Sécurité alimentaire - OGM : Séralini critiqué, mais pas condamné

Sécurité alimentaireOGM : Séralini critiqué, mais pas condamné

22.10.2012

Dans la journée de lundi, les experts de l’ANSES et du Haut Conseil des Biotechnologies ont rendu deux avis sur les travaux du Pr Séralini sur les OGM. Ils confirment la faiblesse de l’étude qui a tant fait parler d’elle depuis un mois. Mais ils prônent aussi des recherches à long terme et des travaux sur les cocktails OGM-pesticide avec des financements publics indépendants.

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    OGM : Séralini critiqué, mais pas condamné

« Au-delà des critiques déjà émises, la faiblesse centrale de l’étude Séralini est que les conclusions sont insuffisamment soutenues par les données de la publication, » a indiqué Marc Mortureux (directeur de l’Agence Nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation) qui a présenté lundi après-midi le rapport d’expertise sur les travaux du Pr Seralini sur le maïs NK603 et son pesticide associé, le Round-up. Comme, le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) le matin même, l'ANSES a elle aussi réfuté les conclusions de l'étude publiée dans la revue scientifique Food and Chemical Toxicology le 19 septembre et selon laquelle il y aurait un risque accru de tumeurs mammaires et d'atteintes hépato-rénales pour les rats nourris avec ce maïs, associé ou pas au Round-up.

Durant ces quatre semaines de travail, l’ANSES a revu la littérature et auditionné le Pr Gilles-Eric Séralini (photo), Génération Future qui s’intéresse aux questions phytosanitaires et Monsanto (qui n’a pas donné d’audition orale mais une contribution écrite). Pour l’ANSES, cette étude ne remet pas en cause les évaluations réglementaires conduites sur le maïs NK 603 et le pesticide Round-up.

Avalanche de critiques sur la méthode

Pour permettre à l’ANSES de se prononcer, le Pr Séralini a adressé à l’Agence des données chiffrées sur la morbimortalité des rats exposés au maïs génétiquement modifié et au Round-Up, sans distinction de la nature des tumeurs. L’ANSES a analysé ses données. Même en adoptant des modèles statistiques favorables, il n’y a aucun test qui est significatif après ajustement, observe-t-elle. « Il y a peu de répétabilité et une faible cohérence biologique » a noté Dominique Gombert (directeur de l'évaluation des risques à l'Anses). Pour Jean-Pierre Cravedi (directeur de recherche INRA, laboratoire des xénobiotiques), les hypothèses de toxicité émises par les auteurs ne tiennent pas, car il n’y a ni relation effet-dose comme on peut le voir dans des produits dont la toxicité augmente avec la dose, ni de courbe en U ou en U inversé comme dans le cas des perturbateurs endocriniens. « Le mécanisme d’action (de perturbateur endocrinien) peut se concevoir pour un pesticide. J’ai beaucoup de mal à imaginer qu’une plante génétiquement modifiée puisse être responsable de cet effet »a-t-il indiqué. Surtout, le faible nombre de rats (10) dans chaque groupe est responsable d’un cruel manque de puissance pour détecter une différence statistiquement significative. « Quand on a un nombre assez faible de rats qui présentent spontanément des tumeurs, on ne peut mettre en évidence que des écarts importants, » a précisé Dominique Gombert. Il faudrait entre 80 et 100 rats par groupe pour faire une étude suffisamment puissante pouvant répondre à la question posée.

De nouvelles études à mener

Même si elle lui vaut les critiques de la plupart des scientifiques et autorités de santé, la grande tempête médiatique soulevée par la publication le mois dernier de l’étude du Pr Séralini a eu le mérite de remettre sur la table l’évaluation des OGM. Dominique Gombert a ainsi souligné que l’étude Séralini était « ambitieuse et originale », car, en reprenant la littérature, les experts n’ont retrouvé que deux autres études « vie entière » qui ne portait pas sur le maïs mais sur le soja et une en japonais qui a du être traduite en anglais pour le besoin de l’expertise. Le travail controversé de l’universitaire Caennais a aussi relancé le débat sur la possibilité de conduire des études indépendantes. L’ANSES convient en effet qu’il ne faut pas en rester là. « L’étude a ouvert la question des effets potentiels à long terme et sur la nécessité d’engager des essais sur les effets des cocktails OGM-pesticide » a souligné Marc Mortureux. L’Agence a déjà produit en 2011 un avis pour renforcer les conditions d’autorisation des OGM avec une méthodologie rigoureuse. Un projet de règlement européen intégrant les préconisations de l’ANSES a été soumis aux Etats-membres au printemps dernier. De son côté, le HCB a recommandé une «étude de long terme, indépendante et contradictoire sous l'égide des pouvoirs publics». Le Pr Séralini a pris acte de ces deux avis, mais il ne désarme pas. Il a indiqué lundi qu’il fallait interdire le maïs en attente de nouvelles données.

Dr Muriel Gevrey
Source : Legeneraliste.fr

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