Cœur artificiel : qui pourra en bénéficier ?

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22.12.2013
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Trois jours après l'intervention, le patient porteur du coeur Carmat, un homme âgé de 75 ans, "va très très bien", a dit le professeur Jean-Noël Fabiani, chef du service de chirurgie cardiovasculaire de l'hôpital Georges-Pompidou, où elle s'est déroulée. Il pourrait rapidement être suivi d’autres patients. L'implantation mercredi dans un hôpital parisien d'un coeur artificiel définitif de la société Carmat, une première mondiale, sera en effet suivie de plusieurs autres dès les prochaines semaines, selon ses concepteurs. "Un certain nombre de malades sont en train d'être sélectionnés, il est probable que dans les semaines qui viennent d'autres implantations soient faites", soit à l'hôpital Georges-Pompidou (à Paris), soit à Marie-Lannelongue, au Plessis-Robinson, ou encore au CHU de Nantes, a expliqué samedi le Dr Philippe Pouletty, cofondateur de Carmat. Quatre centres hospitaliers en Belgique, Pologne, Slovénie et Arabie Saoudite sont aussi habilités pour l'opération.

Plus adapté aux hommes qu’aux femmes

Des coeurs artificiels sont implantés dans le monde depuis une dizaine d'années, mais il s'agissait jusque-là de machines temporaires, posés dans l'attente d'une greffe. Avec le coeur Carmat, "le but est d'obtenir une vie normale avec un coeur artificiel". Enfin, presque, "car il y a quelques contraintes, comme celles liées à l'alimentation électrique indispensable pour faire fonctionner une telle machine", a commenté le Pr Fabiani. Avec ce cœur artificiel, les médecins espèrent apporter au malade au minimum cinq ans d'espérance de vie. Cette innovation est destiné aux malades en assistance cardiaque terminale, trop âgés pour espérer une greffe. A priori, il s’agit d’un marché colossal, puisqu’environ 100.000 malades en Europe et aux États-Unis ne pourront pas recevoir une transplantation, faute de greffons. Pour autant, seule une minorité pourra bénéficier de cet appareil de 900 grammes, plus lourd qu'un coeur humain (300 g), qui ne peut en effet être implanté que chez des personnes corpulentes : il est compatible avec 70% des thorax des hommes et 25% de ceux des femmes.

Autre obstacle, le prix. Ce coeur high tech coûte environ 160.000 euros, autant qu'une greffe et ses suites opératoires. Seuls les plus fortunés pourront donc se l'offrir. Sauf si la Sécurité sociale devait le rembourser...

Touraine et Hollande saluent 25 ans d’obstination

Pour l’heure, la ministre de la Santé a simplement félicité le professeur Alain Carpentier et les chirurgiens qui ont opéré. "Il s'agit d'un saut qualitatif majeur qui vient d'être réalisé", a-t-elle dit. "Ce sont de très belles perspectives qui s'ouvrent". Le président François Hollande a, lui aussi, adressé ses "félicitations" et "encouragements" au Pr Carpentier et à l'équipe de chirurgiens de l'hôpital Georges-Pompidou. "Je tiens à vous adresser mes félicitations et mes encouragements. La France peut être fière de cette action exceptionnelle au service du progrès humain", a écrit le président."Cette prouesse médicale, qui est en réalité une découverte technique, constitue un espoir formidable pour les patients qui souffrent d'une insuffisance cardiaque évoluée" a ajouté le chef de l’Etat.

De fait, le coeur Carmat est le fruit de l'obstination d'Alain Carpentier, 80 ans, génial inventeur, à la fin des années 60, des valves en tissus animaux, qui ont révolutionné le marché des valves cardiaques. A l'époque, faute d'avoir convaincu Rhône-Poulenc, il avait vendu son invention en Californie et fait, depuis 1968, la fortune des laboratoires Edwards et la sienne. A la fin des années 80, comme il l'a raconté au Nouvel Observateur, il rencontre Jean-Luc Lagardère, patron de Matra (futur EADS) qui décide de l'aider, avec ses ingénieurs, à créer un coeur artificiel français. Il confie le projet à une demi-douzaine de génies en mécanique, hydraulique, électronique, informatique. Commencent alors vingt ans de recherches. Après le décès de Jean-Luc Lagardère en 2003, EADS continue à soutenir Carpentier et en 2008 crée Carmat, contraction de Carpentier et de Matra, en y détachant les ingénieurs d'EADS qui travaillaient sur le coeur artificiel. Aidée par de nouveaux financements du fonds Truffle et 33 millions d'euros d'aides publiques, puis cotée en Bourse, la société de Velizy, qui aura coûté plus de 100 millions à ses investisseurs, se rapprochait du but ces dernières années. Depuis trois ans, elle multipliait les essais sur des animaux, notamment des veaux.

Paul Bretagne (avec AFP)
Source : Legeneraliste.fr
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