Si « Le Généraliste » était paru en novembre 1898 - La peste et les désinfectants

Si « Le Généraliste » était paru en novembre 1898La peste et les désinfectants

Alain Létot
| 29.11.2015
  • histoire



L'émoi causé dernièrement par quelques cas de peste à Vienne et la mort du Dr Muller ramène l'attention sur les épidémies de cette affection. À quel moment commença-t-on à prendre des mesures de désinfection dans l'hygiène publique ? A quelle époque remonte l'emploi de l'acide sulfureux comme microbicide et de la chaleur comme moyen de désinfection et de stérilisation avant la lettre ?

À ces différentes questions, je trouve une réponse qui prouve que ces moyens, dans leur emploi, appliqués à l'hygiène publique, ne sont pas neufs, puisqu'ils furent incontestablement employés dès 1720, dans la terrible épidémie de peste qui sévit à Marseille et au cours de laquelle se distingua le cardinal de Belzunce.

« Le seul médecin de la ville qui fut écouté des magistrats (dit Bertrand d'Aix, médecin à Marseille, qui nous a laissé un rapport de visu de cette épidémie*), ce fut M. Sicart, qui avait refusé de visiter les malades, et voulant se rendre utile leur proposa un moyen de faire cesser la peste, leur répondant du succès pourvu qu'on exécutât ce qu'il dirait. La proposition était trop favorable pour n'être pas bien reçue. Les autres médecins avaient été rejetés, comme ces prophètes qui n'annoncent que des choses tristes : celui-ci est bien reçu parce qu'il prédit des choses agréables. Ce médecin proposa donc d'allumer un soir de grands feux dans toutes les places publiques et autour de la ville, qu'en même temps chaque particulier en fit un devant la porte de sa maison, et qu'à commencer du même jour, et pendant trois jours consécutifs, chacun fit, à la même heure, à cinq heures du soir, un parfum avec du soufre dans chaque appartement de la maison où il déploierait toutes ses hardes et tous les habits qu'il avait portés depuis que la contagion avait paru. »

L'auteur critique ce moyen qui, dit-il, ne fit que rallumer la contagion et se répand en attaques contre les magistrats assez naïfs pour croire à l'efficacité d'un pareil moyen. Le médecin, promoteur de l'antisepsie par l'acide sulfureux, dut prendre la fuite devant la colère du peuple qui l'accusa d'avoir fait faire une dépense inutile aux habitants.

Ne trouverait-on pas dans Lucrèce la trace de ces feux allumés en temps d'épidémie (peste d'Athènes) et le soufre n'était-il pas déjà recommandé par Hippocrate ?

* « Relation historique de tout ce qui s'est passé à Marseille durant la dernière peste ». A. Cologne, MDCCXXXII, chez P. Marteau, impr., 2e ed.

(La Chronique médicale, novembre 1898)


Source : Legeneraliste.fr

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