| Le Généraliste

07.05.2012
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Dr Alice Perrain : « La médecine ambulatoire change de visage et doit être repensée, mais les jeunes médecins sont mal représentés dans les instances décisionnelles. Comptez-vous les impliquer ? Et que prévoyez-vous pour rendre l’exercice libéral plus attractif ? »

F.H. La médecine ambulatoire va connaître une transformation profonde dans les années à venir, en raison notamment de la transition épidémiologique, de la révolution des savoirs, et des perspectives de la démographie médicale. Les jeunes médecins peuvent et doivent y trouver une occasion extraordinaire de se réaliser. Il faut donc que les pouvoirs publics, les représentations professionnelles, et toutes les instances décisionnelles se mettent davantage à leur écoute. Je veux leur proposer un nouveau pacte. C’est pourquoi je me suis engagé à lancer un plan d’urgence pour l’installation des jeunes médecins, qui refuse la coercition, qui prenne en compte les limites de l’incitation financière, mais qui soulage ceux qui le souhaitent des contraintes administratives et managériales. C’est avec eux qu’il faut engager, dans les territoires, des projets médicaux d’établissement. Et c’est avec eux que je veux refonder la médecine ambulatoire, réinventer ses missions et adapter ses modes de rémunération.

Dr Christine Regimbart : « Le médecin généraliste reste largement rémunéré à l'acte mais de nouveaux modes de paiement émergent. Faut-il, selon vous, poursuivre cette diversification. Et dans quelle direction » ?

F.H. Non seulement il faut poursuivre cette diversification, mais il faut l’accélérer. Pour faire face à l’immense défi des pathologies chroniques, la médecine générale doit évoluer. Elle doit devenir le pivot des équipes de soins de proximité et accompagner le patient tout au long de son parcours. Elle doit donc être davantage active en matière de prévention. Et s’assumer aussi comme relais des politiques de santé publique : dépistage, crises sanitaires… Pour accompagner cette évolution, la rémunération forfaitaire doit prendre toute sa place et permettre aux professionnels de consacrer le temps nécessaire à chaque patient. Elle sera donc modulée en fonction du profil du patient. Elle doit aussi permettre la réalisation d’autres missions de service public, comme l’exercice en zone démédicalisée ou la participation aux crises sanitaires.

Dr Olivier Wong : « Peut-on espérer un jour mettre en place un modèle plus motivant pour le médecin généraliste qui verrait celui-ci encadrer une petite équipe de professionnels de santé salariés comme cela se passe dans les pays du Nord de l’Europe ? »

F.H. Je crois beaucoup à l’émergence de nouvelles coopérations professionnelles et ma proposition de déployer des pôles de soins de proximité dans chaque territoire va dans ce sens. Il est nécessaire de favoriser le travail coordonné. Au-delà, il ne faut pas avoir d’a priori idéologique sur la forme des exercices, leur pluralisme, entre la médecine libérale et la médecine salariée est une richesse de notre système de santé. Nous resterons pragmatiques : l’objectif est de réfléchir avec les professionnels pour créer des équipes de soins de proximité qui répondent aux besoins des patients. Peu importe que ces équipes soient libérales, salariées ou mixtes, nous trouverons les solutions organisationnelles et juridiques pour que chacun puisse mettre en œuvre le projet médical et professionnel qui lui convient, dans le sens de l’intérêt général.

Dr Pascal Gendry : « Quels moyens donner aux maisons de santé, souvent évoquées dans cette campagne ? Les nouveaux modes de rémunération sont une condition sine qua non pour qu’elles apportent une valeur ajoutée en matière de prévention, d’éducation thérapeutique ou de coordination des soins. Êtes-vous partisan de les pérenniser et les généraliser ? »

F.H. Vous avez parfaitement raison. La logique de création des maisons de santé doit s’accompagner d’une réforme profonde du mode de financement, avec un développement important de la part forfaitaire, quel que soit le mode d’exercice choisi par les praticiens. Ces formes coordonnées d’exercice doivent favoriser l’installation des jeunes médecins mais aussi permettre le développement de ces actions de santé publique. Pour assurer la pérennité de ces structures, il faudra sans doute revoir la nomenclature, afin de mieux distinguer et financer ces différentes missions.

Dr Christian Lehmann : « Ces dernières années, des franchises sur les soins, qui n’ont rien de médicales, ont été inventées dans le but de « responsabiliser » le patient avec pour conséquence le recul de l’accès aux soins. Dans le même temps, on a décrété que certaines maladies ne l’étaient plus, comme l’HTA, sortie des Affections de Longue Durée… Le président qui viendra continuera t-il dans cette direction ? »

F.H. J’ai toujours exprimé ma ferme opposition à cette idée de soi-disant responsabilisation, qui est en réalité une sanction et une culpabilisation du malade. Ce concept a par ailleurs démontré sa totale inefficacité pour rétablir les comptes de l’assurance-maladie. Ainsi, la suppression de l’HTA de la liste des ALD me semble aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique. Si les Français me font confiance, je prends l’engagement de réexaminer cette décision. Par ailleurs, il faudra revoir l’ensemble de la question du reste à charge : ma première mesure concernera le plafonnement des dépassements d’honoraires. Je veux par ailleurs revoir la définition des contrats des complémentaires, et supprimer la taxe sur les contrats solidaires des mutuelles. Tout cela aura un impact direct pour les Français.

Dr Pascal Gendry : « Les 250 hôpitaux locaux fonctionnant avec des généralistes libéraux voient leurs lits de médecine fermer les uns après les autres, éloignant ainsi, l’offre de soins hospitalière de premiers recours dans des territoires souvent pauvres en offre de soins. Que proposez-vous pour soutenir ces structures ? »

F.H. Commençons d’abord par éviter la catastrophe : le gouvernement souhaite appliquer la T2A à 100 % aux hôpitaux locaux dès l’année prochaine sans tenir compte de leurs spécificités, ce qui mettra certains de ces établissements en grande difficulté. Or, ceux-ci pourraient souvent devenir exemplaires en matière de relations qu’il convient de développer entre ville et hôpital. Ils pourraient permettre surtout à certains soins hospitaliers d’être assurés en proximité, notamment en médecine. Il est essentiel de garantir à tous la qualité et la sécurité des soins, mais la proximité, lorsqu’il n’y a pas d’enjeu de concentration comme pour les activités nécessitant des plateaux techniques pointus, doit être maintenue, car elle est déterminante pour le bien-être des patients et de leur famille. C’est la raison pour laquelle nous tiendrons compte des atouts et des spécificités des hôpitaux locaux pour maintenir ces soins hospitaliers de proximité à chaque fois que cela sera possible.

Retrouvez aussi l’interview de Marisol Touraine

Source : Legeneraliste.fr
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