Démographie médicale - Des «vétos» pour remplacer les généralistes dans les déserts médicaux ?

Démographie médicaleDes «vétos» pour remplacer les généralistes dans les déserts médicaux ?

14.12.2011

Ce n’est pas une bonne blague, mais la proposition un peu fantasque d’une élue bourguignonne. Françoise Tenenbaum, adjointe socialiste au maire de Dijon chargée à la santé, a bien réfléchi. Pour lutter contre la pénurie de médecins, certaines régions désertifiées pourraient faire appel aux vétérinaires ! En attendant que des jeunes généralistes veuillent bien s’installer…

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    Des «vétos» pour remplacer les généralistes dans les déserts médicaux ?

Fermez les yeux et imaginez la scène : dans un avenir pas trop éloigné, dans une région pas trop reculée, dans la campagne française, peut-être même à côté de chez vous, vous pourriez appeler le vétérinaire… pour l’angine de papi ! L’idée a été formulée par Françoise Tenenbaum, adjointe (PS) au maire de Dijon. Experte de santé publique, elle a proposé de faire appel aux vétérinaires pour faire face aux problèmes de démographie médicale rencontrés dans certaines régions du pays : « en leur proposant une année supplémentaire de formation, ils pourraient intervenir dans les maisons de santé », confiait-elle dans un entretien aux Échos. « J'ai réfléchi à la problématique dans laquelle nous sommes, notamment en Bourgogne où il y a des déserts médicaux et je me suis rendue compte qu'il y avait des vrais médecins dans les territoires, ce sont les vétérinaires qui peuvent intervenir en urgence », a déclaré l'élue socialiste.

Cette proposition insolite qui a été prise avec « humour » par les médecins, a été vivement critiquée et jugée « irréaliste » par les vétérinaires. Parce que si, selon certains, l’homme est un animal comme les autres, les connaissances et les compétences auxquelles nos experts scientifiques font appel ne sont pas du tout les mêmes. « C'est totalement irréaliste et dangereux ! On n'est pas du tout compétents pour faire une médecine humaine », a lâché Gérard Vignault, président du Conseil régional de l'Ordre des vétérinaires de Bourgogne. De son côté, Jean-Pierre Mouraux, président du CDOM de Côte-d'Or, a interprété cette proposition comme une provocation : « C'est un pavé dans la mare et ça fait bouger les canards. On en retiendra les bonnes intentions », a-t-il dit.

Si cette proposition est parue saugrenue, voire scandaleuse à certains, elle en dit long sur l’inquiétude ressentie par certains élus qui ne savent plus à quel saint se vouer pour faire venir des nouveaux médecins et les convaincre de rester. D’après la dernière édition des Atlas régionaux de la démographie médicale édités par le CNOM, la Bourgogne occupe la sixième place des régions les moins bien dotées en médecins et plus de 80 % de ses bassins de vie sont ruraux. Quant aux nouvelles installations de médecins généralistes, l’année dernière, seulement 22 % d’entre eux avaient obtenu leur diplôme en France.

Une moyenne régionale qui travestit une réalité encore plus sombre. Ainsi, à l’échelle départementale, la totalité des généralistes nouvellement installés dans la Nièvre et dans la Saône-et-Loire ont obtenu un diplôme à l’étranger, la Côte-d’Or polarisant tous les diplômés français, et l’Yonne n’a enregistré, au cours de l’année dernière, aucune nouvelle installation de généralistes !

Ce qui explique, du moins en partie, la tentative, un peu bancale, de l’élue bourguignonne de trouver une solution pour pallier la désertification médicale alors qu’aucune mesure coercitive à l’installation n’est en vue, pour l’instant, au gouvernement. Alors, en attendant, Françoise Tenenbaum pense que faire étudier la médecine aux vétérinaires serait peut-être une bonne alternative : « il faudrait définir une passerelle de formation et cadrer la mission de ces vétérinaires. Surtout, ce ne serait pas à la place du médecin, mais en l'attendant ». Pour l’heure, son projet a été accueilli froidement, voire avec un certain agacement, par Monique Cavalier, directrice de l’ARS Bourgogne qui a préféré couper court à toute discussion : « Aujourd'hui, ce n'est absolument pas pensable », a-t-elle répondu. « La réglementation est claire et fait en sorte que nous ayons des médecins dans les zones rurales. Ça n'a été évoqué ni de près, ni de loin dans le PRS ».

Giulia Gandolfi
Source : Legeneraliste.fr

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