Procréation - Le bon bulletin de santé des enfants conçus par AMP

ProcréationLe bon bulletin de santé des enfants conçus par AMP

08.08.2011

Alors que la nouvelle législation de bioéthique adoptée au début de l’été ne change pas grand chose en matière d’assistance médicale à la procréation, un numéro du BEH dresse un bilan plutôt rassurant des pratiques de l’AMP à la française. Tout en soulignant les lourdeurs de la réglementation en vigueur dans l’hexagone.

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    Le bon bulletin de santé des enfants conçus par AMP

C’est une bonne nouvelle pour tous les candidats à l’assistance médicale à la procréation (AMP) : alors qu’une étude récente avait mis en exergue un risque accru de malformation chez les enfants nés de ces techniques, une analyse des données de la littérature parue dans le BEH vient moduler le propos. Selon ce travail, qui a compilé les données de plus d’une vingtaine d’articles sur 600 recensés, l’AMP est certes associé à un risque modéré de prématurité (OR de 1,93 à 2,04), d’hypotrophie (OR de 1,40 à 1,77), de mortalité néonatale (OR de 1,68 à 2,40) et de malformations congénitales (OR de 1,35 chez les singletons) par rapport à des enfants conçus naturellement, « mais les risques absolus restent modérés et ces complications demeurent rares puisque la très grande majorité des enfants (plus de 95 % selon les anomalies) en sont exempts » tempèrent Catherine Patrat et Sylvie Epelboin (Hôpital Bichat-Claude Bernard, AP-HP, Paris, France) qui cosignent cet article. De même « la croissance et le suivi des enfants à des âges plus tardifs ne semblent pas indiquer de problèmes particuliers ». Les données à plus long terme sont en effet rassurantes avec notamment un développement staturo-pondéral et psychomoteur similaire à celui des enfants conçus naturellement.

Moins de grossesses multiples

Parmi les éléments avancés pour expliquer le surrisque de complications néonatales, la forte proportion de grossesses multiples induite par l’AMP est souvent pointée du doigt. C’est pourquoi « de nombreuses études ont été menées depuis une quinzaine d’années pour déterminer dans quelle mesure et comment il serait possible de réduire le risque de grossesses multiples après assistance médicale à la procréation » explique Pierre Jouannet (CNRS-Université Paris Descartes, France) et coll. dans un autre article du BEH. En France, le guide de bonnes pratiques élaboré par l’Agence de la biomédecine, recommande de limiter autant que possible le nombre d’embryons transférés à deux. En 2008, plus de 86 % des transferts ont donc été faits avec un ou deux embryons après FIV (fécondation in vitro) ou ICSI (Intra Cytoplasmic Sperm Injection). Avec en parallèle, une réduction significative des grossesses multiples de haut grade.

Un dispositif d’AMP vigilance dédié

Autre élément rassurant : le dispositif de surveillance relatif à l’assistance médicale à la procréation (AMP vigilance) mis en place en 2007, qui recense les incidents relatifs aux gamètes, embryons, tissus germinaux utilisés à des fins thérapeutiques et les effets indésirables observés chez les donneurs de gamètes ou chez les personnes qui ont recours à l’AMP. De février 2007 à décembre 2010, « 855 notifications ont été rapportées à l’Agence de la biomédecine » indiquent Ann Pariente-Khayat et coll. (agence de biomédecine, Saint Denis La Plaine, France) dans le BEH. Considérés comme graves dans 78 % des cas, ces signalements concernaient pour plus de la moitié des événements relatifs à la stimulation ovarienne ou au traitement associé (erreur ou anomalie d’administration, hyperstimulation ovarienne avec hospitalisation, accident thromboembolique, autres). Près d’un sur cinq (18 %) concernait l’acte d’AMP en lui-même et 15 % étaient relatifs à la perte de gamètes ou d’embryons. Sur la base de ces résultats, l’Agence de la biomédecine a recommandé des mesures correctives et préventives et a mis en place des actions spécifiques d’information des professionnels et des patients.

Plus de 20 000 naissances par an

Ainsi de nombreuses questions médicales soulevées par l’AMP semblent trouver des réponses rassurantes au fil des années. En revanche les interrogations éthiques et sociales restent nombreuses et la réglementation française ne fait pas l’unanimité. En 2008, 20 136 enfants sont nés grâce à l’AMP soit 2,4 % de l’ensemble des naissances, mais « du fait de la limitation des indications imposée par la réglementation et de la structure de la demande en AMP, l’activité nationale depuis 2003 est stable » souligne François Thépot (Embryologiste et généticien) pour qui « la spécificité du dispositif de régulation en France, avec toutes ses contraintes, porte à s’interroger sur sa pertinence et son avenir dans l’environnement international ». La révision des lois de bioéthique qui est en passe d’être définitivement adoptée par le Parlement devrait changer peu de choses sur ce point. En revanche, elle devrait autoriser désormais la technique de vitrification (congélation ultra-rapide) des ovocytes, qui a déjà été utilisé par le Pr Frydman l’année dernière.

Dr Bénédicte Gatin
Source : Legeneraliste.fr
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