Interview - «Les espours sont grands du côté de la médecine»

Interview«Les espours sont grands du côté de la médecine»

05.08.2011

L’analyse du Pr Claude Burlet, co-rapporteur de l’avis du CCNE sur les questions éthiques posées par les nanosciences, les nanotechnologies et la santé.

Le généraliste Les applications médicales des nanotachnologies semblent plutôt prometteuses. Pourtant on sent une grande réticence vis-à-vis des recherches en cours. Comment expliquer ce paradoxe ?

Pr Claude Burlet Je crois que du côté de la nanomédecine, il n’y a pas trop de défiance. Les espoirs sont grands et les intérêts pour les patients sont importants. Le ciblage des médicaments, par exemple avec la diminution des quantités de produits et des effets secondaires, ne présente que des intérêts. C’est plus le terme général de nanotechnologie qui, utilisé larga manu, crée l’inquiétude. Pour la nanomédecine, la réglementation est en place pour que cela ne devienne pas tout et n’importe quoi. Tous les progrès devront passer par une AMM, ce qui constitue à mon sens, un gage de sécurité, de vérification et d’expérimentation clinique tout à fait raisonnable.

La « confrontation » du corps humain à des particules de taille nanométrique n’est pas nouvelle. Pourquoi est-ce devenu sujet à controverse aujourd’hui ?

Pr C. B. Les nanoparticules existent depuis la nuit des temps. C’est d’ailleurs l’argument des défenseurs des nanotechnologies. Mais, auparavant, les nanoparticules étaient plus ou moins gérées par la nature. Aujourd’hui, avec les nanotechnologies, c’est l’individu humain qui commence à manipuler des atomes et à les arranger entre eux, suivant des complexes qui n’existent pas dans la nature. Avec, à la clé, une modification des surfaces de contact entre les atomes et leur environnement dont les conséquences sont encore mal connues.

Quels sont les principaux problèmes éthiques soulevés par le développement de la nanomédecine ?

Pr C. B. Le premier est d’ordre financier : les médicaments issus des nanotechnologies vont être extrêmement chers et il faudra veiller à limiter l’inégalité des patients face à leur mise en œuvre. Se pose aussi la question du mésusage : certains nanoproduits destinés à des thérapies réparatrices pourraient être déviés de leur fonction initiale et utilisés pour l’amplification des performances de sujets sains, à l’image du dopage classique. C’est la crainte de l’homme augmenté…Enfin, le risque de réduire un être humain à ses paramètres génétiques et biochimique s’accroît encore avec les nanotechnologies et il faudra être vigilant à ce que les données disponibles ne soient pas utilisées à d’autres fins que la santé.

Source : Legeneraliste.fr

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