Douleur - Un an de réflexion

Douleur Un an de réflexion

24.12.2012

Plan douleur repensé, prescriptions d’opioïdes fort questionnées... Dans le domaine de la douleur, 2012 aura été une année de réflexion tant sur le plan organisationnel que médical.

Alors que 2012 se dessinait plutôt comme une année d’action pour la douleur avec le lancement annoncé d’un nouveau plan dédié, c’est finalement une année de réflexion qui s’achève, le nouveau gouvernement ayant décidé de revoir la politique de santé menée dans ce domaine. Et si le programme douleur promis en 2011 par Nora Berra n’est pas totalement abandonné, il devrait en partie être revu pour donner priorité à la coopération des professionnels de santé et aux soins de premier recours

« Nous étions dans l'inquiétude, craignant qu'il n'y ait plus du tout d'action douleur », témoigne le Pr Lantéri-Minet, neurologue au CHU de Nice et président de la SFETD (Société Française d'étude et de Traitement de la Douleur). Nous sommes aujourd'hui rassurés, les discussions entre professionnels de santé et institutions étant en cours. » À terme, celles-ci pourraient même aboutir à de nouvelles actions douleur dès le second semestre 2013.

Autre « bonne » nouvelle : « Nous disposons de l'assurance verbale que le financement des structures douleur sera assuré jusqu'en 2016, date à laquelle il sera réévalué », affirme le Pr Lantéri-Minet. Ces structures sont aussi mieux identifiées grâce à un travail débuté en 2011 et finalisé cette année. « Le paysage est simplifié avec deux types de structures : les consultations douleur (leur mission de proximité et de soins de premier recours étant assurée par un médecin, une infirmière et un psychologue) et les centres douleur, qui comptent plusieurs médecins et assurent la prise en charge à un niveau plus complexe, précise le neurologue. Un annuaire de ces 250 structures est maintenant disponible sur le site du ministère de la Santé, accessible aux professionnels de santé comme aux usagers [www.sante.gouv.fr/les-structures-specialisees-douleur.html, ndlr]. »

Si c'est surtout l'actualité organisationnelle qui a occupé les spécialistes de la douleur cette année, le versant médical n’a pas non plus échappé aux questionnements. Avec notamment l’émergence d’une « controverse » sur l’utilisation des opioïdes forts dans les douleurs chroniques non cancéreuses, certaines études ayant suggéré une efficacité moindre dans ce contexte.

Autre sujet de réflexion en antalgie, les prescriptions hors AMM qui semblent plus fréquentes notamment depuis le retrait du dextropropoxiphène et les limitations d’usage du clonazépam. « Si les prescriptions hors AMM entraînent une réflexion majeure dans tous les champs de la médecine, concernant le remboursement des patients et la responsabilité des médecins, ceci est particulièrement vrai dans le domaine de la douleur », souligne le Pr Lantéri-Minet.

Enfin, la SFETD s’est aussi penchée sur la définition de la douleur chronique. « Nous en parlons parfois un peu trop conceptuellement et nous souhaitons maintenant proposer, à la place

de ce terme général, cinq thèmes plus explicites : les céphalées, les douleurs neuropathiques, les lombalgies, l'arthrose et l'axe douleur/santé mentale qui a longtemps été négligé. »

Le regard de... l’Association Francophone pour vaincre les douleurs

Si l'amélioration de la prise en charge, par l'intermédiaire des structures douleur, rassure les patients,l'annulation du programme douleur a été très mal vécue, même si « nous espérons toujours que ceprogramme voit le jour, d'une manière ou d'une autre », indique Martine Chauvin, présidente de l'AFVD (Association Francophone pour Vaincre les Douleurs). « Par ailleurs, nous souhaitons une meilleure communication avec le médecin généraliste dans le but de détecter le patient douloureux chronique. Nous attendons aussi que la formation médicale soit à la hauteur des besoins et fasse par exemple intervenir des patients experts qui pourraient faire comprendre aux médecins ce qu'est la vie au quotidien avec la douleur, poursuit-elle. Pour le médecin généraliste, un patient douloureux chronique qui revient souvent, et pour lequel il ne trouve pas de solution, peut être épuisant à prendre en charge. Il faut qu'il sache passer la main quand il manque de possibilités, mais aussi qu'il sache à qui la passer : structures douleur, et autres professionnels, parfois paramédicaux. Un travail en réseau sera bénéfique pour tous ! »

Fabienne Rigal
Source : Legeneraliste.fr

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