C’’est arrivé le 22 juillet 1802 - Mort de Xavier Bichat

C’’est arrivé le 22 juillet 1802Mort de Xavier Bichat

22.07.2014
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    Mort de Xavier Bichat

Sa vie fut aussi brève que son œuvre fut colossale. Apprenant sa mort, Corvisart écrivit au Premier Consul, Napoléon Bonaparte : « Il est resté sur un champ de bataille qui veut aussi du courage et qui compte plus d’une victime. Personne en si peu de temps n’a fait autant de choses si bien ». La vie fulgurante de Bichat a débuté le 11 novembre 1771 à Thoirette, petite bourgade du Jura, où son père médecin avait épousé un an plus tôt sa cousine germaine grâce à une dispense de la Cour de Rome.

Dissections de chats

Xavier Bichat

Jean-Baptiste, son père, qui fut l’un des premiers à obtenir le double doctorat de médecine et de chirurgie institué par la Faculté de Montpellier, lui fit très tôt partager son goût pour la médecine en lui donnant des cours d’anatomie et, faute de mieux, en lui faisant disséquer des chats. Après des études débutées au collège des pères Joséphistes de Nantua , Bichat se rend à Lyon en 1790 pour suivre l’enseignement du séminaire de Saint-Irénée, établissement où l’on accepte des élèves ne se destinant pas forcément à la prêtrise, mais voulant étudier la philosophie. Le jeune jurassien n’aura laissé que de bons souvenirs dans ces deux institutions, loué pour sa mémoire prodigieuse, la qualité de son travail, la sûreté de son jugement mais aussi pour la douceur de son caractère.

En 1791, voilà venu le temps pour Bichat d’aborder les études médicales et trouve à l’Hôtel-Dieu de Lyon un remarquable maître en la personne d’un jeune chirurgien de 25 ans, Marc-Antoine Petit. Mais, bientôt, la capitale des Gaules est l’objet d’une lutte intense entre partisans et adversaires de la Révolution. Lyon n’est plus que décombres et Bichat, qui doit interrompre ses études, s’engage dans la Garde Nationale et se retrouve chirurgien surnuméraire à l’hôpital de Bourg-en-Bresse.

Desault : un maître, un ami et un père

La situation apaisée, Bichat décide début 1794 de tenter l’aventure à Paris, où recommandé par Marc-Antoine Petit, il obtient d’entrer dans le service de Pierre Desault à l’Hôtel-Dieu qui a pris, Révolution oblige, le nom de « Grand Hospice de l’Humanité ». Bichat ne tarde pas à se faire remarquer de l’illustre chirurgien. L’usage voulait que chaque matin la leçon de Desault commence par le résumé fait par un étudiant du cours prodigué la veille. Bichat va donc profiter un jour de ce que l’élève designé pour faire la récapitulation du cours sur les fractures de la clavicule soit absent pour proposer ses services. L’exactitude de son analyse, l’ordre qu’il y établit la pureté de son langage et la clarté de son exposé enthousiasme l’auditoire et plus encore Desault qui le traitera désormais comme son fils et émule, le nommant chirurgien-chef et lui offrant le gîte et le couvert dans sa propre maison.

Pierre-Joseph Desault

Bichat va donc désormais partagert ous les travaux théoriques et pratiques de Desault et rencontrer les sommités médicales de l’époque : Pinel, Cabanis et Corvisart, le futur médecin de l’Empereur. Travailleur infatigable, Bichat est toujours sur le pont assistant Desault dans ses opérations, l’accompagnant dans ses visites auprès des malades, faisant ses recherches d’érudition. Il trouve même le temps, le soir, de donner des cours et de disséquer quelques cadavres pour parfaire ses connaissances anatomiques ou pour expérimenter un geste chirurgical.

Mais, en cette année 1795 où la délation fait rage, Desault se retrouve incarcéré à la prison du Luxembourg pour ne pas avoir pansé les blessés du 10 août. Ayant échappé de justesse à la guillotine, le chirurgien finit par être libéré avec les plus plates excuses mais Desault reste mortifié de cet épisode et décline rapidement. Le 10 Prairial an III (27 mai 1795), Desault est pris d’une forte fièvre accompagnée de frissons après avoir visité à la prison du Temple « l’enfant Capet » (Louis XVII) et meurt deux jours plus tard, laissant sa femme et son fils dans une situation précaire.

Bichat va alors acquitter la dette qu’il a envers son ami et professeur en devenant à son tour le protecteur de sa veuve et de son fils et en terminant le quatrième volume de son « Journal de chirurgie » ainsi que ses « Nouvelles considérations sur les maladies urinaires ».

« Une véritable course contre le temps »

Dès lors, Bichat qui pressent déjà qu’il ne vivra pas longtemps va se livrer à « une véritable course contre le temps » comme l’écrira Léon Binet. Il commence donc par créer, avec dix-neuf confrères parmi lesquels – excusez du peu – Larrey, Laënnec, Dupuytren , Pinel et Corvisart, la Société médicale d’Emulation destinée plus tard à constituer la glorieuse école anatomo-clinique.

Parallèlement, Bichat ouvre rue de Grès (l’actuelle rue Cujas) un cours privé d’anatomie puis de médecine opératoire. Mais pour ses démonstrations anatomiques, Bichat a besoin de cadavres et c’est ainsi qu’on le rencontre la nuit, dans les cimetières de banlieue, déclouant des cercueils pour en extraire les corps avant de les ramener dans une antique carriole jusqu’à son amphithéâtre.. Les 600 dissections qu’il réalise vont être à l’origine de sa fameuse découverte des membranes synoviales qui l’occupe alors. A son père qui ne l’a pas vu depuis plus de cinq ans et qui s’étonne de ne pas le voir revenir au pays natal, il écrit qu’il lui faut encore rester quelques mois à Paris pour achever son « Traité des membranes » où sont décrites les fameuses synoviales : « Tous les animaux sont un assemblage de divers organes qui en exécutant chacun une fonction concourent... à la conservation du tout. Or ils sont formés de différents tissus de natures très différentes et qui forment les éléments de ces organes. »

L’ouvrage publié en Pluviôse An IV fait l’objet de telles louanges que l’Institut le range au nombre des ouvrages méritant les honneurs de la proclamation à la fête du 1er Vendémiaire. Sa notoriété devient telle qu’il est dispensé du doctorat de médecine et est nommé médecin expectant de l’Hôtel-Dieu.

« La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort »

Sentant peut-être sa fin proche, Bichat ne s’arrête plus d’écrire et quand on lui demande son secret, il répond : « Si je suis allé aussi vite, c’est que j’ai peu lu ; les livres ne doivent être que le mémorial des faits. Or, en est-il besoin dans une science où les matériaux sont toujours près de nous, où nous avons les livres vivants, en quelque sorte, des morts et des malades ? ».
 

La Statue de Bichat par David d'Angers dans la cour de l'université Paris-Descartes

 

Six mois après le le « Traité des Membranes », Bichat va publier ses « Recherches physiologiques sur la vie et la mort » où il écrit sa fameuse phrase : « La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». L’ouvrage est divisé en deux parties , l’une théorique énumérant les différentes fonctions de la vie organique : digestion, respiration, circulation, exhalaisons, sécrétions, nutrition ; l’autre, à l’aide de considérations tirées de l’anatomie et de la pathologie expose le passage de la vie à la mort et l’influence qu’exercent les uns sur les autres les différents organes du corps humain.

A la fin de 199, Bichat fait une hémoptysie, révélatrice d’une phtisie d’origine tuberculeuse contractée sans doute dans un de ces laboratoires putrides où il faisait ses dissections. Son activité ne se dément pourtant pas. Dès sept heures du matin, on le voit arriver à l’Hôtel-Dieu et l’après-midi il dispense ses cours et pratique des autopsies. Le soir, et jusque tard dans la nuit, il achève l’écriture de son « Anatomie générale appliquée à la physiologie et à la médecine ». L’ouvrage gigantesque, constitué de quatre volumes, est publié en août 1801 et l’auteur y fait montre de tout ce qui a fait sa renommée : érudition, déduction, innovation et finesse d’analyse. Il y décompose tous les organes en leur tissu élémentaire. Il en décrit 21 variétés selon leurs caractères distinctifs, notamment le système séreux, le système cellulaire et le système synovial. Il y développe aussi les notions de contractilité, de tonicité et d’irritabilité. L’ouvrage connaît un tel succès qu’on dit que l’ouvrage payé 500 francs à Bichat à la remise du manuscrit en rapporta 500 000 à son éditeur.

« Remplacer le vague par des idées certaines »

À peine l’ouvrage sorti des presses, Bichat s’attèle déjà à une autre tâche. Cette fois-ci, il veut réaliser une réforme complète de la matière médicale, « cette science qui s’occupe des effets des médicaments sur le corps humain » et « remplacer le vague par des idées certaines ». Il commence ainsi une suite d’expériences à l’Hôtel-Dieu où il fait prendre isolément diverses substances médicinales et observe avec soin les effets qui suivent cette administration. Après en avoir établi scrupuleusement les effets, il les associaient deux à deux, puis trois à trois pour juger des propriétés nouvelles acquises dans cette combinaison. Quarante étudiants sont associées à cette vaste entreprise dont les premiers résultats vont faire l’objet d’un cours que Bichat ne pourra pas malheureusement achever.

La tombe de Xavier Bichat au Père-Lachaise

Bichat, sujet à des crises d’hémoptysie de plus en plus fréquentes ne peut , en effet plus suivre le rythme infernal auquel il s’est astreint depuis des années. N’écoutant pas ses amis, il refuse de se reposer voulant, coûte que coûte aller au bout de ses travaux de pharmacologie. Mais, le 18 messidor an IX (7 juillet 1802), après avoir passé la journée dans son laboratoire à étudier l'action des purgatifs sur la muqueuse intestinale, il perd connaissance, tombe dans un escalier et se fait une plaie profonde au cuir chevelu. Après avoir passé la visite de ses malades de l'Hôtel-Dieu, il est saisi d'une nouvelle syncope. Le lendemain, apparaissent des troubles intestinaux, un assoupissement, des phénomènes ataxiques et des céphalées violentes que l'administration d'émétique et la pose de sangsues sur la nuque ne soulagent guère. Les jours suivants, la situation ne cesse de s'aggraver en dépit des soins que lui portent ses anciens maîtres Corvisart et Lepreux. Bientôt, il sombre dans le coma et succombe le 3 thermidor (22 juillet) au quatorzième jour de sa maladie dans les bras de Madame Desault qui est restée fidèlement à son chevet.

 

 

Source : Legeneraliste.fr
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