Agressions - Quand la consultation devient mouvementée

Agressions Quand la consultation devient mouvementée

03.08.2011

Une plainte non justifiée portée contre vous, des menaces proférées, votre bureau renversé… Ces agressions peuvent survenir à tout médecin, pas forcément avec tous les patients. Au cabinet médical, il peut en effet arriver aussi que des patients décompensent pendant la consultation. En général, ces troubles se déclenchent chez des personnes qui se sont investies dans la relation avec le médecin, et qui sont déçues par cette relation lorsque le médecin la recadre. On se retrouve alors devant des personnes qui portent plainte contre leur généraliste, envoient des lettres de délation à l’ordre voire deviennent violentes, renversant le bureau du médecin ou en faisant un esclandre dans la salle d’attente… Le problème étant que les médecins sont mal préparés à ce type de comportement, qui peut survenir chez différents profils psychologiques.

Tout d’abord, certaines patientes angoissées, légèrement hystériques ou paranoïaques, peuvent faire un délire érotomane sur leur médecin. « Par exemple, une célibataire de 35 ans, angoissée sur sa capacité de séduction. Lorsque le médecin met fin à ses attentes sentimentales, cette dernière peut entrer dans un délire. Cette histoire peut survenir à un médecin homme, mais aussi à un médecin femme, dans laquelle la patiente va retrouver une confidente" explique le Pr Philippe Nuss (chef du service de psychiatrie, hôpital Saint Antoine, Paris).

Cette situation se retrouve aussi avec un patient masculin, avec lequel le médecin croit avoir une relation agréable et sympathique. Mais le patient calque sur son généraliste le modèle du père et, lorsque le médecin déçoit (par un refus de donner un arrêt maladie, ou de prescription d’anxiolytique, par exemple), il devient alors d’une autorité ou d’une violence incroyable.

Ensuite, le médecin peut se trouver face à un trouble de l’humeur qui est traité médicalement. Mais peut survenir brutalement un virage grinçant de l’humeur et le patient devient désinhibé.

Autre situation : une personne de type impulsif (boulimique, état limite), qui se trouve constamment dans le manque, l’insatisfaction. Cette personne d’apparence normale passe à l’acte lorsqu’on la soumet à une frustration (refus de prescription, etc.).

Délires à bas bruit

Enfin, le médecin peut avoir dans sa patientèle des schizophrènes assez bien stabilisés qui délirent à bas bruit. « Ce sont des individus relativement bien insérés : postier, technicien de ramassage des ordures, ou autres métiers avec des tâches répétitives, rapporte Philippe Nuss. Personne ne se rend compte que ces sujets délirent. Mais si on leur prête de l’attention, si on leur pose des questions telles que « Entendez vous des voix ? », la réponse est oui ! » Tout d’un coup ces individus peuvent être animés d’un délire actif et visible : ils pensent qu’il y a des micros dans le bureau, que le médecin est un espion, etc.

« Les passages à l’acte lors d’une consultation de médecine générale ne sont pas si rares » avance Philippe Nuss, mais le médecin est souvent démuni face à cette situation. Dans ce cas, la meilleure des réactions est de garder son calme et de paraphraser les événements qui sont en train de se dérouler, pour que le patient prenne conscience de ses actes. Les médecins doivent aussi être vigilants quant à leur relation avec des patients qui s’avèrent un peu intrusifs, amicaux, ou demandeurs de services. Pour le psychiatre, « dès que l’on fait un peu trop de social ou de personnel, on court un risque ».

Source : Legeneraliste.fr

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