Rapport Vernant - Le troisième plan cancer ne devrait pas oublier les généralistes

Rapport VernantLe troisième plan cancer ne devrait pas oublier les généralistes

30.08.2013

Le rapport du Pr Jean-Paul Vernant veut renforcer la place du généraliste avant, pendant et après le traitement de son patient. Dressant un constat d’échec du 2e Plan Cancer sur ce point, il suggère que le prochain organise des stages en cancéro pour les futurs généralistes, crée des consultations de prévention chez le médecin traitant et rémunère sa participation à la consultation de fin de traitement.

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    Le troisième plan cancer ne devrait pas oublier les généralistes

Le troisième plan cancer qui sera lancé début 2014 sera-t-il enfin celui qui consacrera la place du médecin généraliste dans le dépistage et le suivi de cette pathologie ? On peut l’espérer à la lecture du rapport que le Pr Vernant vient de remettre à la ministre de la Santé et à celle de la Recherche, après des mois de concertation sur le sujet. Face à des hospitalisations globalement de plus en plus courtes pour les traitements des cancers et à la montée en puissance des soins "en ambulatoire", le rapport préconise en effet une plus grande implication des médecins généralistes.

Chargé en décembre par François Hollande d’un travail préparatoire sur le 3e Plan cancer, l’hématologue, ne mâche pas ses mots. Rappelant que le plan cancer 2009-2013 devait accorder une place centrale au médecin généraliste « à tous les moments de la prise en charge pour permettre notamment une meilleure vie pendant et après la maladie », il démontre point par point qu’il n’en a rien été. « On peut considérer que les mesures suggérées pour induire cette implication du médecin traitant dans la prévention, le dépistage et la prise en charge pendant et après le cancer sont restées peu productives », écrit-il. Dans le détail, la mesure 18 du 2e Plan cancer prévoyait la création de postes de soignants chargés de la coordination ville-hôpital et le rapport Vernant relève que cela n’a guère été suivi d’effets : « Les comptes-rendus de la réunion de concertation pluridisciplinaire, de l’hospitalisation et des consultations, élaborés et réalisés par les spécialistes et le plus souvent adressés avec beaucoup de retard, constituent en règle générale le seul lien, à sens unique, entre l’établissement de santé et le médecin généraliste, » observe l’ancien chef de service de la Pitié Salpêtrière. Les mesures 11 et 16 recommandaient d'impliquer le médecin traitant dans la prévention du cancer et dans les programmes de dépistage organisés ? « Il apparaît que cette implication a été très limitée, » souligne l’expert, en incriminant notamment l’inadaptation du paiement à l’acte pour ce genre de tâches. D’une manière générale, le rapport note aussi que « la participation effective des médecins traitants au parcours de soins et au suivi médical » des patients atteints de cancers est « restée assez limitée ».

Tout ça pour ça ?

Jean-Paul Vernant salue néanmoins le gros effort de production de recos et fiches par cancer réalisées par l’Inca et la HAS. Mais pour quoi faire ? Il observe qu’au final, ces documents ne sont guère utilisés par les généralistes « car ils leur sont adressés de manière aléatoire et sans coordination avec le problème concret que pourrait poser l’un de leurs patients. »

Après avoir posé ce constat de semi-échec de la coordination ville-hôpital autour du cancer, le rapport Vernant estime donc que le 3e Plan cancer devra absolument renforcer le rôle du généraliste et invite à une « surveillance médicale partagée sur la base du volontariat des différents intervenants ». En pratique, la bonne idée du rapport est de mettre en place des consultations de prévention-dépistage systématiques chez les généralistes à différents stades de la vie. Pour renforcer le rôle du médecin traitant à ce stade, il suggère aussi que les invitations au dépistage soient adressées simultanément au patient et à son praticien. Au-delà, le 3e plan cancer devra aussi renforcer la formation des internes à la prévention et au dépistage des cancers et prévoir des stages en cancéro pour les jeunes internes en médecine générale.

Rendre systématique la consultation de fin de traitement

Mais le rôle du généraliste doit aussi aller au-delà de la prévention, souligne Jean-Paul Vernant, qui estime indispensable que le 3e Plan cancer se donne pour objectif de faire participer le médecin traitant au parcours de soins dans l’établissement de santé. Proposition phare pour y parvenir : proposer au médecin traitant de participer à la consultation de fin de traitement, le rémunérer pour cela et faire de sa participation à une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) un élément de validation du DPC.

Persuadé qu’une information en temps réel du généraliste permettrait d’éviter bien des recours aux urgences pour son patient, le rapport réclame aussi un gros effort de ce côté là : informations médicales sur le patient adressées par informatique, mais aussi envoi simultané au médecin de ville des fiches HAS-INCA correspondant à son cancer et à son traitement. Décidemment, Jean-Paul Vernant veut faire entrer le médecin traitant à l’hôpital. Et ne lésine pas sur les moyens pour y arriver. Il va jusqu’à proposer une procédure sécurisée qui permettrait au médecin traitant de pénétrer dans le système informatique de l’hôpital pour avoir accès aux données de son patient. On encore est très loin de la réalité actuelle…

Paul Bretagne
Source : Legeneraliste.fr
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