Retour de voyage - Les signes qui doivent vous alerter

Retour de voyageLes signes qui doivent vous alerter

22.07.2011

Fièvre, diarrhée, troubles respiratoires et cutanés sont les principaux symptômes observés au retour de voyage. Les étiologies très variées, en particulier concernant la fièvre, rendent le diagnostic difficile. Et le paludisme doit toujours être suspecté en priorité en cas de séjour dans une zone d'endémie.

  • Les signes qui doivent vous alerter - 1

    Les signes qui doivent vous alerter

"Près d’un voyageur sur deux présente un problème de santé durant son séjour et 10 % consultent un médecin au retour, un généraliste la plupart du temps", avance le Dr Paul-Henri Consigny (centre médical de l'Institut Pasteur et centre d'Infectiologie Necker- Pasteur). "Pourtant, les études dans ce domaine ont essentiellement été réalisées en milieu spécialisé, dans des services de maladies infectieuses. Ce qui biaise sans doute les résultats, en sur-représentant les problèmes graves. Ainsi, les maladies infectieuses constituent sans doute la partie émergée de l'iceberg." Toutefois, une étude a été menée sur les pathologies au retour de voyage observées en médecine de ville (coordonnée par Anne Mosnier (GROG) et publiée dans le BEH du 19 juin 2007). 123 médecins se sont engagés dans ce travail et ont rapporté 113 problèmes de santé. «Ce qui représente une faible part de l’activité des MG : 0,4 consultation par mois par MG en moyenne», relèvent les auteurs. Les symptômes les plus fréquemment rencontrés étaient les troubles digestifs (31 %), respiratoires (18 %), dermatologiques (11 %) et la fièvre (8 %).

Les troubles digestifs

Premier motif de consultation en ville après un voyage : les troubles digestifs, notamment les diarrhées. Elles sont le plus souvent bactériennes (à 80 %), mais peuvent aussi être virales ou parasitaires (amibiase, giardiase). « Elles sont à gérer de la même façon que les gastro- entérites simples autochtones, avec un traitement symptomatique, affirme le Dr Consigny. Si la diarrhée est traînante, un examen parasitologique des selles sera utile. En revanche, une diarrhée fébrile doit d'abord être considérée sous l'angle de la fièvre. On pensera donc autant à un accès palustre qu’à une diarrhée infectieuse sévère. » L'interrogatoire permettra en particulier d'évaluer l'exposition à certains risques alimentaires et hydriques. « Attention aux âges extrêmes de la vie, pour lesquels une diarrhée est plus facilement et plus rapidement responsable de déshydratation », prévient le Pr Sophie Matheron (service des Maladies infectieuses et tropicales, hôpital Bichat, Paris).

Deuxième motif de consultation : les infections respiratoires, touchant principalement les voies respiratoires hautes. « Elles sont la plupart du temps cosmopolites et s’abordent de la même façon qu'une grippe ou une pneumopathie bactérienne communautaire », note le Dr Consigny.

Ensuite, en ce qui concerne les problèmes cutanés, ils sont pratiquement toujours dûs à des piqûres d'insectes (ou à des coups de soleil, mais pour lesquels les patients ne consultent pas). Une inflammation peut persister 2 à 3 semaines sur des peaux atopiques. « Ces pathologies sont le plus souvent simples et il faut juste s'étonner quand elles persistent plusieurs semaines et, alors, adresser à un dermatologue ou en consultation hospitalière. »

Risque de paludisme

Enfin, d’après l’étude menée en médecine de ville, 8 % des voyageurs consultent à leur retour pour une fièvre. Elle est le symptôme typique pour lequel il est nécessaire d'avoir la notion de voyage, sans quoi il est impossible de penser – avant tout – à un paludisme (cause de la fièvre pour un patient sur trois). En 2010, le nombre de cas de paludisme importés en France était estimé à 4 600 et le nombre de morts à une dizaine, pour près de 5 millions de séjours ayant été effectués en zone d'endémie. « Toute fièvre au retour d'une zone d'endémie palustre est un paludisme jusqu'à preuve du contraire, martèle le Pr Matheron. Parmi les patients atteints, 65 % avaient voyagé en Afrique subsaharienne et 90 % n'avaient pas suivi une prévention adéquate : chimio-prophylaxie et prévention des piqûres de moustiques. » Le paludisme se traite bien s'il est pris en charge rapidement, mais il devient vite compliqué en cas de retard au diagnostic avec une mortalité pouvant atteindre 20 % en cas d’accès grave.

En 2007, les recommandations sur la prévention et la prise en charge du paludisme datant de 1999 ont été actualisées. Elles rappellent qu’en cas de suspicion de paludisme, il faut effecuter systématiquement un frottis sanguin et une goutte épaisse, dont les résultats doivent être rendus dans les deux heures, par un laboratoire habilité à réaliser ce type d'analyses.

Côté prise en charge, l’accès palustre peut être traité en ville si – et seulement si – l'ensemble des conditions suivantes sont remplies: résultat du diagnostic parasitologique connu le jour même de l'examen, pas de signes de gravité, pas de facteurs de risque de gravité (âge avancé, grossesse, splénectomie, pathologie sous-jacente notamment cardiologique, personne vivant seule), pas de troubles digestifs

(vomissements), parasitémie inférieure à 2 %, plaquettes › 50 000 par mm3 , Hb › 10 g/100 ml, créatinémie › 150 mmol/l, pas de facteur prédictif de mauvaise observance, pas de situation d’échec d’un premier traitement, proximité d'un hôpital, médicaments accessibles immédiatement. Une fois l’accès palustre traité, un suivi standardisé est recommandé et des prélèvements négatifs à J3, J7 et J28 sont nécessaires pour pouvoir affirmer la guérison sans rechute.

Typhoïdes, amibiases, arboviroses...

D'autres maladies infectieuses potentiellement graves doivent aussi être évoquées devant une fièvre?: la fièvre typhoïde (fièvre, céphalées, diarrhées, signes neurologiques), une amibiase hépatique, une hépatite virale, une primo-infection au VIH ou une arbovirose (la fièvre étant alors associée à des douleurs diffuses)...

Quand les causes tropicales ont été écartées, il faut se souvenir que « l'affection fébrile est cosmopolite dans la moitié des cas, avec le grand classique de la pyélonéphrite aiguë de la femme jeune (ou pas...) ou de la virose respiratoire liée aux changements brutaux de température (climatisation) », précise le Dr Consigny.

Fabienne Rigal
Source : Legeneraliste.fr
Commentez Commenter

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

| S’inscrire gratuitement

|

A LA UNE sur le GENERALISTE.FR

add
Cancer domicile

Répondez à notre enquête Quelles solutions pour vos patients atteints de cancer à domicile ?

A l’heure du « virage ambulatoire », la cancérologie se déploie de plus en plus chez le patient. Pour le médecin généraliste comme pour les autres acteurs de soins de ville, c’est à la fois une...4

Agnès Buzyn annonce la mise en œuvre de la recertification des médecins

.

Agnès Buzyn avait déjà plutôt séduit l’Ordre des médecins lors de ses discours. La ministre de la Santé pourrait bien avoir à nouveau... 39

Le gouvernement ne généralisera pas le tiers payant fin novembre

.

"Nous ne sommes pas prêts techniquement à l'étendre". Alors que la loi Santé votée sous le quinquennat Hollande prévoyait la généralisation... 2

Gastro-entérologie LA CONSTIPATION Abonné

Constipation

Pathologie fréquente, assez souvent négligée, la constipation chronique nécessite d’être considérée et caractérisée. Sa prise en charge,... Commenter

Addictologie LA MALADIE DE LAUNOIS BENSAUDE Abonné

Maladie de Launoy Bensaude 2

Cette pathologie est une lipodystrophie rare, souvent rattachée à une intoxication alcoolique, et se traduit par le développement... Commenter

A découvrir