Si « Le Généraliste » était paru en mars 1882 - Erreurs et préjugés en médecine

Si « Le Généraliste » était paru en mars 1882Erreurs et préjugés en médecine

01.03.2015
  • Erreurs et préjugés en médecine  - 1

    Erreurs et préjugés en médecine

« Pline l’Ancien reprochait aux médecins « de ne signaler leurs expériences que par des homicides ».

Au Moyen âge, Pétrarque et Erasme (qui était atteint de la goutte) n’ont épargné aucune de leurs épigrammes à la médecine.

Montaigne, dès qu’il parlait de la médecine devenait affirmatif, ironique, sarcastique. Souffrant de gravelle, il allait tous les ans aux eaux, soit en Ardèche, soit dans les Pyrénées, et sa confiance dans les remèdes était telle qu’il recueillait pendant ses voyages toutes les recettes, en bourrait ses poches, et, rentré chez lui, en recommandait l’emploi comme très utile ; il en avait pour tous les maux.

Rousseau attaquait la médecine mais lui faisait des empreints journaliers

Rousseau, l’ennemi des médecins attendait tout de la nature. Il avait une cystite et donnait des conseils à tout le monde. Comme Montaigne, il attaquait la médecine mais il lui faisait des emprunts journaliers…

Mais tous, même les plus forts, malgré leurs mordantes épigrammes sont venus à résipiscence. Vienne la maladie, ils se jettent, courbant la tête, dans les bras de la médecine.

Fort heureusement la science a marché à pas de géant depuis le XVIIIe siècle. Ainsi le chloroforme a supprimé la douleur et le chloral l’insomnie. La vaccine a supprimé la variole. Peut-être va-t-on supprimer la rage (ndlr : rappelons que cette thèse date de 1882). Citons encore les alcaloïdes, l’électrisation localisée, l’écrasement linéaire, la résection sous-périostée, les réactifs chimiques auxiliaires du diagnostic, tous ces procédés d’investigation qui ont fait dire au Dr Pidoux qu’on « est arrivé à faire l’autopsie d’un malade dans son lit ».

Et, fait digne de remarque, tandis que le médecin d’autrefois qui ne s’éclairait qu’au falot des vieux livres de dialectique et n’interrogeait pas le corps humain, osait à peine intervenir dans les cas périlleux, dédaignait la chirurgie et l’abandonnait à des mains subalternes, le médecin de nos jours tend à se confondre de plus en plus avec le chirurgien et n’est médecin utile que lorsqu’il peut porter la main sur des organes en souffrance.

Malades impies et patients fanatiques

À côté des impies, nous trouvons les fanatiques : les uns n’ont aucune confiance, mal leur en prend quelquefois ; les autres en ont trop, mal leur en prend trop souvent…

Tandis que les mécréants repoussent le remède disant : « Il n’en existe pas, la maladie est un billet de loterie ; si je dois mourir, rien ne m’en empêchera, la nature préside seule à nos destinées », les fanatiques veulent un remède à tout prix : « Il y a une maladie et la nature à fait un remède pour la combattre ».

À côté de l’inertie des premiers, nous voyons la cohue des seconds, véritable torrent qui roule jusqu’à la porte des pharmacies, toujours largement ouvertes, le torrent allant se perdre dans les officines occultes des marchands d’orvietan et de panacées ou dans les boutiques d’herboriste.

Il arrive alors pour les masses populaires, et ici nous entendons par public tout le monde, depuis le membre de l’Institut jusqu’au casseur de cailloux de nos routes que, voyant, le médecin se tenir sur sa réserve, réfléchir, hésiter, marcher avec prudence, on l’accuse d’ignorance et de timidité…

Quant à l’utilité de la médecine, l’homme souffrant sait bien à quoi s’en tenir. « On dit qu’à Rome, pendant une très longue période, les peuples se passèrent de médecins. On ne saurait mieux dire que cet homme d’esprit à qui on demandait comment on faisait à Rome pendant les cinq cents ans où la médecine y fut inconnue, et qui répondit : « A Rome, quand on avait la fièvre putride, la pierre, une hernie, une fluxion de poitrine, la fièvre palustre… on mourait ».

(Extraits de la thèse d’Elise Pauc « Des erreurs et des préjugés populaires en médecine » publiée en 1882 à Montpellier)
Source : Legeneraliste.fr
Commentez Commenter

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

| S’inscrire gratuitement

|

A LA UNE sur le GENERALISTE.FR

add
Cancer domicile

Répondez à notre enquête Quelles solutions pour vos patients atteints de cancer à domicile ?

A l’heure du « virage ambulatoire », la cancérologie se déploie de plus en plus chez le patient. Pour le médecin généraliste comme pour les autres acteurs de soins de ville, c’est à la fois une...2

Agnès Buzyn annonce la mise en œuvre de la recertification des médecins

.

Agnès Buzyn avait déjà plutôt séduit l’Ordre des médecins lors de ses discours. La ministre de la Santé pourrait bien avoir à nouveau... 36

Pour les Français, les médecins prescrivent trop... sauf le leur !

.

Touche pas à mon toubib ! La dernière enquête de la Drees confirme une fois encore un attachement fort à son médecin traitant. 88 % de nos... 6

Gastro-entérologie LA CONSTIPATION Abonné

Constipation

Pathologie fréquente, assez souvent négligée, la constipation chronique nécessite d’être considérée et caractérisée. Sa prise en charge,... Commenter

Addictologie LA MALADIE DE LAUNOIS BENSAUDE Abonné

Maladie de Launoy Bensaude 2

Cette pathologie est une lipodystrophie rare, souvent rattachée à une intoxication alcoolique, et se traduit par le développement... Commenter

A découvrir