Internes : qu’est-ce qui stresse les futurs généralistes ?

Internes : qu’est-ce qui stresse les futurs généralistes ?

26.04.2015
  • Internes : qu’est-ce qui stresse les futurs généralistes ?-1

A l’heure où les internes sont en bisbille avec les hôpitaux pour une application effective des 48h de travail au 1er mai, voila une enquète qui en dit plus que n’importe quelle démonstration sur la (sur)charge de travail des futurs médecins. Cette thèse présentée en début d’année par Marion Lestienne Crémière met en effet en lumière les différents facteurs de stress présents chez les internes en médecine générale (IMG). Pour y parvenir, la jeune généraliste s’est entretenue avec 17 IMG d’Ile-de-France. Et son constat montre que le problème est multifactoriel et que -même si elles ne sont pas une vue de l’esprit- les cadences infernales ne sont pas seules en cause : «dans notre étude, la charge de travail et les conditions de travail ont été mises en avant, mais ce sont surtout le manque d’encadrement, les situations graves ou urgentes, les erreurs médicales ou le manque d’expérience médicale qui ont été cités par les internes comme source de stress,» rapporte la jeune médecin parisienne.

Décider seul

.

Première surprise, issue de ces rencontres avec ces 13 jeunes femmes et 4 jeunes hommes, âgés de 25 à 31 ans : la relation avec les chefs de clinique est vécue comme facteur aggravant de stress par la quasi-totalité d’entre eux (94%). Marion Lestienne Crémière explique cela par un certain manque d’encadrement. Pour elle, le fait que les internes agissent souvent seuls et prennent des décisions dans ces conditions implique souvent une mauvaise entente, une mauvaise cohésion et un manque de compréhension avec les chefs. Un paradoxe, alors que l’auteur suggère que les internes rechercheraient volontiers un appui confraternel ou un soutien de la part de leurs chefs de clinique.

Défaut d’encadrement qui pose aussi certains problèmes de décision pour les futurs médecins. Presque tous (94%) évoquent en effet les situations graves ou urgentes comme étant un facteur de stress : réponse rapide à un problème médical grave, peur de prendre une mauvaise décision, analyse l’auteur. 88% des internes interrogés évoquent un stress par rapport aux lourdes responsabilités qu’ils endossent et la peur de l’erreur médicale.

Le manque d’expérience médicale est d'ailleurs un facteur majeur de tension, éprouvé comme tel par 82% de ces médecins en formation. Comme l’explique à sa façon un des internes interviewés, «parce que t’es seul devant le patient et que tu passes de la théorie, de ce que tu as appris théoriquement dans les livres, à la pratique». Un dernier point qui parait finalement le plus important aux yeux de Marion Lestienne Crémière : «Il est inévitable que la première fois que l’interne se trouve face à un patient seul soit une étape stressante. Mais (...) les IMG n’évoquent pas ces "première fois" comme source de stress, mais ce passage brutal de la théorie à la pratique» analyse-t-elle. Le choc du contact avec la réalité semble finalement beaucoup plus éprouvant que les éventuelles lacunes de leur bagage théorique. Seuls 35% trouvant que le manque de connaissances participe à leur stress.

Jamais le temps de souffler

.

Et évidemment, la charge de travail n’arrange rien. Temps passé à l’hopital et en stage, nombre de gardes effectuées, week-ends ou jours fériés travaillés... Les trois quarts des enquêtés pointent ce rythme infernal comme stressant. «J’ai du enchainer trois semaines sans repos», raconte cette jeune qui est déjà passée aux urgences, en médecine interne, chez le praticien et se trouve en pédiatrie. Quand une autre, en quatrième semestre aussi, déplore la contrainte «de ne pas prendre le temps de faire les choses, d’être toujours en train de regarder la montre et de se dépêcher.» «Le fait de rester longtemps à l’hôpital stresse les IMG car cela les empèche de souffler et de prendre du recul vis-à-vis des situations auxquelles ils sont confrontés chaque jour. C’est ce stress accumulé qui ressort de mes entretiens,» retient pour sa part la jeune thésarde. D’autant que parallèlement, les conditions de travail (transport, manque de matériel dans les services ou d’information sur les patients...) sont un facteur aggravant, énoncé par 71% des IMG interrogés. Telle interne, en gériatrie au moment de l’entretien, évoque parfaitement «le stress de la secrétaire, de l’ordinateur qui marche pas, de "on n’a pas pesé telle dame", de tous ces gens qui tournent autour de toi, qui peuvent potentialiser ton travail ou de te mettre des bâtons dans les roues...»

Bien sûr, la vie d’internes est aussi faite de changements permanents. Et a fortiori en médecine générale. Mine de rien, ça ne semble pas si facile à vivre, même quand on est jeune : 59% citent l’adaptation à un nouveau stage comme facteur lié à une augmentation de leur stress professionnel. Visiblement, c’est pour eux une période difficile du fait d’un changement d’équipe, d’habitudes de services et de protocoles ou encore de nouvelles pathologies à prendre en charge. «Les premières semaines, pour moi, c’est toujours les plus dures,» résume cette interne, fille de médecin.

Que dire aux familles ?

.

Et puis il y a les patients et leurs familles... Pas si simple à gérer quand on n'a pas trente ans : un facteur d’inquiétude pour plus de la moitié (47%) de ces futurs généralistes. Que ce soit une situation de conflit, d’annonce de diagnostic difficile ou encore de fin de vie, ces moments restent à l’évidence très compliqués à gérer : «C’était un gros stress, parce que je ne savais pas quoi faire, comment lui dire, comment le dire aux parents,» raconte cette jeune en première année d’internat qui avoue son manque d’expérience médicale. Pour 41%, les imprévus sont aussi source importante de stress. Et ils sont le même nombre à estimer que les gardes augmentent leur stress. «Encore une garde, est-ce que je vais pouvoir la gérer ?», s’interroge cet interne. «J’ai un stage sans garde, donc je suis moins stressée», se réjouit à l’inverse une jeune consœur. Quand une troisième en début de troisième cycle avoue qu’elle évite les stages avec gardes...

Les difficultés de gestion de la vie personnelle du fait des contraintes professionnelles sont aussi source de tracas, mais citées par 35% des enquêtés, ça ne semble pas central, pas plus que les soucis générés par le travail universitaire.

Quoique les trois quarts des internes rencontrés aient effectué leur semestre chez le généraliste, celui-ci a été très peu évoqué comme facteur de stress. La faible proportion du stage ambulatoire dans la maquette du DES explique peut-être cette discrétion. A moins que le compagnonage au cabinet soit moins éprouvant pour un novice que l’usine hospitalière... Pour sa part, Marion Lestienne Crémière reste prudente : "A partir de notre étude, on ne peut pas conclure que les stages à l’hôpital sont plus stressants que les stages ambulatoires, mais cela reste quand même une question à se poser au vu les résultats."
 

Stress chez les internes en médecine générale : une étude qualitative

 

Vincent Gény et Paul Bretagne
Source : Legeneraliste.fr
Commentez 6 Commentaires
 
Francois-Marie P Médecin ou Interne 30.04.2015 à 21h26

Mes très chers confrères, et consœurs, nous n'avons qu'une vie, le temps file, il est normal d'en consacrer une partie à travailler et à ce titre, le métier de médecin peut, mais ces derniers temps Lire la suite

Répondre
 
PIERRE A Médecin ou Interne 27.04.2015 à 09h49

Il y a 30 ans, il n'y avait que le stress "médical". Aujourd'hui s'y ajoute le stress administratif et informatique. Ma pire angoisse, c'est d'arriver un matin au cabinet avec toute mon informatique Lire la suite

Répondre
 
michel a Médecin ou Interne 26.04.2015 à 21h49

Dans les années 50, mon oncle faisait les accouchements à 3h00 du matin. Et la consultation à 8h00 et les visites jusqu'à 23 heure quelquefois au-delà. J’ai travaillé autant. 33 ans. Je ne suis pas Lire la suite

Répondre
 
Viellard M Médecin ou Interne 30.04.2015 à 16h50

Cher Michel, étant moi-même un jeune médecin généraliste, passionné par mon métier, au point d'ailleurs d'ajouter à mon activité libérale celle de Médecin Sapeur-Pompier volontaire, je souhaiterai Lire la suite

Répondre
 
michel K Médecin ou Interne 26.04.2015 à 19h54

Comme quoi en trente ans rien n'a changé !
Ah bon tu crois... Trente en plus tard c'est juste qu'on nous prend un peu plus encore pour des andouilles... mais le stress est bien géré... Ah super !! Lire la suite

Répondre
 
PHILIPPE D Médecin ou Interne 26.04.2015 à 19h15

Comme quoi en trente ans rien n'a changé ! Le stress, s'il est bien géré, est facteur favorisant de l'adaptation. Ce ne sont toujours pas tous des "cow-boys" et tant mieux .

Répondre
Voir tous les commentaires

Commentez

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

| S’inscrire gratuitement

|

A LA UNE sur le GENERALISTE.FR

add
Jean-Paul

Contre les déserts, la CSMF appelle les médecins à la « solidarité intergénérationnelle »

« Le médecin est un acteur de la cohésion sociale dans les territoires, [...] nous devons avoir une réflexion sur notre responsabilité collective. » À l'occasion de la présentation de ses vœux, ce...13

300 euros par an pour stationner : les généralistes de Colmar montent au créneau

Voiture

À Colmar (Haut-Rhin), le stationnement « relève de l’exploit ». Et depuis le 1er janvier il en coûte 300 euros par an aux médecins et infirm... 9

Élections à l'Ordre : les conseils départementaux bientôt paritaires et rajeunis

Urne

Aux urnes praticiens ! En 2018, la moitié de vos conseillers ordinaux seront renouvelés. Les Yvelines, l'Indre-et-Loire, la Saône-et-Loire,... Commenter

Gastro-entérologie L’APPENDAGITE Abonné

Appendagite

L’appendagite est souvent à l’origine d’un “ventre chirurgical”. Elle est due à des torsions, ou des inflammations d’appendices... 2

Nouvelles consultations VACCINATION, PEU DE VRAIES CONTRE-INDICATIONS Abonné

seringues

Obligation vaccinale ou pas, « un professionnel de santé peut évidemment ne pas vacciner un enfant présentant un état de santé particulier... Commenter

A découvrir