Exercice - Que de défis à relever pour les maisons de santé !

ExerciceQue de défis à relever pour les maisons de santé !

02.04.2012

Lors des Journées de la Fédération Française des Maisons et Pôles de Santé (FFMPS), les 30 et 31 mars à Paris, plus de 300 professionnels de santé ont présenté leurs expériences. Protocoles, nouveaux modes de rémunération, statuts juridiques… Les maisons de santé s’organisent. Avec l’appui des politiques de tous poils. Mais toujours des interrogations sur leur financement !

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    Que de défis à relever pour les maisons de santé !

Elles ont décidément le vent en poupe ! Grandes favorites des candidats à l’élection présidentielle, les maisons de santé pluridisciplinaires se multiplient à vitesse grande V. Elles seraient mêmes « victimes de leur succès », plaisante le Dr Pierre de Haas, président de la FFMPS. Actuellement, ce sont plus de 1 000 projets déjà existants ou en cours que la Fédération a recensés. « Dans 10 ans, 10% des professionnels de santé des soins de premier recours travailleront en pôles ou maisons de santé », parie le Dr Pierre de Haas. Pour l’heure, les enjeux de ces nouvelles structures restent de taille. Elles doivent notamment travailler sur le développement de l’exercice protocolé encore peu présent sur le terrain. La Haute Autorité de Santé (HAS) n’a pour l’instant validé que 4 protocoles dans le secteur ambulatoire en rapport avec le dispositif Asalée, pour «Action santé libérale en équipe», mis en place dans le département des Deux-Sèvres depuis 2003 avec médecins et infirmières. « Je suis ravi de voir que les candidats sont quasi tous d’accord sur le développement des maisons et pôles de santé. Nous sommes aujourd’hui à un tournant et nous souhaitons travailler avec vous dans la mise en place des protocoles», explique le Pr Jean-Luc Harousseau, président du collège de la HAS, qui intervenait lors des rencontres de la FFMPS le week-end dernier.

Un label pour les éditeurs de logiciels

Le développement des systèmes d’information compte aussi beaucoup pour les professionnels de santé qui souhaitent développer les outils informatiques nécessaires à la mise en place de protocoles vraiment adaptés à la coopération interprofessionnelle. Pour le Dr Jean-Yves Robin, directeur de l’Agence des Systèmes d’Information Partagés de Santé (ASIP), la création d’un label serait même nécessaire. «Il faut initier la certification. Les éditeurs de logiciels qui répondraient parfaitement au cahier des charges type, qui a été récemment publié, obtiendraient un label. Ce qui permettrait aux médecins de mieux s’y retrouver».

Les nouveaux modes de rémunération généralisés en 2014 ?

Une autre des principales interrogations dans les maisons de santé porte sur le versant financier. Et en particulier la rémunération du temps de coordination des professionnels de santé. Le sujet est crucial, notamment si l’on veut que ces nouvelles structures apportent un vrai "plus" en matière de santé publique, prévention ou coordination des soins. Apparemment, on est conscient du problème dans les écuries présidentielles. « Le paiement à l’acte comme seule rémunération, c’était hier, il faut désormais intégrer des systèmes alternatifs comme celui déjà existant dans la Convention, il faut aller plus loin », assure le Dr Philippe Juvin, porte-parole du candidat UMP. Une diversification des modes de rémunération qu’on approuve aussi de l’autre côté de l’échiquier politique. « C’est à la maison de santé de choisir, nous sommes pour un système mixte », résume le Dr Claude Pigement, porte-parole du candidat PS. L’expérimentation des «nouveaux modes de rémunération» (NMR), qui se termine fin 2013, devrait se généraliser à l’horizon 2014, comme le prévoit Thomas Wanecq, chef de projet NMR à la Direction de la sécurité sociale (DSS). « Nous procédons actuellement à l’évaluation de l’apport spécifique des maisons de santé pour ensuite développer une contribution généralisée », espère-t-il.

Du côté des syndicats, on se prépare aussi. Et on réfléchit déjà à la façon dont la négociation concernant ces nouveaux forfaits structures pourra être menée. Alors qu’à la CSMF, on opte plutôt pour un débouché conventionnel afin d’éviter les disparités régionales, à MG France on préfère l’accord-cadre. « La perspective après 2013 du champ conventionnel ne nous réjouit pas parce que nous pensons que la Convention est une grande force d’inertie plutôt que d’innovation », analyse le Dr Thomas Bourez de MG France.

A l’inverse, si l’avenir des «nouveaux modes de rémunérations» n’est pas encore tranché, celle du statut juridique des maisons de santé a été éclaircie avec la parution le 25 mars 2012 du décret Société interprofessionnelle d’exercice ambulatoire (SISA). Et la dynamique est lancée. Les 153 sites bénéficiaires devront s’être transformés en SISA au plus tard avant le 30 juin 2012 pour pouvoir bénéficier de ce statut qui leur permettra de jouer à fond la pluriprofessionalité. « Nous allons accompagner ces sites dans cette transition », rassure Pierre de Haas, président de la Fédération. Reste les professionnels qui sont actuellement en train de construire un projet de maison de santé et qui ne peuvent plus avoir accès à cet accompagnement financier. « Les inscriptions sont désormais fermées et la généralisation se fera peut-être à partir de 2014, comment allons-nous faire en attendant ? En résumé, le travail de coordination sera en fait pour notre pomme », s’inquiète le Dr Naïma Bouraki, porteuse d’un projet de maison de santé pluriprofessionnelle à Orléans.

Reste que la question des enveloppes budgétaires accordées pour rémunérer le temps de coordination entre les professionnels de santé est bien au cœur des revendications et de l’avenir de ces nouvelles structures. Des attentes qui semblent de plus en plus prises au sérieux par les politiques eux-mêmes. A commencer par le président-candidat, Nicolas Sarkozy qui s’est rendu vendredi à la maison de santé de Beure (Doubs). Le Dr Martial Botebol, médecin généraliste au sein de cette structure et président de la Fédération des Maisons de Santé Comtoises (FEMASAC), qui l’a rencontré raconte : « Nous avons réussi à passer en force en invitant le président à discuter avec nous sans les médias pendant quelques temps pour lui expliquer notre travail. Il faut vraiment les imprégner ce que l’on fait et du temps que nous consacrons à la coordination et à la prévention ». Une façon sans doute pour ces professionnels de santé de s’imposer face aux candidats comme « l’avenir de l’offre de soins de premier recours », pour reprendre l’expression du président de la Fédération, Pierre de Haas.

Caroline Laires-Tavares
Source : Legeneraliste.fr
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