Psychiatrie - Les psychotropes en ligne de mire

PsychiatrieLes psychotropes en ligne de mire

24.12.2012

À la fois nécessaires et décriés, les psychotropes ont souvent fait la une en 2012. Leur surconsommation est notoire et le risque de pharmacodépendance – voire de démence – qu’ils peuvent entraîner est pointé du doigt.

Plusieurs instances se sont prononcées cette année sur le niveau élevé de la consommation de psychotropes en France. En ce qui concerne les benzodiazépines anxiolytiques, notre pays était en janvier 2012 le deuxième consommateur européen d'après l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), le quatrième selon une expertise de l'INSERM de mai 2012. S'agissant des hypnotiques, nous nous plaçons au deuxième rang européen selon l'AFSSAPS et l'INSERM et au premier selon la HAS (octobre 2012).

Quant aux antidépresseurs, la prévalence de leur consommation est d'environ 6 % en France contre 3,5 % dans les autres pays européens (INSERM). « Cette surconsommation de psychotropes en France s’explique par le fait que notre système de soins favorise l'accès à l'ensemble des médicaments, psychotropes ou non, induisant des niveaux plus élevés de consommation, commente le Pr Olié (hôpital Sainte-Anne, Paris). Les patients français sont par ailleurs dispensés de la contrainte – à laquelle sont soumis les Anglais et les Allemands – qui consiste à devoir prendre en première intention des molécules de première génération, avec leur cortège d'effets indésirables. Ce paramètre devrait d’ailleurs être pris en compte au moment d'établir des comparaisons entre les pays.» Enfin, l'écart entre la France et les autres pays va diminuant depuis environ 5 ans, notamment en ce qui concerne la consommation d'antidépresseurs. En effet, selon les derniers chiffres de l’Assurance Maladie (décembre 2012), on observe une baisse des volumes de prescription de 2,3% pour les antidépresseurs. Ce qui est un bon début.

Par ailleurs, toutes ces institutions mettent en garde contre le risque de mésusage des psychotropes, pouvant aller jusqu'à la pharmacodépendance, et soulignent le lien possible entre consommation de benzodiazépines et apparition d'une démence. Elles incitent à une réduction de leur consommation en proposant notamment la prescription sur ordonnance sécurisée des benzodiazépines (ANSM), voire de tous les psychotropes (INSERM), une mesure qui paraît excessive pour le Pr Olié. « 25 % des patients deviennent en effet dépendants aux benzodiazépines après 3 mois de prise consécutive, estime le psychiatre. Cependant, et bien que les benzodiazépines soient des traitements symptomatiques de l'anxiété ou de l'insomnie, et non des traitements de fond, nous ne pouvons ignorer que quelques patients tirent bénéfice d'une consommation au long cours sans pour autant aboutir à un état de tolérance (nécessité d'augmenter la posologie pour obtenir le même effet) ou de dépendance (survenue d'un syndrome de sevrage à l'arrêt). Nous avons donc besoin que soit conduite une réévaluation du rapport bénéfice/risque de ces médicaments, qui permettrait par ailleurs d'établir le rôle des benzodiazépines sur la transition démentielle. Dans la moitié des cas de démence, les symptômes émotionnels précèdent de quelques années l'apparition des troubles cognitifs et nécessitent la prescription de psychotropes. Mais l'association statistique entre psychotropes et démence ne préjuge pas d'un lien de causalité et ce point reste à vérifier ».

Le regard de... « Vaincre l’autisme »

L’autisme déclaré « Grande cause nationale » et la publication en mars des recommandations de la Haute Autorité de santé sur ce type de troubles sont des avancées majeures pour 2012. « C'est un soulagement pour les familles de voir que sont enfin prises en compte toutes les connaissances concernant des modes de prise en charge, que la psychanalyse et les psychothérapies n'ont pas fait leurs preuves et que l'on attire l'attention des médecins sur l'absence fréquente de soins somatiques», avance M'Hammed Sajidi, président de l'association « Vaincre l’autisme ». Toutefois, « les orientations proposées pour le troisième Plan autisme risquent de remettre en cause les acquis obtenus, et nous craignons un retour vers l'ancien système de prise en charge », s’inquiète-t-il.Côté médecin traitant, on se félicite que le dépistage des troubles autistiques chez le jeune enfant puisse être réalisé grâce à un questionnaire simple et bref. Quant aux soins somatiques, ils devraient faire l’objet de consultations rémunérées en conséquence car celles-ci demandent plus de temps, ces enfants ayant besoin de temps d'apprentissage pour s'adapter au cabinet.

Dr Pascale Naudin-Rousselle
Source : Legeneraliste.fr
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