Petite histoire des grandes maladies (6) - Le typhus, l’autre peste...

Petite histoire des grandes maladies (6)Le typhus, l’autre peste...

09.08.2014

De la peste noire au Sida, en passant par le choléra et la grippe, les grandes épidémies ont accompagné les grandes étapes de l'histoire de l'humanité. Chaque samedi, durant l’été, retrouvez l’histoire des maladies qui, au fil des siècles, ont ébranlé le monde.

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    Le typhus, l’autre peste...

Le typhus (du grec typhos: stupeur, torpeur) est une infection provoquée par les bactéries de la famille des Rickettsies, l'appellation ayant été donnée pour la première fois avec exactitude à la maladie infectieuse par Boissier de Sauvages, au XVIIIe siècle.

Bien des noms pour une seule maladie...

Au fil des siècles, le typhus a en effet porté bien des noms : typhus typhus vrai typhus pétéchial, typhus tacheté, fièvre puncticulaire, fièvre tuciculaire, lièvre ponctuée, fièvre pourprée,pourpre maligne, fièvre pestilentielle avec pétéchies, maladie pétéchiale, typhus d'Europe, typhus de Hongrie, typhus d'Irlande, typhus des Arabes, typhus de Riantec, typhus de Brest, de Rouisan, fièvre épidémique, fièvre des hôpitaux, fièvre nosocomiale, typhus nosocomial, typhus des armées, des camps, des casernes, fièvre militaire, fièvre maligne des armées, peste et typhus de guerre, fièvre des lazarets, typhus nerveux, typhus contagieux, fièvre lente nerveuse,fièvre putride nerveuse, fièvre critique, fièvre synoque putride, fièvre maligne,fièvre typheuse, fièvre typhode, fièvre asthénique, typhus exanthémo-pétéchial, typhus exanthématique.

Eruption cutanée dans un cas de typhus exanthématique

La Rickettsie sévit à l'état endémique chez les rongeurs qui lui servent d'hôte, y compris les souris et les rats, et est transmise aux humains par la morsure ou piqûre d'acariens (tiques notamment), de puces et des poux de corps. Ces arthropodes vecteurs se développent souvent là où les conditions d'hygiène sont déficientes (prisons, camps de concentration, camps de réfugiés, armées en campagne...) et chez les sans-abri.

La malpropreté humaine, la famine, la misère, les guerres étant aussi vieilles que le monde ou presque, le typhus a commencé à être décrit dès 430 avant JC, durant la deuxième année de la guerre du Péloponnèse quand la Cité-État d'Athènes fut ravagée par une épidémie connue sous le nom de peste d'Athènes, qui tua notamment Périclès et ses deux fils les plus âgés, mais qui, en réalité semble bien avoir été une épidémie de typhus. En ces temps antiques, le typhus ne fut jamais bien caractérisé que ce soit par Hippocrate qui ne le distingue pas des autres fièvres graves tout comme Galien et Celse.

Au Moyen Age, la première description du typhus a été faite en 1083, dans un couvent près de Salerne. Il fut ensuite fait mention du typhus pendant le siège espagnol de la ville maure de Grenade, en 1489. La chronique qui fut faite de cette épidémie décrit bien les symptômes et l'évolution de la maladie : fièvre, taches rouges sur les bras, le dos et le thorax, évolution vers le délire, gangrène, plaies, puanteur et, enfin, décomposition des chairs. Durant cet épisode andalou, les Espagnols perdirent trois mille hommes au combat, ce qui était peu finalement en regard des dix-sept mille morts du typhus dans le même temps.

Jérome Fracastor

Il faudra ensuite attendre 1544 pour que le célèbre médecin florentin Jérôme Fracastor décrive à nouveau la maladie dans " De Contagione et Contagiosis Morbis", son traité sur les virus et la contagion.

La "fièvre des geôles " ou " fièvre des prisons "

Tout au long du XVIe siècle, le typhus s'invita dans les prisons, un terrain d'élection tant les cachots malsains et crasseux étaient infestés par les poux ; on le dénomma alors « fièvre des geôles » ou « fièvre des prisons ». Point alors n'était besoin de comparaître devant un tribunal, être prisonnier étant alors quasiment synonyme de sentence de mort. La maladie était tellement contagieuse que les prisonniers comparaissant devant la cour contaminaient parfois les membres du tribunal eux-mêmes. Après les fameuses " assises noires " qui se tinrent à Oxford en 1577, plus de trois cents personnes périrent du typhus dont Sir Robert Bell le chancelier de l'Échiquier. Puis l'épidémie s'empara du pays, dix pour cent de la population anglaise périssant entre 1557 et 1559. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, d'autres épidémies parties des prisons firent des ravages en Grande-Bretagne. À Londres, le typhus se déclarait souvent parmi les détenus de la prison de Newgate, et se répandait ensuite fréquemment parmi la population de la cité. Ainsi, pendant la session de la cour d'assises qui s'est tenue à Taunton, en 1730, le typhus a causé à la mort du chancelier de l'Échiquier, du shérif local, du sergent, et de plusieurs centaines d'autres personnes. Dans le même temps où étaient prononcées 241 peines capitales, il mourait davantage de prisonniers de la « fièvre des prisons », qu'au cours de toutes les exécutions publiques perpétrées par la totalité des bourreaux du royaume. En 1759, les autorités anglaises estimaient qu'un quart des prisonniers mouraient, chaque année, de la fièvre des geôles.

Du XVIe au XIXe siècle, de nombreuses épidémies de typhus se propagèrent en Europe, souvent consécutives aux guerres et aux déplacements de population. On en retrouve notamment la trace durant la première révolution anglaise, la guerre de Trente Ans et les guerres napoléoniennes. Pendant la retraite de Russie en 1812, le typhus tua plus de soldats français que l'armée russe.

Une maladie de "pouilleux "

L'Irlande fut aussi entre 1846 et 1849, durant la " Grande famine " , le terrain d'une épidémie de grande ampleur. De là, le typhus se répandit en Angleterre, où il fut parfois appelé "fièvre irlandaise», à cause de sa virulence, frappant des personnes de toutes conditions sociales, mais, surtout, les poux étant endémiques et omniprésents dans les taudis où elles habitaient les classes sociales inférieures, appelées «pouilleuses» pour cette raison.

Le typhus a particulièrement sévi en Ukraine

 

Résurgence durant les guerres

La guerre de Crimée détermina également une longue série d'épidémies, la première en décembre 1854. Les Russes furent atteints les premiers, puis les Anglais et, finalement l'armée française. La maladie, qui s'était atténuée dans le cours du deuxième semestre de 1855, après avoir eu son apogée en mai et en juin, prit une nouvelle extension en décembre, pour ne plus cesser que par l'évacuation des troupes de Crimée, quant à ce qui concerne le théâtre de la guerre, car cette même évacuation fut l'occasion de nouvelles épidémies, par propagation, dans les hôpitaux de Constantinople, de mars 1855 au mois d'avril 1856, dans les hôpitaux de Gallipoli, de Marseille, de Toulon, d'Avignon, de Lyon, du Val-de-Gràce (du mois de janvier à celui d'avril 1856), dans les lazarets de Porquerolles et du Frioul, sur un grand nombre de navires de guerre chargés de l'évacuation, la corvette la Fortune, les vaisseaux Prince-Jérôme, Marengo, Iéna, Fleurus, les frégates l'Andromaque et la Néréide, les navires à vapeur Sané, Eldorado, Canada, l'aviso le Coligny, le transport la Dordogne et quelques autres navires.

 

Le typhus fit également son oeuvre de mort pendant la guerre de sécession aux États-Unis, même si la fièvre typhoïde a été la première cause de « fièvre des camps » durant ce conflit.

Une autre épidémie survint durant la guerre turco-russe en 1877-1878, débutant parmi les troupes russes avant le passage du Danube. Le rapport de la Revue militaire de médecine et de chirurgie, du mois de juin 1881, indiqua alors : "Jusqu'en janvier (1878), 12 000 typhiques étaient entrés dans les hôpitaux de Jassy, autant à Fratetschi. Tous les hôpitaux de la Bulgarie en regorgeaient; les trois lignes d'étapes entre les Balkans et le Danube en étaient couvertes. Devant Tschadalja, la garde seule avait 14 000 malades, la plupart typhiques, et enterrait 80 hommes par jour. Sur 200 000 malades évacués par la grande voie de la Roumanie et les lignes secondaires de Bourgas et d'Hirsova, c'est le typhus qui a fourni la plus large proportion des évacués, peut-être près d'une centaine de mille hommes, ce qui suppose que 50 000 hommes au moins ont succombé au fléau. Quand on songe que l'armée d'invasion est partie avec un effectif de 120 000 à 130 000 hommes, on est conduit à affirmer que cette armée a disparu tout entière sous les coups de l'épidémie typhique. Cette longue énumération, certainement incomplète, donne une idée de la part que prend le typhus au gaspillage de la vie humaine, c'est-à-dire les hommes par millions. La gloire des conquérants peut briller sur l'une des faces des médailles guerrières, mais le typhus a le droit de figurer sur le revers... ".

Pendant la Première Guerre mondiale, le typhus a causé la mort de trois millions de personnes en Russie et davantage encore en Pologne et en Roumanie. Des zones sanitaires anti-poux ont été établies pour les troupes sur le front occidental, mais la maladie a ravagé les armées du front oriental, avec plus de 150 000 morts dans la seule Serbie.

L’hospitalisation des typhiques pendant la Première Guerre mondiale

En France, les autorités donnèrent des consignes très strictes sur le comportement à avoir à l'égard des typhiques comme cette circulaire le montre :

Hospitalisation des militaires malades ou blessés

Tout hôpital ou ambulance susceptible de recevoir, d'urgence et par évacuation directe des service de l'arriere, des blessés ou malades militaires doit, pour éviter la transmission du typhus, avoir organisé son service d'admission des malades de la façon suivante:

A- salle d'examen, de déshabillage et de toilette prophylactique.

 

Le malade(ou blessé) est amené dans le local (salle d'examen) aussi rapproché que possible de la porte d'entrée de l'établissement hospitalier et, quant l'état des constructions le permet, isolé des autres corps de bâtiment.

Le malade (ou blessé) est aussitôt examiné par le médecin (ou chirurgien) de garde qui ne se contente pas de pratiquer un diagnostic de l'état pathologique, mais a de plus le devoir strict de recherche, sur toute la surface du corps du patient, l'existence des poux( tête, tronc, aisselles, pubis). La con station de l'existence de ces parasites impose au personnel hospitalier une série de soins et de manœuvres particuliers.

La salle d'examen est largement éclairée, le jour par une large fenêtre, la nuit au moyen d'une lampe électrique à incandescence, munie au besoin d'un réflecteur (pour faciliter la recherche des parasites) ou à défaut par un éclairage de sûreté.

Le sol est imperméable, en pente légère, avec bouche à la partie déclive; les murs se terminent au sol par des angles arrondis.

Deux prises d'eau, l'une froide, l'autre chaude, avec une baignoire (ou tout au moins un bain douche) font partie du matériel.

Deux prises d'eau, l'une froide, l'autre chaude, avec une baignoire (ou tout au moins un bain douche) font partie du matériel.

Un brancard (sur roues articulées) assez élevé, est paré au milieu de la pièce; il possède un matelas recouvert de toile imperméable.

De grandes poubelles à couvercle fermant d'une manière hermétique, en place dans la salle, sont destinées à recevoir, au fur et = mesure de son déshabillage, tous les vêtements de tout malade ou blessé admis à l'hôpital. Chaque poubelle, une fois remplie, est portée, d'urgence, à la chambre de sulfuration (annexée à la salle d'examen et de déshabillage).

 

B Technique de la toilette du « porteur de poux »

 

Le malade, dès son entrée dans la salle, est étendu sur le matelas imperméable, déshabillé rapidement par l'infirmier de service et examiné sur l'heure, par le médecin de garde.

 

Premiers temps. S'il est reconnu « porteur de poux »,il passe aussitôt, entre les mains de l'infirmier chargé de la toilette spéciale: le cuir chevelu et les cheveux sont imbibés largement de xylol ou de benzine, tamponnés avec soin ainsi que la barbe (et, s'il est nécessaire, les sourcils); les oreilles, la régions cervicale n'échappent point à la friction

Cela fait l'infirmier procède, si le médecin de garde le juge nécessaire, à la coupe de cheveux et de la barbe, au moyen d'une tondeuse. Les poils coupés sont recueillis dans un réceptacle (de métal) pour être emportés et brûlés (hors de la salle à cause des vapeurs de xylol ou de benzine). Puis le crâne (y compris les oreilles) est enveloppé d'un serre-tête ne toile, bien fixé par quelques épingles anglaises.

 

Le deuxième temps consiste en un savonnage général du corps (au savon noir) à grande eau chaude, dans la baignoire, sous le bain-douche ou sur le brancard, selon les indications fournies par le médecin de garde, si le reste du corps est exempt de parasites. Sinon, la région contaminées, lorsqu'il s'agit du Thorax ou des aisselles, est, comme précédemment, frictionnée méthodiquement au xylol ou à la benzine. Quant les parasites occupent le pubis et les régions avoisinantes, l'emploi de l'onguent mercuriel s'impose (à cause des douleurs qu'occasionne l'essence).

Dans un troisième temps, l'infirmier de service à le devoir d'envelopper le malade (bien nettoyé) dans le drap et les couvertures approprié et de le déposer sur le brancard portatif (recouvert d'une bâche et garni ai besoin de boules d'eau chaudes) au moyen duquel le malade va être transporté dans la salle qui lui est affectée par l'ordre du médecin ou du chirurgien de garde. Un examen détaillé du sujet sera pratiqué au bout de vingt-quatre heures dans le service.

Le médecin de garde a soin de notifier sur le livre de garde le nom du malade porteur de poux et les soins qu'il a reçus au moment de son admission à l'hôpital.

Aussitôt après le départ de la salle d'examen; l'infirmier de service a pour mission de nettoyer à fond la salle d'examen: la poubelle contaminée est portée à la chambre de sulfuration annexée à la salle d'examen. Le brancard et le sol lavés largement à l'aide d'une solution antiseptique (crésyl, acide phénique, etc) et tout est prêt pour un nouvel entrant.

Telles sont les conditions ordinaires. A des circonstances exceptionnelles, des mesures exceptionnelles doivent correspondre. C'est ainsi qu'un « grand blessé » entrant porteur de poux ne peut recevoir d'urgence, la nuit, tous les soins prophylactiques susénoncés. Une salle spéciale (salle des suspect) doit être prévue dans tout service de chirurgie où le blessé insuffisamment « dépouillé » est placé, de nuit.

Le lendemain, au premier jour, il subit dans le box où il a été transporté, les soins complémentaires (savonnage; friction mercurielle, etc) qu'il n'avait pu recevoir la veille au soir. L'infirmier spécialiste de l'admission parfera ainsi son oeuvre.

C. La chambre de sulfuration est un local annexé à la chambre d'examen; de petites dimensions, elle doit être parfaitement étanche.

Les revêtements de la muraille, aussi bien que du sol, doivent être incombustibles. Les vêtements de tous les entrants sont suspendus à des fils métalliques, à 1 mètre, au plus, au dessus du sol; 40 à 50 grammes de soufre par mètre cube doivent être brûlés pour assurer la désinfection.

 

D. Le personnel

La pratique de la prophylaxie du typhus demande la création d'un personnel technique. Non que les opérations soient difficiles ou , à vrai dire , très dangereuse, mais elle exigent de tous le personnel une vigilance à l'abri de toute faiblesse, la moindre faute de détail pouvant déchaîner, dans un service hospitalier, la pire des catastrophes: une épidémie formidable et meurtrière.

Il faut donc constituer, dans hôpital ou établissement destiné à recevoir des malades « porteur de poux », une équipe de techniciens, infirmiers de choix, et rompus à la pratique et jouissant d'une haute paye, en rapport avec leur service quotidien.

Chaque hôpital possédera donc une double équipe « d'infirmier surveillants sanitaires » travaillant à tour de rôles, jour et nuit et prêt toujours à fonctionner sur le champs; Ces hommes porteront les cheveux rasés ainsi que la barbe.

Pour le travail, ils se vêtiront d'un costume spécial , tout en toile imperméable, sorte de scaphandrier, ou de ciré de marins, les recouvrant des pieds à la t^tet, les poignets serrés, les mains gantés de façon à pouvoir manipuler benzine, savon, onguent gris, sans difficulté comme sans danger.

Leur instruction technique sera faite avec méthode: « coupe de cheveux et de la barbe à la tondeuse, - reconnaissance des poux de la tête, du corps, du pubis-, toilette de la barbe, des sourcils, des oreilles,- déshabillage rapide (et sans trop de geste); savonnage soigné du corps, - préparation du bain ou bain-douche,- manipulation des vêtements pouilleux – préparation de la chambre à la sulfuration – sulfuration, etc.

Vaccination contre le typhus au Val-de-Grâce en 1913

 

3 millions de morts entre 1918 et 1922

Entre 1918 et 1922, le typhus fit au moins trois millions de morts et 20 à 30 millions de malades. En Russie,, pendant la guerre civile entre les Armées blanches et l'Armée rouge, le typhus a tué trois millions de personnes, en grande partie des civils. Seule l'utilisation à grande échelle du DDT, nouvellement découvert, permit d'éviter alors des épidémies plus terribles encore.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le typhus frappa l'armée allemande alors qu'elle était enlisée à Stalingrad. En 1942 et 1943, la maladie sévit au Maghreb, en Égypte et en Iran. Des centaines de milliers de prisonniers détenus dans des conditions effroyables dans les camps de concentration nazis sont également morts du typhus. En janvier 1945, des cas de typhus se déclarèrent parmi des prisonniers soviétiques, libérés par les armées alliées, et cantonnés au camp de la Courtine, dans la Creuse; l'intervention rapide du Médecin-Chef du camp, le Dr André Delevoy, permit d'enrayer l'épidémie, et lui valut un témoignage de remerciement de la part de l'Institut Rockfeller de New York, et de l'armée soviétique.

Aujourd'huI, Le typhus exanthématique n’est plus une maladie cosmopolite. On en trouve quelques foyers endémiques en Afrique (Burundi, Rwanda, Éthiopie) et, dans une moindre mesure en Amérique latine, principalement dans les pays andins (Mexique, Guatemala, Équateur, Pérou, Bolivie).

Le DDT contre le typhus
Un soldat de l'U.S. Army au cours d'une séance de démonstration d'un appareil de pulvérisation manuelle de DDT. Le DDT était utilisé pour contrôler la diffusion du typhus transmis par les poux.

 

Le développement d'un vaccin contre le typhus

La première étape cruciale du développement du vaccin a été la découverte par Charles Nicolle que les poux étaient le vecteur du typhus épidémique. Depuis 1902, le bactériologue français travaillait à l’Institut Pasteur de Tunis, initiant des travaux sur le typhus et le paludisme, mais aussi sur d’autres maladies tropicales encore peu connues alors en Europe comme la leishmaniose ou le kala azar. En 1909, l’épidémie de typhus exanthématique qui fit rage à Tunis fut l’occasion pour Charles Nicolle de nouvelles découvertes. Il montra ainsi le rôle exclusif du pou dans la transmission de la maladie, notant, en effet, qu’à l’hôpital Sadiki, le personnel ne contractait jamais le typhus, contrairement aux agents de l'hôpital qui recevaient les patients et changaient leurs vêtements (le règlement imposait aux malades de ne porter que les vêtements de l’hôpital). L’hôpital Sadiki, ancienne caserne, avait un bain maure. Le malade y était rasé et, débarrassé de ses poux, il n’était plus contagieux. À partir de cette constatation, Nicolle conclut que des simples mesures d’hygiène et la suppression du parasite suffisent à assurer la prophylaxie du fléau et à sauver des vies. L’année suivante, Nicolle mit au point la méthode de protection contre le typhus par les sérums de convalescents. Le vaccin que Nicolle, qui reçut le prix Nobel de médecine en 1928 pour ses travaux sur le typhus, expérimenta ne put cependant pas être utilisé à grande échelle.

Par la suite, Henrique da Rocha Lima démontra, en 1916, que la bactérie Rickettsia prowazekii était l'agent responsable du typhus. Il l'avait appelé ainsi en hommage à H.T. Ricketts et Stanislaus von Prowazek, deux zoologistes décédés en 1915 en étudiant une épidémie de typhus dans un camp de prisonniers. A partir de ces éléments, Rudolf Weigl put élaborer, en 1930, une méthode de production d'un vaccin, pratique et efficace, utilisant le broyat des intestins de poux infectés. Il était, cependant, très dangereux à produire, car il présentait un risque élevé de contamination pour les scientifiques qui travaillaient à sa fabrication.

Il faudra attendre 1938 pour qu'un vaccin adapté à la production de masse, utilisant des œufs embryonnés, soit développé par Herald R. Cox, en 1938. Ce vaccin, qui a fait ses preuves, a été largement utilisé depuis 1943.

 

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Source : Legeneraliste.fr
Commentez 1 Commentaire
 
michel s Médecin ou Interne 11.08.2014 à 13h45

superbe article. merci!

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