Démographie médicale - Hausse du numerus clausus : faut-il s’en réjouir ?

Démographie médicaleHausse du numerus clausus : faut-il s’en réjouir ?

08.12.2011

Xavier Bertrand l’a officialisé ce jeudi : le numerus clausus passera de 7400 à 7500 places, pour les étudiants admis à l'issue de la première année commune aux études de santé (PACES). L’annonce d’une petite hausse qui a néanmoins marqué le début d’une grosse polémique : doyens de faculté, étudiants, experts… Ce relèvement, censé faire reculer à terme les déserts médicaux, est loin de faire l’unanimité.

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    Hausse du numerus clausus : faut-il s’en réjouir ?

L'été prochain, 8.000 nouveaux médecins en puissance feront partie des « happy few » admis en deuxième année de médecine. Le numerus clausus a, en effet, été relevé : de 7.400 il passera à 7.500. 100 étudiants supplémentaires issus de la première année commune intégreront médecine. Tandis que le nombre d'étudiants venant d'autres filières (grandes écoles, masters), et autorisés à débuter médecine en deuxième année, sera porté de 300 à 500. Une « réponse logique et simple pour réguler la densité médicale », selon le ministère de la Santé, alors que certaines régions rurales (mais aussi certaines banlieues difficiles), sont confrontées à des problèmes d’accès aux soins.

Mis en place par Simone Veil en 1971, le numerus clausus a diminué régulièrement pour atteindre un point bas au début des années 90 : 3.500 places étaient alors « en jeu ». Il a ensuite été remis en cause et remonté, mais tardivement, quand des problèmes de pénurie de praticiens sont apparus. Ces dix dernières années, le numerus clausus a été progressivement augmenté pour atteindre le nombre de places actuel. Pourtant, les effets d’une telle démarche peinent à se faire ressentir. Un quart des médecins nouvellement inscrits à l’Ordre ont obtenu leur diplôme à l’étranger : la preuve que le numerus clausus n’est peut-être pas la panacée. Néanmoins, dans l’univers de la santé, une telle annonce a le pouvoir de « rassurer les marchés » à défaut d’apporter des nouvelles solutions.

Les jeunes disent non

Le ministre de la Santé avait annoncé, fin novembre à Toulouse, lors du congrès du SML, qu'il relèverait le numerus clausus, sans donner de précisions chiffrées en justifiant une telle démarche par la tendance des jeunes générations, hommes et femmes confondus, d’exercer à temps partiel. Le moins qu’on puisse dire est que sa décision a été accueillie fraichement par la nouvelle génération. Les jeunes généralistes du SNJMG sont carrément contre. Les internes de l’ISNAR-IMG aussi. Le principal syndicat d’internes en médecine générale, a estimé que cette augmentation ne pourra pas résoudre le problème de la désertification médicale, les nouveaux étudiants n’arrivant sur le marché que dans dix voire douze ans. Les internes craignent surtout que cette hausse n’affecte négativement la qualité de la formation. Une inquiétude partagée par la Conférence des doyens des facultés de médecine qui se disent « au maximum » de leur possibilités.

«Ce sont 300 étudiants de plus, ce n’est quand même pas la mer à boire!» leur a répondu Xavier Bertrand, minimisant, paradoxalement, la portée de son annonce. Interviewé ce jeudi sur Europe 1, le ministre de la Santé a reconnu, qu’à elle toute seule, cette mesure «ne règle pas toutes les questions de démographie médicale» mais a affirmé ne pas vouloir «retomber dans les erreurs du passé» à savoir l’équation «malthusienne»: «moins de médecins, moins d’actes, mois de dépenses de santé».

Mais surtout, partisan des mesures incitatives, le ministre de la santé préfère manier la carotte que le bâton... Et ne pas toucher à la liberté d’installation des médecins! L’ancienne ministre et auteure d’un rapport sur la médecine de proximité, Élisabeth Hubert s’était exprimée, le mois dernier, sur l’éventualité d’une hausse du numerus clausus : « l’augmenter serait comme remplir une baignoire dont on n’a pas fermé la bonde ». Jolie métaphore qui met en exergue le principal argument des pourfendeurs d’une telle démarche: la hausse du numerus clausus ne règle en rien la question de la mauvaise répartition des médecins sur le territoire. Autrement dit, si elle fait de l’effet, cette annonce n’empêchera pas aux blouses blanches d’aller s’incruster dans les régions où il fait bon vivre et de bouder, une fois de plus, celles sous-dotées. Il faut sans doute interpréter ainsi, la réaction de la CSMF, qui aurait préféré la mise en place de numerus clausus régionaux.

Giulia Gandolfi
Source : Legeneraliste.fr
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