Témoignages - Ma très dure vie d’interne en médecine générale...

TémoignagesMa très dure vie d’interne en médecine générale...

26.01.2014
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    Ma très dure vie d’interne en médecine générale...

La vie d’interne c’est pas une sinécure. C’est en tout cas le sentiment qui domine à la fin de la lecture du livre que vient de publier un collectif d’internes en médecine générale d’Ile-de-France. "Internez-nous - Vos (futurs) médecins généralistes témoignent". Les quatre futurs généralistes qui signent ce pamphlet ont décidé de témoigner de leur quotidien pour en dénoncer la dure réalité. A l’origine du projet, Ariane Mussedy (un pseudo comme pour tous les auteurs du livre) membre du très revendicatif SNJMG (Syndicat des jeunes médecins généralistes). En tant que responsable de la branche parisienne de ce syndicat, elle fût un témoin privilégié de la vie au jour le jour des internes « Pendant trois ans j’étais représentante des internes via le syndicat et je recevais chaque jour des mails d’internes en difficulté. Avec d’autres on se disait qu’il fallait que ça évolue, mais c’est un peu lourd à porter seul. C’est pourquoi on s’est lancé toutes les quatre. Finalement une quinzaine d’internes ont témoigné dans cet ouvrage ».

 

Le livre couvre tout le parcours de l’interne en médecine générale, de l’ECN à la thèse. Avec un regard plus que cru sur le vécu de ces jeunes pousses de la médecine, qui risque de faire du bruit dans le Landerneau du 3e cycle des études médicales. « Il y a des problèmes récurrents qui viennent balayer tout le cursus, nous avons essayé d’avoir le maximum de situations pour expliquer correctement comment ça se passe, » souligne Ariane Mussedy.

Une critique au vitriol

Force est de constater que le portrait dressé est à charge, décrivant une réalité souvent amère, toujours difficile, sur un ton parfois ironique, parfois grave mais dénonciateur la plupart du temps « Effectivement on voulait dénoncer ce quotidien parce qu’il existe une révolte globale sur les horaires ou le fait que nous n’avons pas de statut par exemple. Si nous faisions grève, les hôpitaux auraient énormément de difficultés à fonctionner. Tout le monde le sait mais personne ne le dit ».

Dès les études les auteurs reprochent la dépréciation de la spécialité médecine générale avec plusieurs exemples qui tuent comme cette petite phrase apparemment sybilline : « Tu veux faire quoi comme spécialité ? Médecine générale ! Oui, mais si t’es bien classée ? … ». Ensuite vient le temps difficile des choix de spécialité et de région puis de stages, des choix qui n’en sont pas toujours, mais qui vont déterminer la vie des internes à plus ou moins long terme.

Les journées à rallonge à l’hôpital, le sentiment d’être livré à soi même et corvéable à merci, les rapports conflictuels ou l’absence des « référents » en stages et à la faculté, les salaires (insuffisants), la lourdeur de l’administration, la difficulté de maintenir une vie privée, le problème des grossesses chez les internes... Tous ces thèmes sont autant de sujets (lire des extraits du livre) qui alimentent les critiques acerbes de ces médecins en devenir tout au long de l’ouvrage. Cela fait de leur petit bouquin un véritable pamphlet contre cette période des études de médecine.

L’un raconte l’exaspération devant les tracasseries, quand après dix ans d’études on doit encore préciser sa section au bac à l’inscription à la fac... Une autre s’indigne qu’après trois ans à l’université, elle n’ait toujours pas réussi à rencontrer ni à joindre son tuteur, pourtant censé la voir au moins deux fois par an. Et plusieurs soulignent le statut ingrat de l’interne quand le patient à votre entrée dans la chambre vous accueille d’un systématique : "Ah l’infirmière est là". Ou quand après quatre mois de stage le chef de service vous salue toujours d’un "Bonjour Carole" alors que vous vous appelez... Morgane ! Les nombreuses heures de débat entre internes pour la répartition des gardes et des vacances, la découverte du post it comme arme ultime (et unique) pour communiquer avec les chefs, les blagues salaces des radiologues lors d’âpres négociations pour obtenir un scanner pour son patient... L’inventaire des gros maux et menus tracas est encore longue et elle dessine un portrait brutal de la vie d’interne.

Heureusement, tout a une fin

Malgré tout, il y a une lueur d’espoir... Au bout du chemin - qui coincide avec la fin du livre- quand ces internes se rapprochent de ce qui a motivé leur présence dans ces études: devenir médecin généraliste, enfin ! « On n’avait qu’une hâte, c’est que ça se termine » confie carrément Ariane Mussedy. Mais au bout du compte les stages en ambulatoire sont quand même leur meilleur souvenir et l’occasion de se rappeller pourquoi ils sont là. Certains se disent marqués par les histoires et secrets racontés au médecin dans "l’univers intime" du domicile. Une autre interne par l’émotion du Docteur M pour la première consultation d’un nouveau né, bébé d’une patiente suivie elle-même depuis sa naissance. Et à la fin de l’ouvrage l’émotion pointe lorsque la thèse soutenue ils doivent réciter le serment d’hypocrate, symbole de leur passage du côté des « docteurs ».

Même si le dessin est noir, la démarche se veut aussi informative. Et les retours lecteurs enthousiasment les auteurs. « Les internes qui viennent nous parler du livre nous disent "c’est assez représentatif de ce qu’on vit" et beaucoup regrettent de ne pas y avoir participé. Du côté du grand public, le retour est positif également, il trouve intéressant de savoir qui on est. Bien sûr il existe quand même des médecins de l’ancienne génération qui répondent « oh vous les jeunes vous ne faites que de vous plaindre ! » Voilà donc leurs ainés prévenus : ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains...

Amandine Le Blanc
Source : Legeneraliste.fr

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