Enquête - Les généralistes un peu seuls face à la dépression ?

EnquêteLes généralistes un peu seuls face à la dépression ?

20.09.2012

Se sentant plutôt bien formés et compétents face à la maladie dépressive, les généralistes n’hésitent pas à assurer eux même la prise en charge des patients qui en souffrent. Une mission souvent assumée seule, parfois au détriment de la psychothérapie, comme en témoigne une enquête de la Drees rendue publique cette semaine.

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    Les généralistes un peu seuls face à la dépression ?

Généralistes, que faites vous de vos patients dépressifs ? Dans une enquête récente conduite auprès d’un panel de plus de 2000 médecins généralistes libéraux, la Drees s’est intéressée spécifiquement aux stratégies de prise en charge de la dépression et à leurs déterminants en médecine générale.

Premier constat, les états dépressifs sont monnaie courante pour la profession, puisque les 2/3 des généralistes déclarent y être confrontés au moins une fois par semaine et plus de 95% au moins une fois par mois.

Pour prendre en charge ces états dépressifs, la grande majorité des généralistes (84%) se considèrent bien formés et 9 sur 10 s’estiment efficaces. Ainsi, face à un cas fictif de dépression proposé dans le cadre de l’enquête, la quasi totalité des médecins n’hésite pas à prendre les rênes et à le garder, seulement 3 % se tournant directement vers un professionnel spécialisé pour avis sur le diagnostic ou le traitement.

Trop de psychotropes, pas assez de psychothérapie ?

Dans huit cas sur dix, la prise en charge en médecine générale repose sur un traitement médicamenteux. Prescrits dans 66% des cas, les antidépresseurs arrivent en tête des traitements proposés, y compris en cas de dépressions légères où « leur efficacité n’a pas été démontrée » soulignent les auteurs de l’étude. Des anxiolytiques ou des somnifères y sont associés dans plus de la moitié des cas, voire administrés seuls dans certaines situations « alors que ces médicaments prescrits de manière isolée n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché dans le traitement de la dépression »

Le recours à la psychothérapie est en revanche encore timide : parmi les médecins qui prescrivent un traitement médicamenteux, seulement 47 % proposent une psychothérapie en complément. Et bien que « particulièrement recommandé en cas de dépression légère », rappelle la Drees, le recours à cette seule thérapie reste marginal (moins de 5% des cas).

Pour les auteurs, ces résultats « interrogent sur l’adéquation des pratiques avec les recommandations de bonnes pratiques » et suggèrent « que les antidépresseurs sont perçus par la majorité des médecins généralistes comme le traitement incontournable de la dépression ». Une analyse qui fait écho aux publications récurrentes dénonçant la sur prescription de psychotropes en France. « Les médecins, ayant en général un sentiment d’efficacité et se sentant suffisamment informés, pourraient avoir tendance à ne pas faire évoluer leurs pratiques de prescription » avance la Drees.

Le ras-le-bol des généralistes

A moins que ces pratiques de prescription traduisent surtout une réalité de terrain où le recours aux psychiatres et aux psychothérapeutes n’est pas aisé. Selon les auteurs de l’enquête, la majorité des médecins participants s’affichent en effet en faveur des psychothérapies qu’ils jugent efficaces et qu’ils perçoivent comme un traitement à part entière de la dépression. Mais nombreux sont ceux qui pointent les freins à leur accès que ce soit le non remboursement des consultations (91 %), les délais de rendez-vous (79 %) ou la réticence des patients (76%). Plus globalement, huit participants sur dix jugent l’accès aux professionnels spécialisés en santé mentale difficile, la notion de difficulté étant fortement corrélée aux densités de psychiatres libéraux et salariés sur le territoire.

Ainsi plus qu’un choix réel, la prise en charge en solo des dépressions serait surtout une figure imposée ? Et l’appétence des médecins pour les psychotropes un faux procès ? Dans une étude réalisée en région PACA, un médecin interrogé sur trois a en tout cas le sentiment que les généralistes sont sans cesse attaqués par l’opinion publique sur leur façon de prescrire des médicaments psychotropes et jugent ces critiques injustes...

Bénédicte Gatin
Source : Legeneraliste.fr
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