Maladies cardiovasculaires - Un gradient Nord-Sud persistant

Maladies cardiovasculaires Un gradient Nord-Sud persistant

14.08.2012

Si un net recul des décès par maladies cardiovasculaires, notamment par infarctus, a été observé en France au cours de ces dernières années, toutes les régions n’en ont pas bénéficié dans les mêmes proportions.

« Les régions du nord de la France, notamment le Nord-Pas-de-Calais, présentent des taux de décès par maladies de l’appareil circulatoire plus élevés que le reste de la France ». L’état des lieux dressé en 2008 par l’Inserm* confirme les disparités régionales observées en matière de mortalité par maladies cardiovasculaires. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, le Nord-Pas-de-Calais enregistre les plus forts taux de décès se situant largement au-dessus de la moyenne nationale (+21 %). Viennent ensuite l’Alsace, la Picardie, la Bretagne, la Lorraine et l’Auvergne. L’Île-de-France, à l’opposé, montre un taux de 22 % inférieur à la moyenne. Ces tendances sont retrouvées aussi bien pour les cardiopathies ischémiques que pour les maladies cérébrovasculaires ou les autres cardiopathies.

Pour l’Inserm, « plusieurs facteurs pourraient expliquer ces disparités géographiques : morbidité cardiovasculaire régionale, dépistage précoce des facteurs de risque, modalités de prise en charge et de pratiques de soins, etc. mais des études comparatives précises restent à faire ».

À ce titre, les dernières données des registres de l’infarctus du myocarde de Lille, Strasbourg et Toulouse publiées fin 2011** sont intéressantes. Elles confirment les inégalités territoriales en matière d’infarctus avec un gradient Nord-Sud persistant. Ainsi, si globalement l’incidence des infarctus et la mortalité par maladie coronaire ont reculé entre 2000 et 2007, cette baisse « s’avère plus faible à Lille (-12 %) que dans les deux autres centres (-18 à -22 %) ». Pour les auteurs, les différences de létalité observées pourraient s’expliquer en partie par la gravité du tableau clinique initial. Les signes de gravité sont, en effet, plus fréquents à Lille avec notamment deux fois plus d’arrêt cardiaque réanimé, d’OAP et de choc cardiogénique. Des disparités dans la prise en charge sont également observées avec un taux de revascularisation en urgence légèrement inférieur à Lille (61 % versus 71 % à Toulouse et 70 % à Strasbourg) et des prescriptions de réadaptation respectivement 1,5 et 3 fois moins fréquente à Toulouse et à Lille qu’à Strasbourg. Cependant, « la mise en évidence d’un effet spécifique de ces différencessur la létalité intra-hospitalière et la mortalité à moyen terme, nécessiterait des effectifs plus importants de malades», estiment les auteurs.

Anticoagulants: la recette normande

Parce que les AVK sont encore en tête des médicaments responsables de iatrogénie grave motivant des hospitalisations, la Haute-Normandie s’est dotée depuis 2002 d’un Centre de Suivi et de Conseil des Traitements Anticoagulants (CSCTA).

Créé à l’initiative du CHU de Rouen, de l’Association des Biologistes et de l’Union Régionale des Médecins Libéraux de Haute-Normandie, cette structure vise à aider médecins et malades à éviter les risques inhérents à ces traitements (www.cscta.fr.

La procédure d’inclusion des patients est simple : les biologistes ou le médecin traitant remettent un dossier d’inscription à leurs patients sous AVK. Une fois complété, le document est retourné au CSCTA. Le jour du prélèvement, le laboratoire faxe le résultat de l’INR au CSCTA, au médecin traitant et au patient. Le CSCTA faxe à son tour, au médecin traitant, sa proposition de posologie et la date du prochain INR. « C’est un conseil mais c’est moi qui reste le chef d’orchestre », souligne le Dr Laurent Parrad, généraliste à Clères et membre du CSCTA. « Au départ, c’est un peu chronophage mais après c’est la sécurité d’emploi. » En témoignent les résultats affichés par le CSCTA : parmi les 400 patients suivis par le centre entre 2002 et 2006, 93% étaient dans le cible INR, contre 71% avec un suivi classique. On observe aussi 3 fois moins d’hémorragies graves et 10 fois moins de récidives thrombotiques. Aujourd’hui, le CSCTA compte 1000?patients et 240 médecins inscrits. Et l’activité initialement limitée à l’agglomération rouennaise a été étendue à?toute la Haute-Normandie.

*A. Aouba et al. « Mortalité par maladies de l’appareil circulatoire en 2005 et évolution depuis 1980 » ADSP n° 63 juin 2008.

**BEH n° 40-41, 8 novembre 2011.

Dr Muriel Gevrey
Source : Legeneraliste.fr

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