Un film, un médecin - The Great Moment

Un film, un médecinThe Great Moment

01.05.2013
  • The Great Moment - 1

    The Great Moment

Réalisateur

Preston Sturges

Année de réalisation

1944

Scénario

Preston Sturges, d’après l’œuvre de René Fulop-Miller

Durée du film

83’

Distribution

Jœl McRea (Le Dr Morton)

Betty Field (Elizabeth Morton)

Harry Carey (Pr Warren)

William Demarest (Eben Frost)

Disponibilité en DVD

DVD The Great Moment n’est disponible qu’en zone 1 (mais avec des sous-titres français) dans un coffret de7 films de Preston Sturges.

Voir un extrait

L’histoire

Biographie du Dr.W.T.Morton, médecin originaire de Boston, qui fut responsable de la première démonstration publique réussie des qualités de l'éther en tant qu'anesthésique par inhalation. Une découverte qui ne lui vaudra pas d’être encensé mais au contraire réprouvé...

Preston Sturges, un grand oublié d’Hollywood

Toujours trop méconnu en France, Preston Sturges est considéré aux Etats-Unis comme un prince de la screwball Comedy ("Comédie loufoque") et son œuvre mériterait d’être considérablement réévaluée. Brillant scénariste à ses débuts, il écrivit par exemple « Train de luxe » pour Howard Hawks et « Vie facile » pour Mitchell Leisen. Puis, entre 1940 et 1944, il écrivit et réalisa huit films qui, chacun à leur manière, sont de petits bijoux d’humour et de fantaisie. Ainsi, Madame et son flirt (The Palm Beach Story) avec Claudette Colbert et Joel McRea, avec ses gags extravagants (dont une chasse à courre dans un train en point d’orgue) est une des plus brillantes comédies jamais tournées à Hollywood. On est pas loin du dessin animé et de Tex Avery. Autres films mémorables: The Lady Eve (avec Henry Fonda) et Les Voyages de Sullivan qui sous ses dehors humorisitiques est une noire satire des mœurs hollywoodiennes. Après avoir relancé la carrière d’Harold Lloyd (Oh! Quel mercredi), ce réalisateur à la carrièremétéorique viendra s’installer en France où il réalisera dans l’anonymat le plus complet « Les Carnets du majot Thomson » , d’après le roman de Pierre Daninos.

« The Great Moment » réalisé en 1944 est sans doute le plus atypique des films de Preston Sturges où à l’humour s’ajoute l’émotion. Joel McRea, l’acteur fétiche de Sturges, déborde d’humanité dans ce rôle de médecin incompris qui a décidé de mettre son invention au service de la médecine et non pas à son seul profit.

Qui était vraiment le Dr Morton ?

Originaire du Massachusetts, W. T. Morton après avoir obtenu son diplôme de dentiste, s'associa avec un de ses compagnons d’université, Horace Wells, pour ouvrir un cabinet à Boston. Une association qui fit long feu... Si Morton resta à Boston, Wells alla s’installer à Hartford. En décembre 1844, dans cette petite ville du Connecticut, se tint une conférence sur les pouvoirs hilarants de l'oxyde nitrique à laquelle assista Wells. Celui-ci fut étonné de constater qu'un des volontaires inhaleurs, blessé au genou durant sa période de transe, n'avait absolument rien ressenti, ce qui lui permit de conclure qu’une dose suffisante de gaz pouvait avoir un pouvoir anesthésique. Voulant vérifier son intuition, Wells demanda à un de ses confrères de lui extraire une dent saine sous inhalation d'oxyde nitriquelors d’une intervention qui se déroula le 11 décembre 1844. Ce fut un succès, Horace Wells, n'ayant ressenti aucune douleur tout au long de l’intervention. Fort de ce succès, Welles voulut trop vite passer à l'utilisation pratique, sans expérimentations suffisantes sur les dosages appropriés et ses démonstrations publiques, tant à Boston qu'à Hartford, furent des échecs. Découragé, Welles renonça à vulgariser sa méthode. Abandonnant la dentisterie, il devint... vendeur ambulant de canaris chanteurs...

Son ex-associé, Morton qui avait assisté à une de ces conférences, voulut, en revanche, creuser un peu plus cette idée de suppression de la douleur liée à l'acte chirurgical. En effet, il avait élaboré une nouvelle technique de pose des couronnes d'or sur dents abîmées, Mais celle-ci étant tellement douloureuse que les candidats ne se précipitaient pas. Morton, pour parfaire ses connaissances en matière d’anesthésie s'inscrivit donc à la faculté de médecine de Harvard, logeant chez un professeur de chimie, l'éminent Dr Charles Jackson, qui lui signala les pouvoirs anesthésiants de l'éther en application de contact. Les résultats obtenus ainsi par Morton furent positifs mais de trop courte durée, du fait de la volatilité du produit.

Pour Morton, qui n’avait pas oublié les démonstrations de son ex-associé, la solution pouvait résider dans l'utilisation du produit par inhalation avec le gaz hilarant. Mais au contraire de Welles, avant de passer à la pratique, Morton mena de sérieuses recherches bibliographiques, s’intéressant particulièrement aux ouvrages de Michael Faraday qui, en 1818, avait publié ses conclusions sur les propriétés « léthargiques » de l'éther en inhalation. Délaissant son cabinet, Morton se retira à la campagne pour y réaliser des expérimentations animales. Les résultats ayant été peu probants, il revint à Harvard prendre l'avis du Dr Jackson à Harvard qui lui recommanda de n'utiliser que de l'éther très purifié.

Le 30 septembre 1846, s'étant procuré un produit très pur, Morton réussissait sa première extraction dentaire totalement indolore sur une molaire très cariée. Dans la foulée, il envoya un compte-rendu de son intervention au Boston Daily Journal avant de déposer un brevet d'invention, voulant protéger sa découverte et en tirer les fruits financiers.

Malgré cela, l’ensemble des médecins de Boston refusèrent d’expérimenter la méthode Morton, à l’exception du Dr John C. Warren, un ancien directeur du Massachusetts General Hospital, qui pratiqua, le 16 octobre 1846, l'ablation d'une tumeur cervicale superficielle sur le jeune Gilbert Abbott. Malgré le succès de l’opération, la Massachusetts Medical Society interdit, au nom de l'éthique médicale à Warren d’utiliser la «méthode Morton » à cause de la nature commerciale du brevet déposé.

Le Dr Warren avait cependant programmé une amputation d'une jambe chez une jeune fille de 18 ans lel 7 novembre 1846, et devant le refus du président de la Boston Medical Society d'autoriser l'intervention, William Morton renonça publiquement à tous ses droits sur sa découverte. Du coup, le président donna son accord: « Le médicament qui va être utilisé pour endormir la patiente est dorénavant la propriété de la science. Avec l'accord de la faculté de Boston, la patiente va inhaler un produit vaporeux pour faire disparaître les douleurs de l'intervention. Le fluide utilisé est de l'éther sulfurique » L'intervention fut une réussite et la jeune opérée s'étonna à son réveil que tout soit déjà terminé. Un succès mémorable pour Warren et pour le Dr Morton, la méthode de ce dernier étant bientôt connue non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Ainsi, sur le Vieux Continent; les premières interventions sous inhalation gazeuse se déroulèrent en 1846 à Londres puis en 1847 en Allemagne et en France.

Morton; lui fut rapidement oublié, s’étant battu en vain pour faire reconnaître qu’il était bien le découvreur de l’anesthésie par inhalation d’éther. Il mourut dans la misère, à 49 ans des suites d’un AVC, rejeté de tous alors que quelques années plus tôt le Congrès américain l’avait élevé au rang de bienfaiteur de l’Humanité...

Source : Legeneraliste.fr
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