Rappelons que la présence de granulations blanchâtres autour de l'orifice du conduit de Sténon dans la cavité buccale est pathognomonique de la rougeole (signe dit de Köplik).

Le premier à reconnaître que le cœur n’est qu’un muscle

Parlant indifféremment le danois, l'anglais, le français, l'italien et le flamand - sans parler du latin -, Stenon après des séjours en France à Paris, Montpellier, Nimes et Bordeaux, finit par s'installer en Toscane, à Florence où il travailla avec les plus célèbres médecins italiens - Malpighi, Viviani et Redi - à l'étude de la structure des muscles, des vaisseaux sanguins et du cerveau. Ainsi Sténon fut le premier à reconnaître que le cœur n'est qu'un muscle, concept opposé à celui soutenu par Aristote, Platon et Galien. Il formula également la théorie selon laquelle tous les animaux vivipares produisent des œufs. Dans un « Discours sur l'anatomie du cerveau » prononcé en 1665 à Paris il différencie la substance blanche de la substance grise du cerveau. Par ses études anatomiques, il attira l'attention du grand-duc de Florence, Ferdinand II de Médicis lui qui lui octroya un poste à l'hôpital, ce qui lui laissa peu de temps pour ses études propres. De plus, il fut élu à l'Accademia del Cimento, un groupe de chercheurs inspirés par les approches scientifiques de Galilée. En 1667, il publia à partir de ces recherches un traité intitulé « Elementorum myologiae specimen », tandis que, la même année, il se convertit au catholicisme.

Un précurseur de la théorie des particules

Mais Sténon ne se contenta pas d'être un excellent médecin, il fut aussi un géologue de premier ordre. En octobre 1666, deux pêcheurs prirent un énorme requin près de Livourne. Sténon en étudia la tête et sortit une publication à ce sujet en 1667. En étudiant les dents du requin il remarqua qu'elles avaient beaucoup de points communs avec - ce qui se révéla être plus tard – des dents fossilisées de requins trouvées en montagne. À l'époque on les appelait « glossopètres » ou « pierres de langue ». Pline l'Ancien avait expliqué que ces pierres venaient soit du ciel soit de la lune. D'autres encore prétendaient que les fossiles poussaient naturellement dans les roches. Fabio Colonna avait déjà démontré de façon convaincante que les glossopètres étaient des dents de requin, dans son traité De glossopetris dissertatio publié en 1616.

Sténon, qui tenait peut-être son intérêt pour le sujet de Thomas Bartholin, ajouta à la théorie de Colonna une discussion sur la différence de composition entre des dents de requins vivants et les pierres de langue, émettant l'idée que les fossiles pouvaient changer de composition, sans que cela ne fût visible extérieurement. C'est pourquoi il peut être considéré comme un des précurseurs de la théorie des particules : la matière est constituée de particules extrêmement petites, qui sont interchangeables.

Conversion au catholicisme

À partir de 1670, Stenon, qui s'était converti au catholicisme trois ans plus tôt, versa de plus en plus dans la religion. Ces conceptions religieuses commencèrent alors à s'opposer de plus en plus à ses observations scientifiques. Ainsi la différence entre l'histoire de la création (qui était considérée à l'époque comme le rapport réel de la naissance de la Terre) et la formation des couches de la Terre l'occupa fort.

Lors de son étude de deux cas de roches largement répandues dans les Apennins, Sténon remarqua que les couches les plus profondes ne contenaient pas de fossiles, alors que les couches placées plus haut étaient riches en fossiles. Il expliqua ceci en « datant » les couches inférieures d'avant et les couches supérieures d'après le déluge. Sténon discuta aussi de sujets scientifiques et religieux avec Anne Marie de Schurman et Antoinette Bourignon, dont on retiendra un discours pour le théâtre anatomique de Copenhague en 1673 : « Merveilleuses sont les choses que l'on voit, bien plus celles que l'on perçoit et plus encore celles que l'on ignore. »

En 1675, il fut ordonné prêtre à Florence et devient une grande figure de la Contre-Réforme. Après sa rencontre avec Leibniz, ce dernier fut partisan de la réunification des Églises. Il fut ensuite nommé successivement vicaire apostolique de Hanovre, puis évêque de Münster en 1677.

Plongée dans l’ascèse

En 1684, Sténon se rendit à Hambourg où il étudia le cerveau et le système nerveux avec son ami Theodor de Kerckring . Mais il n'était pas le bienvenu dans la cité hanséatique et dut se réfugier à Schwerin. Il se plongea alors dans l'ascèse, s'habillant à la manière des pauvres et se déplaçant dans une simple charrette, exposé à tous les temps. Vivant quatre jours par semaine de pain et de bière, il maigrit beaucoup. Très malade, son ventre douloureux gonflant de jour en jour, il voulut rejoindre l'Italie mais il mourut à Schwerin après de grandes souffrances le 6 décembre 1686. Son corps fut transporté à Florence et inhumé dans la basilique San Lorenzo près des Médicis, ses protecteurs.


Source : Legeneraliste.fr
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