BPCO - Les anciennes régions minières payent l’addition

BPCOLes anciennes régions minières payent l’addition

14.08.2012

Si les niveaux de consommation tabagique expliquent en partie les disparités régionales en matière de BPCO, les facteurs de risque professionnels jouent aussi un rôle majeur.

Les taux de morbimortalité par BPCO sont très contrastés en France métropolitaine. Derniers chiffres en date, entre 2000 et 2003 on observait une surmortalité liée à la BPCO dans le nord de la France (+65 % dans le Nord-Pas-de-Calais, Picardie et Champagne-Ardenne), dans l’est (Alsace, Lorraine) et en Bretagne. À l’inverse, les Pays de la Loire, le Centre, le Poitou-Charentes, l’Aquitaine, la Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et la Corse enregistrent plutôt une sous-mortalité*.

Afin de comprendre ces disparités une étude épidémiologique a été conduite par la DGS en 2006/2007 dans trois régions françaises « témoins » dont le taux de mortalité par BPCO était élevé (Pas-de-Calais), moyen (Pays de la Loire) ou bas (Aquitaine). Des trois, le Nord-Pas-de-Calais enregistre le plus fort taux de mortalité par BPCO mais le plus fort taux de recours aux soins hospitaliers (+137% à +217 %) avec des malades plus gravement atteints et pris en charge plus tardivement. Comme pour les autres régions, la plus forte prévalence de la BPCO chez les fumeurs est bien documentée (avec un risque supplémentaire de 28 % chez les femmes et 16 % chez les hommes par tranche de 10 paquets-années). « Mais il faut souligner l’importance des autres facteurs de risque» insistent les auteurs de l’étude, le rôle de la qualité de l’air, l’impact du niveau de vie, et surtout, le poids des expositions professionnelles. Dans cette étude, la proportion de non-fumeurs atteints de BPCO est proche de 30 %. Surtout, les taux d’exposition professionnelle (classiquement évalués autour de 15 %) dépassent ici 30 % atteignant jusqu’à 42 % en Nord-Pas-de-Calais contre 20 à 27 % dans les deux autres régions.

En d’autres termes, la sur-morbimortalité par la broncho-pneumopathie chronique obstructive constatée dans le Nord et l’Est de la France anciens hauts lieux des industries minière et textile et de la sidérurgie est sans surprise…

La Lorraine redonne du souffle au dépistage

Du fait de son passé industriel (sidérurgie, charbon et filatures), mais aussi de la forte prévalence du tabagisme, la Lorraine paie un lourd tribut à la BPCO. On en décède deux fois plus qu’ailleurs (155?décès/100?000?personnes contre 84). Cette surmortalité a justifié l’instauration par l’ARS, en novembre 2010, d’un programme régional de dépistage de la BPCO. Mise en place avec l’Union régionale des Médecins Libéraux de Lorraine et le Réseau des Insuffisants Respiratoires, l’initiative s’intéresse aux bassins miniers les plus touchés, au nord de la région.

« Le médecin généraliste est l’acteur central du dépistage selon une procédure codifiée très précise », explique le Dr Michel Helfenstein, responsable de l'action pour l’Union des Caisses-Centre de Médecine Préventive (Nancy). Lors de la consultation, le médecin pose, à l’aide d’un questionnaire, trois questions sur une exposition professionnelle éventuelle, un tabagisme supérieur à 10 paquets/année, la présence de toux, crachats ou dyspnée. Dans l’affirmative, il fait souffler dans le mini-spiromètre PIKO6. Un coefficient de Tiffeneau inférieur à 70 % identifie une BPCO qui reste à confirmer chez le pneumologue.

Sur les 900 médecins généralistes que comptent les territoires prioritaires du nord de la Lorraine (Briey, Longwy, Thionville, Metz, le Bassin houiller, la Déodatie), 245?ont été formés entre décembre 2010 et décembre 2011. « C’est largement au-dessus de nos objectifs, salue le Dr Helfenstein. Et un généraliste sur six pratique concrètement le dépistage, un chiffre très satisfaisant pour une première année ». Parmi les 243 personnes dépistées positivement on retrouve 53 % de fumeurs et 46 % d'ex-fumeurs avec une moyenne de tabagisme de 22,9 ans. 45 % ont souffert d’exposition professionnelle avec une durée moyenne d’expostion de 24 ans.

*BEH n°27-28, juillet 2007.
Hélène Joubert
Source : Legeneraliste.fr

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