C’est arrivé le… 12 avril 1912

C’est arrivé le… 12 avril 1912

12.04.2014
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    C’est arrivé le… 12 avril 1912

Mort d’Ernest Duchesne, médecin français qui, dans sa thèse publiée en 1897, a préfiguré près de cinquante ans ans avant Alexander Fleming ce que serait l’antibiothérapie. Duchesne était le fils d’un ingénieur chimiste qui était propriétaire d’une tannerie située près de la place d’Italie, 22 rue des Cordelières, et qui mourut très tôt, conséquence de ce métier dangereux, d’un anthrax.

Elève au lycée Charlemagne puis au lycée Michelet à Vanves, il entre à l'Ecole du Service de Santé militaire de Lyon en 1894 sur les conseils d'Albert Calmette, un ami de la famille, médecin de la marine, fondateur de l'Institut Pasteur de Saigon puis de Lille, ce qui incita sans doute Duchesne à s’intéresser à la bactériologie. Duchesne entre en 1896 dans le laboratoire du Pr Gabriel Roux, directeur du bureau municipal d'hygiène de la ville de Lyon et assistant de la chaire de « parasitologie et microbes ». Sous sa direction, Duchesne prepare sa thèse, « Contribution à l’étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes : antagonisme entre les moisissures et les microbes », qu'il défend le 17 décembre 1897. C’est un triomphe : 20/20, mention « très bien » et félicitations du jury...

Dans cette these novatrice, Duchesne étudiait pour la première fois les possibilités thérapeutiques des moisissures résultant de leur activité antimicrobienne. En particulier, Duchesne étudie l'interaction entre Escherichia coli et Penicillium glaucum, prouvant que ce dernier peut éliminer la première dans une culture contenant ces deux seuls organismes. Il prouve également qu'un animal inoculé avec une dose mortelle de bacilles de la typhoïde est exempt de maladie s'il a été préalablement inoculé avec le Penicillium glaucum comme il l’écrit dans sa thèse : « Il semble, d'autre part, résulter de quelques-unes de nos expériences, malheureusement trop peu nombreuses et qu'il importera de répéter à nouveau et de contrôler, que certaines moisissures (Penicillum glaucum), inoculées à un animal en même temps que des cultures très virulentes de quelques microbes pathogènes (B.coli et B.thyphosus d'Eberth), sont capables d'atténuer dans de très notables proportions la virulence de ces cultures bactériennes (...) On peut donc espérer qu'en poursuivant l'étude des faits de concurrence biologique entre moisissures et microbes, étude seulement ébauchée par nous et à laquelle nous n'avons d'autre prétention que d'avoir apporté ici une très modeste contribution, on arrivera, peut-être, à la découverte d'autres faits directement utiles et applicables à l'hygiène prophylactique et à la thérapeutique.»

Malheureusement pour Duchesne malgré toutes les louanges dont son travail fut couvert, celui-ci tomba très vite dans l’oubli le plus total. Le principal responsible de cet état de faits est sans doute son directeur de thèse, le Pr Gabriel Roux qui, comme l’écrira plus tard le Pr Camelin, « n'a pas eu la perspicacité de faire continuer les travaux de son élève, de les diffuser par une publication » avant de regretter que « nulle inscription ne le rappelle, nulle voie urbaine n'a été attribuée à son noms, et c'est grand dommage » et que « par le silence de Roux, aucun de ses élèves n'a repris aussitôt les expériences de Duchesne de décembre 1897, pourtant si suggestives ».

Désappointé, Duchesne, qui ne remettra jamais les pieds dans un laboratoire, accomplit son internat au Val-de-Grâce où il ne sort que 48e sur 62 de son stage d’application. Déçu du sort réservé à ses recherches, miné par la mort de sa femme à peine âgée de 22 ans des suites d’une tuberculose, Duchesne est nommé aide-major de 2e classe au 2e regiment de hussards de Senlis. Mais il est très vite mis en infirmité temporaire pour congestion pulmonaire. Rappelé à l’activité et promu médecin-major, il est mis en disponibilité en novembre 1907 pour une pneumonie serpigineuse probablement d’origine virale. L’Armée l’envoie alors dans un centre de soins à Amélie-les-Bains où il meurt le 12 avril 1912.

Il faudra attendre 1946 et un article de Ramon et Richou dans « Le Progrès Médical » pour que justice soit rendue à ce genial mais ignoré précurseur de Fleming . Deux ans plus tard, l’Académie de Médecine honorer à son tour la mémoire de Duchesne en le reconnaissant comme le précurseur de la thérapie par les antibiotiques.

Source : Legeneraliste.fr

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