Revenus des médecins - Une étude souligne l’indigence financière de la médecine générale en France

Revenus des médecinsUne étude souligne l’indigence financière de la médecine générale en France

12.10.2014
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    Une étude souligne l’indigence financière de la médecine générale en France

Généraliste ? Ç’a eu payé ! La lecture du dernier ouvrage coordonné par Jean de Kervasdoué, renverrait presque à la célèbre rengaine de Fernand Raynaud. Sauf que la démonstration de l’économiste est très sérieuse et que, pour les médecins de ville, la morale de l’histoire est tout sauf rigolote… Jugez plutôt : Si l’on suit par exemple la démonstration de Laurence Hartmann qui signe un article sur « l’évolution des revenus des médecins » qui l’a amené à décortiquer les statistiques sur deux décennies, on s’aperçoit que le revenu des généralistes a bien peu progressé dans les années 2000, pour ne pas dire stagné : « entre 2002 et 2010, le taux de croissance annuel net moyen du revenu des médecins généralistes est de l’ordre de 1,9% et si l’on tient compte de l’inflation, cette augmentation est de 0,22% par an, avec un niveau de revenu qui est le même que celui de 2006, soit une croissance nulle du pouvoir d’achat. »

Dans le même temps, le tarif moyen de l’acte a très peu évolué : + 0,8% en prix constants. Mais la profession a mis les bouchées doubles : + 42% d’actes sur les deux dernières décennies avec un volume annuel d’actes par praticien qui est passé de 2894 en 1991 à 4127 en 2009 ! Conclusion de Laurence Hartmann : « les médecins ayant un tarif quasiment bloqué pendant vingt ans, ont augmenté le volume de leur activité et le montant de leurs prescriptions, ce qui démontre les limites économiques de la seule limitation des tarifs ! »

Beaucoup moins que les confrères étrangers

Quand on se regarde on se console, quand on se compare, on se désole… Les auteurs de ce « revenu des professions de santé » édité par la Mutualité Française sont aussi allés voir au-delà de nos frontières. Petit détour hors de l’Hexagone, catastrophique -il faut bien le dire- pour le moral des généralistes français. Car comme le rappelle Laurence Hartmann, « le revenu des généralistes libéraux français est comparativement plus faible que dans les autres pays développés à niveau de richesse comparable ». Et de citer le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Irlande, le Danemark, le Canada ou la Belgique. La comparaison peut parfois être cruelle. Jean de Kervasdoué ne se prive pas de le souligner : 23 € la consultation, c’est « quatre fois moins qu’aux Etats-Unis où la rémunération d’une consultation est d’environ 130 $ (100€) ».

Bien sûr, la situation de la médecine générale française tient un peu mieux la route si on la rapproche des chefs d’entreprise et des cadres sups de l’Hexagone. Si l’on suit Laurence Hartmann, le différentiel de revenu penche dans les deux cas en faveur des premiers (+10% et + 50%), mais les auteurs conviennent que cet avantage comparatif s’effondre si l’on prend en compte la durée de travail intense du généraliste et ses débuts de carrière plus tardifs…

Pas de parcours de soins digne de ce nom à 23

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En un mot comme en 100, l’ouvrage de Jean de Kervasdoué (photo) et consorts est un véritable plaidoyer pour la revalorisation de la rémunération du généraliste. « La consultation à 23 € est indigne », martèle Jean de Kervasdoué, qui milite pour un rééquilibrage entre spécialités cliniques et techniques et pour une réduction des disparités de revenus d’un département à l’autre. Il en va finalement de la réussite du parcours de soins, suggère-t-il : « prétendre que le médecin traitant, honoré au prix où il l’est, va jouer un rôle de coordinateur attentif et précis, payable et corvéable à merci, cherchant pour chacun de ses malades à toute heure, le bon chirurgien ou le bon radiologue, c’est se moquer du monde…»

D’ailleurs, la revalorisation des soins primaires – fut-elle conséquente - ne coûtera pas cher prédit l’ancien Directeur des hôpitaux du ministère de la Santé : « les pays qui ont instauré la capitation sont aussi ceux où l’on prescrit le moins, très sensiblement moins, de médicaments et d’actes. » Pour l’auteur, cette remise à niveau des disciplines cliniques doit en effet s’accompagner d’une réforme du mode de rémunération. Décrit comme « peu élégant, injuste, pas toujours rationnel, inégalitaire (…) le paiement à l’acte, seul, est un mode de rémunération mal adapté aux soins primaires, » aux yeux de Jean de Kervasdoué dont l’article évoque les alternatives possibles.

Paiement à l’acte contre capitation

En insistant sur l’une d’entre elles : la capitation, ce forfait global pour la prise en charge d’un malade que la plupart des confrères d’Europe du nord reçoivent chaque année. « Le système demeure libéral, c’est bien le malade qui choisit son médecin, le médecin a donc intérêt à lui rendre le service qu’il demande, mais il n’a aucun intérêt, au contraire, à le voir plus souvent, » argumente Jean de Kervasdoué.

En vieux briscard, qui connaît bien les rouages des systèmes de santé, celui-ci convient pourtant qu’en matière rémunération des blouses blanches, « il n’y a pas de bon système. » Aussi conseille-t-il prudemment de lancer une simulation sur les conséquences qu’aurait en France l’application de systèmes alternatifs au paiement à l’acte en vigueur dans deux ou trois pays. La preuve par l’exemple qu’on pourrait un jour rémunérer les généralistes autrement ?

"Le revenu des professions de santé" sous la direction de Jean de Kervasdoué, Edts Economica, 27 €
Paul Bretagne
Source : Legeneraliste.fr

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