VIH - Cap sur la prévention

VIHCap sur la prévention

29.12.2011

Aujourd’hui, les traitements ont permis de révolutionner la vie des personnes séropositives. Lorsqu’ils sont traités tôt, leur espérance de vie est comparable à celle de la population générale. En revanche, 40 000 séropositifs en France ignorent leur statut se pose ... et la question des insuffisances du dépistage se pose. Par ailleurs, face à une épidémie de SIDA qui se poursuit, de nouvelles stratégies, notamment de traitement préventif, sont à l’étude. Commentaires du Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'ANRS (Agence nationale de recherche sur le SIDA et les hépatites virales).

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    Cap sur la prévention

Le Généraliste. Les traitements antirétroviraux (ARV) sont un outil thérapeutique, mais aussi préventif, car ils limitent la transmission du virus dans la population. Mais, par ailleurs, de récentes études ont montré l’intérêt d’un traitement préventif chez les personnes à risque. Quel est votre avis ?

Pr Jean-François Delfraissy. Dans le cadre de recherche, l'essai HPTN 052, réalisé au sein de couples sérodifférents, a en effet montré que la mise sous traitement précoce d'une personne infectée réduisait le risque de transmission du VIH à son partenaire d'environ 95%. Le traitement préventif individuel est également à l’étude. L'étude iPrEx a été menée auprès de personnes séronégatives homosexuelles qui avaient des comportements à risque. Le risque d'acquisition du VIH était réduit d'environ 45% dans le groupe recevant des ARV en continu, par rapport au groupe placebo.

Cette stratégie préventive continue d'être évaluée, d’autant plus que ces essais n’ont pas montré d’augmentation des comportements à risque chez les sujets inclus. Ainsi, l'essai de l’ANRS Ipergay débutera en 2012 parmi des homosexuels séronégatifs en France. Les personnes prendront de façon intermittente (à l'occasion de la prise de risque) des ARV ou un placebo, dans un cadre renforcé de prévention et de dépistage. Un comité associatif a été étroitement impliqué. Le placebo continue d'être justifié car nous manquons encore de données sur cette question.

Quelles autres stratégies de prévention ou de traitement ont fait leurs preuves ?

Pr J.-F. D. Les résultats intermédiaires de l'étude ANRS Orange Farm 2 confirment dans la vraie vie une diminution du risque d'acquisition du VIH de 55% parmi les hommes séronégatifs circoncis. L'essai ANRS-NIH Camelia prouve de son côté qu'en cas de co-infection VIH/tuberculose, la mortalité diminue de plus de 35% quand on débute tôt le traitement ARV chez des patients immunodéprimés. Une recommandation de l'OMS sur ce thème verra sans doute le jour en 2012.

Des médicaments ont-ils récemment reçus leur AMM ?

Pr J.-F. D. Un nouvel inhibiteur non nucléosidique, la rilpivirine, est sur le point de recevoir son AMM en Europe. Fin 2012, seront également disponibles deux nouveaux inhibiteurs d’intégrase dont un sous forme combinée. Deux inhibiteurs de protéase anti VHC ont eu leur AMM à l’automne 2011. L'enjeu est important car plus d'un tiers des patients sont co-infectés VIH/VHC, et le traitement actuel est assez mal toléré et moins efficace que chez les personnes mono-infectées.

Quelle est aujourd'hui l'espérance de vie des patients séropositifs ?

Pr J.-F. D. Parmi les 90 000 personnes séropositives qui connaissent leur statut (sur 130 000 personnes infectées) en France et sont suivies, 85% ont une charge virale indétectable. 60 à 65% ont une restauration immunitaire complète et leur espérance de vie est proche de celle de la population générale. Pour les 40% dont les CD4 restent inférieurs à 500, généralement en raison d'un diagnostic et d'un traitement tardifs, on observe une surmorbidité et une baisse de l’espérance de vie.

40 000 personnes en France ne connaissent pas leur séropositivité. Comment améliorer le dépistage ?

Pr J.-F. D. Le dépistage généralisé doit être banalisé. L’enquête KABP/ANRS/ORS récemment publiée montre que le dépistage du VIH est très bien accepté dans la population générale, en particulier chez les jeunes. Il passe par le réseau des médecins généralistes, qui doivent le proposer de façon large à leurs patients. Concernant le dépistage ciblé, les généralistes doivent entrer dans une stratégie plus « offensive » pour leurs patients homosexuels ou migrants, parmi lesquels survient une large partie des nouvelles contaminations. D'autres stratégies de dépistage ciblés (aux urgences, ou à proximité des lieux de rencontre) sont évaluées. Les tests rapides, dont certains ont été validés cette année, ne changent rien au dépistage traditionnel, mais devraient permettre de limiter le nombre de perdus de vue (étant donné que le résultat est disponible en 30 mn).

Fabienne Rigal
Source : Legeneraliste.fr
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