Quand un ancien patron du service médical de la Cnamts étrille la politique de dépistage

Quand un ancien patron du service médical de la Cnamts étrille la politique de dépistage

01.02.2014
  • Quand un ancien patron du service médical de la Cnamts étrille la politique de dépistage-1

A 85 ans, Claude Béraud n’a rien perdu de sa capacité d’indignation et de ses talents de polémiste. L’ancien Médecin conseil national de la Cnamts le démontre encore dans un ouvrage à l’intitulé provocateur : « Trop de médecine, pas assez de soins »*, qui rassemble 24 articles rédigés des trente dernières années sur le système de santé. On y retrouve des textes anciens (mais que l’auteur ne renie nullement) comme le fameux rapport Béraud de 1992 qui avait fait couler tant d’encre, lorsqu’en quittant la cnamts, le gastro-entérologue avait entrepris de dresser un inventaire des gâchis et des abus du système de santé et de l’inutilité de certains actes, qualifiant même de « petite délinquance » les excès et les abus de certains confrères…

L’affaire avait fait grand bruit à l’époque et valu même à l’universitaire des poursuites devant le conseil de l’Ordre. Son dernier livre ne lui vaudra peut-être pas un tel tapage. Pourtant, l’ancien médecin conseil national ne se prive pas de dénoncer encore ce qui, à ses yeux, ne fonctionne pas dans le système de soins. Parmi ses nombreux dadas – relation médecin-malade, lutte contre l’alcoolisme, réforme de l’organisation du système de soins,…- on relèvera notamment une attaque en règle contre la politique de dépistage menée ces dernières années, littéralement étrillée par son auteur.

Son chapitre sur « les paradoxes de la médecine préventive » commence par une vigoureuse critique des 53 bilans médicaux organisés tout au long de la vie : « dans un système de soins correctement organisé, une grande partie de ces bilans disparaitrait, » assure le Pr Béraud. Plus incisif encore, il attaque de façon frontale le dosage du cholestérol en prévention primaire, la prescription d’ostéodensitométrie ou le dépistage du cancer de la prostate « déconseillé par les autorités médicales, mais recommandé par des médecins spécialistes qui interviennent des milliers de fois chaque année pour enlever une prostate cancéreuse. »

Les urologues ne sont pas les seuls à se trouver dans le viseur du Pr Béraud. Sa critique s’étend à quasiment l’ensemble des actions prévention mises en place ces dernières années. A commencer la vaccination anti-grippale ciblée sur les personnes âgées, une stratégie qualifiée de « baroque » par l’auteur, qui soutient qu’elle n’a pas fait la preuve la moindre efficacité en termes de baisse de la mortalité. On ferait mieux, suggère-t-il de vacciner les enfants et surtout les personnels des maisons de retraite !

«Imposture»

Le livre de Claude Béraud apporte aussi de l’eau au moulin des adversaires de la vaccination contre le HPV -« une imposture », selon lui- et de ceux qui mettent en doute l’utilité des programmes de dépistage du cancer du sein. « Une loterie offerte aux femmes à partir de 50 ans », selon lui, avec ces fausses positives inquiétées et biopsiées à tort, ces femmes « traitées chirurgicalement en raison de la découverte d’un cancer qui serait resté silencieux » et pour finir un bénéfice maigre selon lui : « après dix ans de dépistage et la réalisation de milliers de mammographie, éviter pour une femme sur 2500, de mourir d’un cancer du sein ». Béraud l’imprécateur n’est pas tendre avec les pouvoirs publics : « il semble que les responsables de l’organisation du dépistage refusent de se poser la question de l’efficacité et de l’utilité des programmes financés par la collectivité (…) Dans une démocratie, ces comportements ne sont pas admissibles. »

Restait un dernier plan de prévention que l’on aurait pu croire inattaquable, tant il a été réclamé par les experts et qui ne trouve pas non plus grâce aux yeux du gastro-entérologue Claude Béraud ! Objection du polémiste : « les sujets, qui en raison du dépistage, évite de mourir d’un cancer du colon, meurent, après quelques années pour la plupart, d’une autre maladie». En d’autres termes, pour l’ancien patron du service médical de la cnamts, « en termes de mortalité globale, ce dépistage qui n’est pas sans risque est inutile. »

La ROSP épinglée

Au terme de sa démonstration, Claude Béraud glisse un avertissement à l’intention du Français lambda : « La plupart des citoyens pensent que les procédures recommandées par l’Etat dans le domaine de la prévention sont saines et efficaces. Ils se trompent. Obtenir des prescriptions médicales –des médicaments des prises de sang, des examens radiologiques- dans le but de rester en bonne santé est un moyen sûr pour devenir malade… » Quant aux médecins libéraux et aux caisses il égratigne une Rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) qui inclut précisément des primes à la performance pour le dépistage du cancer du sein ou la vaccination anti-grippe de sa patientèle. Au-delà du contenu de la ROSP, Claude Béraud juge d’ailleurs le paiement à la performance imaginé par l'un de ses successeurs, Hubert Allemand, «discutable» sur le plan éthique et contestable sur le plan scientifique...

* Editions Thierry Souccar, 351 pages, 22 euros
Paul Bretagne
Source : Legeneraliste.fr
Commentez 10 Commentaires
 
DIEUDONNE M Médecin ou Interne 08.02.2014 à 21h05

S'en remplissent les poches . Nous nous continuons à appauvrir notre sécu

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Michel A Médecin ou Interne 03.02.2014 à 20h10

drma 13700 je trouve des cancers , je sauve . MAIS RIEN N EST JAMAIS TOUT BLANC NI TOUT NOIR .. ce sont les paranos qui font avancer l humanité .. il f aut les écouter avant Lire la suite

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YVES L Médecin ou Interne 02.02.2014 à 23h01

Béraud , qui déclarait que les médecins (tous) étaient des délinquants en col blanc vient de découvrir tardivement que la vie tue, et que nos soins ne donnent pas l'éternité à nos patients. Dans la Lire la suite

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VAFI V Autre 02.02.2014 à 10h08

C'est mieux de SOIGNER que de GUÉRIR ?

SOIGNER = on revient, on s'addicte, on fidélise.

GUÉRIR = on ne revient plus, on ne fidélisa pas.

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hafsa h Médecin ou Interne 02.02.2014 à 05h56

Ce qui me dégoûte, c'est le dépistage massif du cancer du sein, et sa prime à la performance .
Ce qui induit un comportement délinquant de la part des médecins qui diagnostiquent à tort des cancers Lire la suite

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